‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 174 sur 211 · SYSTÈME DES FORCES DE BOSCOVICH · texte numérisé non relu

SYSTÈME DES FORCES DE BOSCOVICH

un certain mode réel d'exister par lequel la chose est où elle est et quand elle est. Que ce mode soit appelé c/iosr, ou nioclr (riufc chose, ou f^HcI/jf/c rlmsr, ou ion ne sait ipioi, c'est hors de notre imagination qu'il doit être, et la chose peut changer, pour alVecter tant«M un tel mode, tantôt un autre ». — Le géomètre réaliste, en sa naïveté, définit précisément l'objet d'une imagination inrléterminée, dans son eiïort pour nous faire croire que cet objet est (juelque chose de plus.

« J'admets donc pour les points de la matière individuels [sinfjulis — et tout ce qui en est dit peut aisément se trans[)orter aux choses, même immatérielles, — j'admets, dis-je, deux genres réels de modes d'exister, dont les uns se raj)poitenl au lieu, les autres au temps. Tout point a un mode réel d'exister, pai* lequel il est où il est, et un autre, par lequel il est quand il est. Ces modes réels d'exister sont pour moi du temps réel et de l'espace réel ; leur possibilité, (piinous est connue indéfiniment, est pour moi l'espace vide, et j)our ainsi parler, le lemj)s vide, ou, si l'on veut, l'espace imaginaire, et le temps imaginaire ».

Ne craignons pas de nous étendi'e sur une théorie curieuse, non pas, sans doute, en elle-même, car elle répond aux plus communes imaginations dans l'espace, mais curieuse justement j\ar ce fait qu'elle traduit d'une manière plus claire et distincte qu'on ne le voit ailleurs l'illusion réaliste de la séj)aration réelle entre ce qui demeure et ce qui se transporte, et que Ton prend pour quelque chose en soi : c'est, d'un coté, un mode de quelque chose, comme occupant le lieu; de l'autre, c'est le heu qui est occupé qui reste, et à la fois s'éloigne avec Toccupant. La ({uestion est d'autant plus intéressante que le sujet en remonte à Descartes : à Descartes initiateur véritable de l'idéalisme, et, tout ensemble, croyant candide en la réahté en soi du sujet de la géométrie, et dont Boscovich a tort de confondre les disciples avec les leibnitiens partisans de la définition

ÉTri)i: SUR LA PFHGI'PTION KT I.A FORGK

systi:mi-: des forces di: bosgovigii

de resj)acc par l'o/v/o cociislvut'umt. La plivbujuc inrca nique de Descaries repose, en elTet, sur une doul)le manière d'envisao'erlY'lendue. Comxna su hsl an n\v\\Q est pour lui, la malièr-e, tout ce (pie la matière est en soi et en ses parties divisibles à rinfini, qui posent, et qui portent, partout où elles sont et où elles vont, leurs étendues particulières : ce sont leurs modes dVHre où elles sont, comme j)arle Boscovich, excepté que ce dernier les lient mairie cela pour inétendues, ce qui nVst point logique. Mais, en regard de cette substance idéalement continue, et réellement divisible et divisée, Descar*tes est ol)Iig('' de fair*e rej)Oser son exposition des phénomènes du mouvement sur l'imagination inaliénable d'un espace immobile possédant en soi, et à Tétat de lieux fixes, les stations que les par lies de TélcMidue divisée et mobile occupent ou évacuent en s y succédant continuellement. C'est cet esj)ace-là que Boscovich, l'envisageant seulement dans les possibilités de lieux qu'il constitue, appelle resj)ace v'ulr, ou, si l'on veut [sen clitinr, imaf/utairc . 11 est pins que pr'obable que DescîU'Ies le regardait comme une l'onction de rimagination, en eiïet, et il le pouvait, j)uis(jue ce n'est pas ce poini de mk\ mais Tautr'e, celui des j)ai'îles di\ isécs, qui lui dumiaii la substance matérielle; mais Boscovich le peut-il, lui qui ne dispose pas de celte substance divisible pour y collofpier des lieux réels et mobiles à occuper pour* ses points matér'iels inétendus. Xe va-l-il pas forcément r'<''lablii' une continuité réelle, et non pas seulement potentielle, C(jmme il la voudr'ait, de tous les lieux orr^/y^^/Z^A's pour remplir l'oflicc d'un espace indéfiniment disponible j)our" les points occupants ?

