Monudolo'j'ic. o, lii-lo, Go
LA COSMOGONIE DE KANT
le monde des sens *. En effet, dans la Monfulolofjie idu/si(/ne, les nio)tades sont définies comme des substances sirn/des ffui son! des forces ; l'espace est défini comme un rapport seulement. Ce rapportes! eiUre les sal/stances, (pii n'ocupcnt aucun espace, et ne laissent non plus entre elles aucun intervalle qui soit la partie réelle d'un composé et d'un tout. Ce sont les forces données qui font les directions et constituent les trois dimensions de l'espace; sans les forces, on pourrait avoir d'autres esj)aces avec d'autres dimensions à constater".
La divisiljilit('' de l'espace n'étant d'a[)rès cela qu'une mesure de rapports n'implique point, dans la matière, des parties que l'espace lui-même n'a pas. La matière est faite de })oints plivsiques. })oints mathématiques quant à l'étendue, et ce sont ces points (jui rem()lisssnt l'espace d'une certaine manière : à savoir par des forces répulsives dont les limites d'action sont ce qu'on apj)clle les lieux occupés. La force est la génératrice de l'espace.
L'abandon de cette théorie par Kant a du être l'effet de l'erreur de criticpie cpii lui fit embi'asserle système des antinomies. Plaçant sur la même ligne, comme il fit dans sa ('ritl(j7te de la raison jnire, les arguments empir'iques en faveui* de la divisibilité infinie du sujet matériel, et l'argument logique en vertu duquel on doit nier la possibilité d'un composé infini actuellement donné, il parât les rejeter l'un comme l'autre, afin de conclure que « le monde
1. La Monatlolof/ie ]ihysi(/ue est do ITîiO. la Crilique delà Rdison pure (le 1781 et les l'riitci/)e.s inélaplujsiques de la science de la nalure de 178G.
2. L'idée j)renii(M-e de la méfar/éoméfrie, ou géométrie non euclidienne, étude des espaees supposés de plusou moins de trois dimensions, appartient à Kant. en sa Monadoloyie phi/sirjue. Il n'en parla i)lus en ses l*rincipes me'hiphysiques de la science de la nalure. sans doute parce (ju'il avait reconnu l'intuition spatiale conune une donnée a priori, dans la Critique de la liaison pure. Lorigiiu» (piil avait cru trouver j)0ur le conce|)t des trois dimensions, dans l'expéi'ience des forces de la nature, était uiu' idée illo,u:ifpie ; car c'est la force motrice (pii suppose direction et .dimensions, et non jjas l'espace (pii suppose la force.
438 i:tl:di: sur la pi:rcei'ïion et l.v fouce
n existe ni comme un tout fini en soi, ni comme un tout infini en soi, par celte raison qu'il n'existe nullement en soi », ce qui écarte la contradiction et fournit la sol/f/ion fies anfinnniu's * ; mais vu rnilifr, et au point de vue du commun sentiment des honuncs, c'est en laveur dt^ la doctrine de l'infini que Cul sa conclusion, parce que c'est dans le monde pJK'noménal, à l'aide (rari;unients ('mj)runlés aux choses du monde phénonic'nal, que riiifinitisme trouve son a{)[)lifation, et que ce monde est le seul (jui nous soit connu, le seulcpron appelle universellement le nhiudv.
Le renoncement de Kanl à la (locti'intules monades ne l'ut nullement, chez lui, le résultat de l'invention de la méthode criticiste, mais bien de la décision qu'il prit, à laquelle on ne voit pas ce qui man([ue pour rire parfaitement dogmatique, de poser Texistence d'un monde dit vn soi, ou inconditioiuié, d'idées dont on n'a |)oint les concepts, puisqu'on les su[)pose hors du temps et de l'espace, mais dont le sens, abstrait et nominal, ne laisse pas d'exi<^er, en contre-partie, que la n'-aii/r rraiv, — terme sing'ulier que la logique amène ici, — soit refusée au monde des phénomènes.
La primitive théorie du monadisme mécanique de Kant était, nous l'avons vu, exem[)le de cette es[)èce de falsification que, dans son second ouvrage de physique^ il fit subir à sa définition idéaliste de' l'espace en y introduisant rhy[)othèse du plein, sous ce prétexte, que la matière n'existant pas en soi, n'étant que phénomène, elle ne saur'ait im{)li(|uer contradiction par le fait de l'infinité actuelle de sa composition. Celte primitive théorie de Kant présentait d'ailleurs les caractères principaux que l'auteur ne se crut j)as obligé d'abandoiuier en embrassant le svstème des antinomies : d'abord, essentiellement, la thèse des monades mutuellement attractives à toute distance; mais c'était des monades mêmes et non pas du milieu
i. Voyez dans la Criliijue de la Raison piirr : Dialrcli'/ur tninscendanlale, la section 7« du livre II. t'hap. ii. (trad. Barni. I. II. p. 11 ij.
LA COSMOGONli: DE KANT
spatial que devaient émaner les forces répulsives, vaiiables avec les distances : toutes les forces étaient rapportées à ces monades, purs centres dynamiques dont les propriétés de l'étendue sont des rapports. La fonction calorifique et lumineuse était pareillement attribuée à un milieu élastique et à ses mouvements vibratoires ; les états des corps, solides ou Tupiides, leurs degrés de cohésion , à une commune compression exercie par des forces externes; enfin, les pj'opiiétés spécifiques des corps, aux intensités des forces susceptibles de degrés, (lensilrs (hindDiiqucs : chapitre des moins satisfaisants, mais sui* lecjuel on ne peut pas dire que la phvsicpje m(V*nnique ail encore jeté la moindre lumière.
Deux grandes lois étaient posées comme régissant» en leur plus grande généralité, les deux forces primordiales : la loi de pro|)ortionnalité inverse aux carrés des distances , pour raltraction ; la loi de proportionnalité inverse aux cubes, pour la répulsion. On pouvait, de cette manière, se rendre sommairement comj)te de l'accroissement beaucoup plus rapide des répulsions, et de leur action d(*venue exclusive à raj)proche du contact, et de l'action prépondérante de l'attraction universelle à partir d'un certain éloignemenl. Les questions de l'inertie et de la masse et la définition dynamique de la force nous semblent être restées partie ulièremenl confuses en cette théorie.
A peine est-il besoin de dire ici qu'on ne peut regarder les (h'terminalions de détail que nous avons dû indiquer, dans l'œuvre physique de Kant, que comme de grossières et douteuses antici{)alions des déterminations futures de la science. Ce qui nous y intéresse à peu près exclusivement, c'est la théorie des monades, premièrement acceptée, ensuite rejetée par Kant ; c'est la question de l'espace et do la nature de la matière, celle des actions à distance, et la division générale des forces naturelles les plus élémentaires, en forces alli*aclives et en forces répulsives;
ÉTUDE SUR LA IM'RCEPTION ET LA FORCE