LA THÉORIE DE LA CONTINUITÉ DE BOSCOVICH
avec l'infinité de variations possibles des dislances, c'està-dire des variables de l'espace et du temps, et c'(Hait y placer une infinité de phénomènes, non pas possibles seulement mais réels; et autant il eût valu multiplier les sujets que les actions dont ils sont les sièges. Cela ne change rien au déterminisme de la loi des forces.
C'est peut-être ici le lieu de placer une observation sur cette question du vide, qui, très effacée aujourd'hui dans les doctrines régnantes, a été si disputée tout le long de l'histoire de la philosophie. Elle n'a été un sérieux embarras pour les philosopiies qu'à raison de ce que, considérant le vide comme une sorte d'existence, opposée pour la pensée à l'existence du plein, ils ne pouvaient se rendre compte, en tant que distincte, de la propriét('' (]\\[[ixdc-CO/ili'/iiriuicontcnf(, le corps, (jiù (li'jà jKir hil'iiK'inc apporte ce qu'est le contenant! (]ette difficulté bizarre, mise en évidence si particulièrement dans la physique de Descartes, où l'on peut la croire au fond résolue, mais trop peu clairement, par la considération de l'espace comme une simple idée générale, ne se lève com- |)lètement qu'en considérant l'étendue, — qu'elle soit inli(''r'ente aux corps, ou imaginée hors des corps, — sous son point de vue inteHigil)le; c'est-à-dire comme une relation. C'est un rapport de quantité entre des choses coexistantes, rapport (pu croît ou décroît indéfiniment de grandeur, et dont la j)erception est accompagnée de l'intuition spéciale de l'ordre et de la position relative des objets com pairs. Le caractère de cette intuition est de comporter entre les représentations données de deux objets la représentation objective de la possibilité d'en percevoir un troisième qui entrerait en relations déterminées avec les précédents. L'image en quelque sorte abstraite du lieu de cette possibilité est ce qu'on apj)elle le lieu ou l'intervalle vide^ c'est la distance, sans intermédiaires, et quand on en généralise rinluition par son extension indéfinie en toutes directions, c'est l'espace indéfini. Cela posé, la question du vide
ETUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
se présente en des termes positifs; car l'idée du vide apparaît simplement comme ïidrc du rie h d'r.ristnnr ; son nom n'est pas le nom de quelque chose. Le dilemme se pose ainsi :
Devons-nous, dans l'espace représentatif idéal, concevoir tout lieu imaginé possible, — concevoir tout point, |)our descendre au minimum, — comme le sièg-e réel, qu'il nous soit ou non percevable, d'une force distincte, d'un phénomène distinct ; — ou bien la dissémination des forces, et le fait d'extéiiorité réciproque et de (hslance locale des agents règnent-ils dans les profondeurs de la nalure ainsi qu'ils se manifestent là où les lois de la conscience éclatent? Sont-ils la loi universelle des êtres dans le monde ^? La question est donc celle de l'infini et non autre. Si on la résout en rejetant la possibilité de l'infini actuel, l'idée du vide ne trouve plus aucun concept où se j)rcn(h"e, celui de la continuité de l'espace et du temps lui faisant défaut; on doit y substituer la négation de tous termes intermédiaires entre les termes de tels rapports déterminés et donnés, l'affirmation de l'absence d'être et d'action dans certains intervalles qui sont pour l'entendement les cadres vides des possibles.
Boscovichn'apas été sans se rendre compte de l'espèce de
l. 11 est rcnKinjuJiblc (|iii' linui^'iiiiition de hi «((rilimiili-. inlirrcntc A la repivsriitation gé()nu''tii<|U(> ((livisil)ilitr iiidrliiiic de IrtciKliit' liiirairci, et qui se transporte si aisi-uuMit de l'étendue au temps, à la faveur de la mesure (pie l'i'space prtMe au temps, nous permette le eoneeiit de la eontinuité et de linfinité des moments du temps à venir et des momeids du temps passé, mais que nous ne trouvions pas la même facilité à placer ce concept entre deux moments de notre conscience discursive. Nous é|)rouvons. au coidraire. une résistance invincible de notre pensée à la supposition (pie des événements successifs sans nombre puissent trouver place dans linlervalle <pii sépare deux de nos perceptions. Cependant le raisonnement in ahslnu/o serait le même pour démontrer (|ue ces deux moments ne sauraierd être «ontij^us sans se confondre : (jue sils différent, c'est donc (|u'il s'en écoule une inlinité de lun à l'autre, c'est-à-dire tout autant (pi'il y en eut dans le temps passé, et qu'il y en aura dans le temps à venir ! Boscovich présente de cette manière sa loi (Jes possibles dans le « temps vide, ou ima^'inaire » (p. 307) sans remar(pier aucune différence entre les trois cas, doid l'un, celui de la conscience est le témoin de la discoidinuité.