SYSTÈME DES FORCES DE BOSCOVICII
préétablie. Et la dissidence, par rapport à Xewton, et à Topinion presque universelle des [)hysiciens. consiste en ce que Boscovich n'admet pas seulement les actions à distance, mais n'en admet point d'autres, et nie la possibilité du contact entre les points sic^esdes forces.
Ces points de Boscovich sont tels que la géométrie euclidienne les considère, c'est-à-dire impropres à composer des li^'nes par juxtaposition, parce (pie la conliguïti' ne peut diiïérer pour eux de l'identité. La fji'niuctrip (/es indivisibles, comme on la nomme, est dans le fait une j^éométrie de rinfmi, pour hupu^Ue le point rej)réscnte un élément linéaire ihjininwnl pvLil , sans (jiioi elle n'impliquerait pas seulement la contradiction attachée à Tidét* de composition infinie actuelle, mais encore une contradiction formelle, ia tvnninis ; car on y supposei*ait le point à la fois inclcndn et pourvu de iJni r cùlh ilisfinrl^. pour se lier aux points continus de part et d'autre, et ne pas so confondre avec eux. Boscovich niait donc la possil)ilité du contact des pouits de force. Leur unique matérialité devait résider dans la force, cause du mouvement local. Et cette force, il ne prétendait pas en pénétrer le fond ; car il admettait ce que les fondateurs de la mécani(]ue rationnelle ont appelé la force d'inertie, laquelle est exactement le contraire de toute activité propre qu'on reconnaîtrait au sujet matériel que l'on caractérise par cet atti'ibut.
Boscovich déliait avec la rigueur voulue cet attribut négatif en posant ce principe, que nulle force particulière ne doit être considérée séparément des forces corrélatives. La persévérance du point, soit dans son repos, soit dans un mouvement rectiligne uniforme, s'il est en mouvement, — c'est la définition même de l'inertie, — ne signilie pas autre chose que l'inactivité , le néant , comme force de ce point pris en lui-même. Il faut, en nucaiiique, considérer tout au moins deux points, et le fait qu'ils tendent à se rapprocher ou à s'éloigner l'un de l'autre, et rechercher
la loi de ce phénomène. Cette relation que soutiennent entre eux deux points quelconques est la force, tantôt attractive, tantôt ré[)ulsive , qui les he selon leurs dislances mutuelles. Les forces se com[)osent d'ailleurs suivant les théorèmes reçus dans la science. Tout se borne là. Une loi commune régit tous les mouvements et enveloppe tous les phénomènes. « C'est dans cette détermination que consiste la force d'inertie , comme nous la nommons. Si elle dépend du lil)re décret de l'Auteur suprême [a lihcra Snpretni Condi taris Lrge], ou de la nature même des points, ou de quelque chose qui s'y joint, quoi que ce puisse être, je ne le cherche pas, et je n'espérerais pas le trouver si je le cherchais. Et je dois en dire autant de la loi que je formule » ^
Sur la loi des forces attractives et répulsives, Boscovich exprime catégoriquement sa pensée, et il y insiste, qui est de n'entendre nullement par cette détermination au rapprochement ou à l'éloignement des points, qu'il appelle une force, un mode d'agir [arjendi modtun) mais la détermination elle-nume, d'où qu'elle j)rovienne, et simplement trllc cju'elle est représentée par une formule algébrique, ou m: peut construire géométriquement. En langage commun, la loi des forces reçoit cet énoncé : aux distances minimes, elles sont répulsives et croissantes /// iafiniluni, à mesure (pie les distances diminuent, tellement que la vitesse d'un point mù vers un autre doive, (pielque grande qu'i^lle soit, être annulée avant que la distance où il est de cet autre ne devienne nulle. Quand, au contraire, les distances augmentent, les forces répulsives diminuent, deviennent, pour des distances encore très faibles, nulles, puis attractives, et d'abord croissantes, ensuite décroissantes, évanouissantes ; redeviennent répulsives, croissantes, décroissantes, etc., et cela plusieurs fois, mais toujours dans un ordre
1. Bosrovicli. Vh'dosuplùœ uahiralislhoon<i vedacin ad uiùcam legem viriitmin jut/ura cji.sten/iinii, Vicnnœ austriœ 1759, p. 5.
444 KTUDE SUR LA Pi: RCI.PTION ET LA FORCE
de distances très petites, jusqu'à ce qu'enfin elles soient et demeurent attractives à toutes dislances, si o-randes qu'elles soient, telles que celles qr.i séparent les coips célestes. Elles sont alors inversement proportionnelles aux carrés des distances. C'est la loi de la g-ravitalion. Il est aisé de voir que la courbe qui représente celte loi est une sinusoïde dans la partie moyenne et finie de son cours, la( publie est comprise entre deux brandies qui ont respectivement deux droites pour asymptotes et se rapportent, Tune, à Tintervalle indéfini des forces invariablement répulsives, et croissantes, qui s'opposent au contact; l'autre, à la force invariablement et de moins en mi)ins attractive de la gravitation.
Nous ne pouvons aujourdliui reg'arder (jue comme une de ces pnHentions de tout expliquer, telles qu'en ont les sciences dans renfance, cette tentative de raiticin'r la philosophie Hdturi'llr à la conception toute géométrique d'une loi Hni(jn(' (1rs forces doimn's dans /{f/tfi/ffrr ; ixuss'i n'estce pas dans les explications des qualités sensibh^s : cohésion, étals des corps, lumière et chaleur, électricit»'*, magnétisme, propriétés chimi((ues, par les simples vai'iations de la force f/nif/ffc attractica ou rcpidsirc des points iiuilèriels^ ce n'est pas dans des condjinaisons ai'bilriiires de distances et de mouvements hypothéticpies, que réside l'intérêt de la sj)L'CLdation de Boscovich, mais dans les questions générales qu'elles lui donnent l'occasion de traiter sur la nature de la matière, ou qui en sont inséparables.
Les questions métaphysiques engagées, dans son système, sont celles de l'espace, en ra[)port avec la matière, de la continuité, et, quoiqu'il ne rapprolondisse (jue le moins qu'il peut, — Boscovicli appartenait à la Compagnie de Jésus, — le problème de la relation des forces physiques à la volonté, en un système du monde, le sien, le plus rigoureusement m(''canique qu'on eût vu dej)uis le momie de Descartes, encore que si diiïérent.
La différence entre le mécanisme de Boscovich et celui