Chap. IL Dyncuniqiie, théorème VIL
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pas d'ùti'c plein : « La matière remplit les espaces qu'elle occupe, par les forces répulsives de toutes ses parties, c'est-à-dire par une force d'ex|)ansion qui lui est propre... La matière est divisible à l'infini ; elle l'est en parties dont chacune à son tour est malièi'e... La force répulsive ne peut mouvoir aucune partie plus éloignée si ce n'est par le moyen des parties intermédiaires », — |)ropriété contraire de celle de l'attraction qui occupe l'espace sans le remplir. — u L'action de l'attraction universelle à des distances quelconques s'aj)j)elle la (/ ravit al ion... L'action de la force répulsive s'apj)elle Yélas/icitr /jriuutive... Dans l'attraction, toutes les parties d\m corps agissent immédiatement sur toutes les jmr/ie^ des autres; par la force exj)ansive, les parties situées sur la surface do contact agissent seules, et il est indifférent que, derrière cette surface, il existe une grande ou une petite quantité de matière... Le contact, au sens physique, consiste en l'action ou la réaction immédiate de l'impénétrabilité, ou action réciproque des forces répulsives à la limite commune de deux matières... L'attraction considérée à ce contact seulement s'appelle cohésion '. » On voit que cette théorie renverse l'ancienne fiction dogmatique d'un solide passivement impénétrable en son occupation d'un espace coextensif avec lui.
Mais cette théorie appelle une autre remarcpie de la plus grande importance métaphysique. La matière est, comme l'espace, divisible à l'infini, selon Kant. 11 n'entend pas nier, cej)endant, qu'il y ait contradiction à admettre l'existence d'une infinité actuelle de parties dans la matière, qu'on assimilerait de la sorte à l'étendue mathématique, dont la divisibilité ne doit passer que pour potentielle ; mais il se défend de la contradiction par cette assimilation même, c'est-à-dire en considérant la matière comme n'ayant pas plus d'existence réelle, que n'en a, hors de nos représentations, l'étendue avec ses propriétés géométriques, con-
\. Cliap. Il, bijnaïHuiue, pass'n/i.
Renouviei». — Le Personnalisme. 28
ETUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
LA COSMOGONIE DE KANT
ccptuclles et abstraites. Or, si la pliysique peut g*ag'ner quelque chose, en tant que construction scientifique, à ce point de vue, c'est une question ; mais qu'elle devienne, sous cet aspect, impropre à nous r(>préscntei' la réalité externe, on peut Tassurcr. En eiïef, le philosoplie, dit Kant, se sauve de la dilïiculté à un*^ condition : a c'est que, dans le cas où il met la imillcre vt resjiacc au rangdés |)urs phénomènes (s'il considéi-c l'espace comme la simple forme de notre intuition sensible externe, et s'il lait du temps et de res[)ace non i\(}^ choses en soi, mais seulement des manières subjectives de nous re|)résenter des oô/V'/.s- inconnus en soi), il se sauvera de la difficulté qu'il y a à admettre une matière in/ininwnf t/iristh/r qui toutefois ne se compose pas (Tan nombre In fini ilf parties w. Le procédé consiste simph^nent, comme va nous h» montrer la suite intéressante de la citation, à confondre, dans le sujet, ce qui appartient à l'espace et ce (jui appartient à la matière. L'auteur de la C/*.'7/y//r de la liat.^mi pure a le droit de dire du premier, l'espace, (\\\\{ n'existe pas hors de nous; mais il ne résulte nullement de là que le second, la maiière, qu'il appelle inconnue seulement, soit dans le même cas :
(( Les parties, en tant qu'elles appartieiment à Texistencc d'un [)hénomène, n'existent que dans la pensée, c'est-àdire dans la division même. Or la division va sans doute à l'infini, mais elle n'est ce})endant jamais donnée comme infinie. Aussi, de ce que la division va à l'infini, il ne s'ensuit pas que 1 objet divisible contienne une nudiitude infinie de parties exislani pour soi, en dehors de notre représentation,... ce qui serait une contradiction dans les termes. » On (Wolf?) s'est trompé, continue Kant, sur le sens qu'un grand homme donnait à re.«,pace et au |)iiénomène. On a cru qu'il s'agissait pour lui d'une pn^priétc inhérente en soi à une chose hors de nos sens, et de l'objet inconnu ducpiel nous apparaît le plu'nomrne que nous
