Laj)lace. Exposition du système du monde. IlL o
EÏUDi: SUR LA PERCEI'TION iOT LA l'oRGi:
primitive est inutile ; la supposition du mouvement répond à tout, quand on l\iit abstraction de Tidée de création, pour ne s'occuper que des données de la nature. La donnée généi'ale, matliématiquement bien définie par Poinsot, revient à celle du chaos des anciens philosophes naturahstes, quand on le réduit aux notions exclusivement mécani(juos de matière et de force mouvante. Seulement, il faut alors supposer, parmi les forces, des actions centrij)ètes (telles que celle de la pesanteur) afin d'expliquer les effets dcî cohérence des parties de la matière entre elles, la formation des masses. Dans ce cas, selon (|ue ces masses se forment, et acquièrent, grâce à la constitution stal)le de ces parties liées, des crulrcs dr <framU\ le monde ainsi con^u n'est autre chose qu'un système de tourbillons : un ru^undjle plus ou moins confus de cor|)s de dilVérentes grandeurs, en différents états, mus en différentes directions et tournant sur eux-mêmes, sans doute aussi les uns autour des îiutres. Mais il y a à cette forme du chaos primitif une condition indispensable : Texistence de corps massifs et gravitants ; et c'est ce qui manque au monde primitif de Descartes, qui ne connaît de matière que l'étendue infiniment divisibk et divisée, et toujours mue sans perdre jamais sa continuité. Descartes, ne pouvant trouver, dans une telle conception de la matière, aucun moyen de génération des coi'ps par des voies réellement mécanicpies, se vit obligé de supposer des lois de choc, de communication et de distribution du mouvement entre ces parties qui nuinquiûvnt de corps (pour user ici d'une très claire expression commune^, et ne tiraient leurs forces de rien, pour se frotter les unes contre les autres, ou se chasser les unes les autres et se remplacer. Les géomètres démontrèrent que ces lois du choc de Descartes n'étaient pas conformes aux {)ropriétés réelles des corps; ils auraient dii remarquer d'abord que le choc luimême ne répondait, dans l'étendue pure, à aucune action définissable, qu'il n'y avait que la donnée d'une force cen-
LA COSMOGONIE DE DESCARTES
traie qui put servir à expliquer les faits de condensation et de concentration, la formation des masses. ^Lais Descartes avait cru, dans sa première ardeur spéculative, la constitution du monde expficable sans supposer aucune disposition particulière donnée au commencement par le Créateur à la matière :
« Bien que les lois de la nature soient telles, qu'encore même que nous supposerions le Chaos des poètes, c'est-àdire une entière confusion de toutes les parties de l'univers, on pour'rait toujours démontrer que, par leur moyen, celte confusion doit peu à peu revenir à l'ordre qui est à présent dans le monde ; rf cjffc fair af/tre/(tis eut repris (rcxpliqiicr coniiHcnf cela aurait pu êlre, toutefois à cause qu'il ne convient pas si bien à la souveraine perfection qui est en Dieu de le faire auteur de la confusion que de l'ordre, j'ai cru devoir ici préférer la proportion et Tordre à la confusion du (^haos. »
Descartes va jusqu'à affirmer, dans le passage qui suit, qu' (c il importe fort peu de quelle façon // suppose que la matière ait été disposée au commencement, puisque sa disposition doit par après être changée suivant les lois de la nature, et qu'à peine en saurait-on imaginer aucune de laquelle on ne puisse prouver que par ces lois elle doit continuellement se changer, jusques à ce qu'enfin elle compose un monde entièrement semblable à celtui-ci (bien que peut-être cela serait plus long à déduire d'une supposilion que d'une autre) ; car ces lois étant cause que la tnatière doit prendre successive ment toutes les formes dont elle est capalde. si on considrre par ordre toutes ces formes, on pourra enfn parce nir à celle qui se trouve à présent dans le monde * ».
4. Descartes. Les Principes. IH. 47. — L'ouvrage antérieur auquel il est fait allusion dans le texte est \Le Monde, ou Traité de la lumière, dont Deseartes sup|)rinia la rédaction originale parce que le niouvi»inent de la Terre (condamné par linquisiUon romaine) n'y était sans doute pas déguisé (comme il l'est dans les Principes) par cette fiction :
KTrni-: sur la i>i:rxCi:PTiON i/r la forci-:
On peut (lire, en n'sumi', que le monde de Dî^senrfcs était un système géumétrique de li^nires infinimi^it multipliées et changeantes, qui, incessamment mues les unes par rappori aux autres, et enlremôlée:^, ^ans permettre jamais aucun vide entre elles, devaient par rapj)lieation des lois mécaniques insfifuées par le Créateur, composer à la fin Tordn^ phy->i(pie (pi'il nous est donné de contemj)ler. Le caractère de cet ordre est l'absence de {'ow-os, et rien n'est plus conforme à la fondamentale conception nii'laphvsicjue du cartésianisme, qui consiste dans \c parallélisn)e du monde ph\>i(jue et du moîide mental, incapables de causalité réciproque. 11 fallait remonler à Dieu, cause'uni(iue au fond, pour se rcnrlre comj)te de leur interd('|)endance.
Les vraies causes, dans le monde physique, les vrais principes ori^'inaires du mouvemen! et des formalioiis qui en sont Li ^uiie, ne se ])euvent trouver que dans les monades ; et comme il n'est pas de Tobjet et de la compétence de la pln>>i(pie, ^^-i-nce abstraite, d'une pari, expérimentale, de l'autre, de définir les monades et leurs fonctions, il faut à cette science des principes phvsiqu"^, c^ sont les Forces, qui expiitjuent les phénomènes fondame'ntaux de l'univers en tiuit (pie mouvements. Or il v a (\o\\\ forces qui font essentiellnnent défaut dans la^physKjue cartésienne. L'une est la gi'avilation comme nous venons de le voir, parce qii'elh^ vond compte de la formation et de l'action des masses; l'autre est celle qui doit expli(pier rincandescence des corps célestes, et il faut (ju'elle ait aussi un caractère mécanique. Celle-là, Dc-scartes la reconnaît en i)rincipe, il est vrai, mais ne peut en faire (jue l'application vague en sa définiliun des j)ropriéiés de la matière subtile.
(lue ce n"esl pas la Terre (\m se meut (dans le sy.sli me de Deseartesj. mais seulement le Tourbillon, le(iuel entraîne avec lui la Terre. Il y avait probablement aussi des dilÏÏ-rences plus graves (ju'on n'en trouvé aujourd'hui, touchant les conditions de la création, entre les Principes, qu'il publia lui-même, et le Monde, ouvrage posthume remanié par lui. et peut-être honnêtement falsiliê parles éditeurs [ij.
LA COSMOGONIE Di: KANT
CHAPITUE XXXVl
LA MATIKKi: KT LKS FORCES DANS LA COSMOGONIE DE