« Ces modes réels et individuels, dit-il (ceux par lescjuels les points matériels inétendus occupent des lieux, naissent et périssent [et oriantur ac pereunt)^ et sont, selon moi, indivisibles, inétendus et immobiles en leur ordre. Ils sont réels, eux et leurs lieux, et les temps des points auxcpiels

ils appartiennent. Ils fournissent le fondement de la réelle relation de distance de deux points, ou tem[)oi'elle de deux événements. Et (pie ces deux points de malièr*e aient cette distance déterminée, ce n'est pas en soi, auli'e chose que ceci : (pi'ils ont ces modes d'exister déterminés, dont ils changent nécessairement quand ils changent de distance. Ces modes de l'oidr'e du lieu, je les appelle des /joints de lieu rêvU; et, ceux de l'ordi'e du tem[)s, des nionients, séparés et sans parties : les pr-emiers dérmés d'extension, les seconds do durée, les uns et les autres de divisibilité.

(( Les points de malièi-e ne peuvent êtr'e contigus, ou bien c'est (pi'ils coïncident ; s'ils ne coïncident pas, ils ont entre eux une dislance... w. A ces notions, sti'ictement o'éomtHiicpies, Boscovich ajoute celle qui établit la continuité, en un sens également correct, c'est-à-dire par une définition de possibilités, qui ne sauraient impliquer contradiction : et il continue d'exposer sa pensée comme s'il ne s'agissait jamais que d'une conliimité imaginaire et non d'une infinité actuelle de parties données pour la constituer réellement : « Lors(|ue deux j)oinls de matièi'e existent à quehpie distance l'un de l'autre, il peut toujours se placer, sur* la ligne qui h^s joint, un auliv point au delà, à pai'eille distance, et un auti*e de même, plus loin, et ainsi de suite sans fin. Entr-e eux peut se placer aussi un point (pii coupe cette droite en deux parties égales, et puis, dans les intervalles ainsi crc'és, de nouveaux points, en pareille ])Osition,... et ainsi de suite sans fin. (^)uelque grand ou quelque petit que soit un tel intervalle de deux {)oints, il pourra s'en établir-, dans le premier cas, un plus grand, un plus petit dans le second... La divisibilité l'éelle se j)rolonge sans fin, mais loujoui's le nombr*e des intervalles réels et le nombr'c des points réels demeurera fini tandis que le nombi'e des par'ties possibles n'aur'a pas de lin... Quand nous concevons ainsi les points de lieu possibles, nous avons lirifiiûté et la continuité de l'espace, avec la divisi-

Renoi:vieu. — Le Porsioiinalisjme. 29

m i^TUDi: SUR L\ i»ercl:ption et la forci:

bilité à rinfini. Pour les choses existantes, il y a toujours une limite certaine ; pour les points, un nombre drlerminé; pour les intervalles, de mrmr. Pour les possibles, il n'y a pas de fin. La connaissance abstraite des possibles, excluant toute limite par Taro-ument possible de Tintervalle diminué sans cesse, et toujours existant, constitue l'infinité de la ligiie imaginaire, et la continuité (jui n'a i)as ses parties en acte, mais possijjles seulement. Mais comme cette possibilité est éternelle et nécessaire, car, de toute éternité et nécessairement, il fut vrai que ces points et ces modes pouvaient exister, un tel espace imaginaire, continu, infini fut en même temps éternel et nécessaire ; mais il n'est pas quelque chose d'existant, il est seulement quehpie chose de pouvant exister [al'uiuid laMhunmodn /m/ms rri^/rrr) objet poumons d'un concept indéfini : l'immobilité' de l'espace lui-même résultera de l'immobilité des didV'nMits points {a s'nunilortifn jniiicloruin immohUihtlv orlvhir. »

Cette dernière phrase est incompréhensible, cai* elle se rapporte apparenunent à la notion générale de resj)ace, et Tespace, en ce sens, étant essentiellement le lieu des mouvements, on ne saurait imaginer comment ce composé indéfini des (( modes réels d'exister par lesquels les points sont où ils sont», —c'est sa définition, —existe sous ces points mobiles comme quelque chose d'inHnobil(\ (,)uand c'est la possibilité de ces modes, possibilité que Boscovich appelle, nous l'avons vu, espace Inuujinairv, et non pomt leur réahté qu'on a cru considérer, rinunobilité de cette possibilité ne dit rien à l'imagination, à moins que, laissant là la théorie des junnls dv jovce, on ne se confie à l'intuition, pour laquelle les />(>/></> de lien sont tous en |)areille condition et immobiles. Mais alors on rentre dans le commun conce[)t. Les explications que donne Boscovich sur l'infinité des lieux d'une même distance que deux points réels de matière, observant entre eux cette distance, peuvent occuper dans T « (^spacr vide ou imaginaire », et sur

LA THLORIi: IJI. LA CONTINUITÉ DE BOSCOVICH

l'infinité des intervalles de « temps vide ou imaginaire » pendant lesquels cette occupation est possible, sont complicpiées et difficiles à suivre; il sulfit de les citer comme de

curieux exemples des singularités auxquelles conduit l'abandon du double point de vue philoso|)hique sur la nature de Tespace: ordre et position, relativité de la grandeur géométri(pie (Leibniz^ ; intuition spatiale, fondement de la représentation objective (Kanl) ^

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