appelons matière. « Le théorème math('matique de la divisibilité infinie de la matière, on l'attribuait alors à une représentation confuse de l'espace, que le géomètre aurait prise pour base ; et il était loisible au métaphysicien de composer l'espace de |)oints, et la matière de parties simples, afin d'éclairer, à ce qu'il croyait, le concej)t. La cause de celte erreur est dans une uuuualitloyir mal comprise; caria monadologie ne se raj)porte j)as à l'explication des phénomènes nalurels : c'est un concept platonicien du monde, que Lkiilniz a dévelop|)é, qui est vrai en lui-même, quand le monde n'est pas considéré comme un objet des sens, mais comme en soi, et j)ur objet de l'entendement, quoique donné pour fondement aux j)hénomènes sensibles. Or, sans doute, cUni^ Ir^ rhasrs eu soi, le compose doit être constitué par le simple, car les parties doivent être données avant la composition. Mais, dans le phênominc, le composé n e^t point constitué par le simj)le; car le phénomène ne saurait être donné autrement que comme composé (étendu) ; ses parties ne sont pas antérieures au comj)osé, mais ne j)euvent êlre données qu'en lui. Aussi la pensée de Leibniz n'était-elle pas, autant que je puis la comprendre, de définir l'espace connne un ordre d'êtres simples situés les uns à coté des autres ; il [)la(;ait bien ])lutôt cet ordre à coté de l'espace, et comme lui correspondant, mais dans un monde purement intelligible (inconnu de nous^ ; il ne souten;iit donc pas autre chose que ce que nous avons montré ailleurs, à savoir que l'espace (aussi bien que la matière doni il est la tbrme) ne contient pas le monde des choses en soi, mais seulement le phénomène de ce monde, et qu'il n'est lui-même (jue la forme de notre intuition sensible externe \ »
C'est une interprétation bien extraordinaire de la monadologie leibnitienne, que celle où elle est ainsi présentée
1. Principes mélap/n/sûjues de la science de la nature (Irad. de MM. Andler it Cliavaiiiius [Dynamique, bch. Il du Uiéor. IV.
ÉÏL'DK SUR LA PKRCEPÏION ET LA FORCE
comme une conception platonicienne qui ni\ nul rapport aux phénomènes sensibles dont elle se donne pour le fondement. Oue sionifient donc, chez Leibniz, et la drlinitiun des monades, alomrs dr la naluiv, rlnin'Nl>i f/rs r/^os('s. siè^-es des phcnomcnes, qui ne sont tous (|ue des repi*>}senlations en eux [perceptions, ff/t/H'/i/io/ts. fidion ? et la drlinilion de la matière, comme réservoir infmiment infini des âmes et des êtres vivants de toute or«^anisation et de toute «grandeur, (jui sont encore des monades? « Chaque poi-lion de la matière n'est pas seulement divisible à Tinlini, mais encore divisée actuellement sans fin, chaqu(^ partie en parlies, dont chacune a quelque mouvement |)roprc... Il y a un monde de créatures, de vivants, d'animaux, d'cntéléchies, d'àmes, dans la moindre partie di" la matière '. »
II est clair" que Kant avait oublié les lectures de sa jeunesse, (juand il portait ce jug"ement delà monadologie, plus de vin<>l ans a[)rès la mort de Wolf, soixante-dix ans après celle de Leibniz, dont la doctrine n'avait jamais été comprise. Il était lui-même sexagénaire, et avait |)ublié, trente ans auparavant, immédiatement après sa Tlinuiv du rirl, un premier ouvrage de physique générale, inlilulé Mninululo- (jie itlu/s'uiuc. Il avait pu garder de ce livre, à raison de l'idéequi le lui avait inspiré, l'habitude de reprocher à Leibniz une conception de la monade trop platonicienne, ou idéale, impropre à poser le fondemeni d'une véritable piiysiquc. L'apj)robation rehilive que Kant aceoide à ce concept de pur entendement, tel qu'il le comprend là, r/Y//, dit-il, en lui-nirme, on ijKiind le tmuide /t\'s/ jj((s ( iuisidêrê eotnnte lohjet des se/is, ressemble à de l'indulgence qu'il aurait gardée pour son œuvre passée (pour l'emploi qu'il y avait fait de la monade comme substance^, malgré le déiV.ut que l'avaient induit à trouvera cette sjiéculalion les méditations dont la Cri/lrjffe de la lUihun pitre l'ut le résultat. Autrefois, il avait tenu les monades pour des objets réels dans