LA THÉORIE CINÉTIQUE DES GAZ
d'expansion du gaz est une résultante de tous leurs mouvements. Elles se choquent incessamment, se réfiéchissent, et reçoivent en outre, de leurs impulsions en des directions non centrales, certains mouvements de rotation, le tout n'opposant d'ailleurs nul obstacle à des vibrations d'espèces diverses, non plus môme à ce fait, que des molécules, ou des atomes, leurs constituants, posséderaient des atmosphères d'une substance plus subtile, qui les accompagneraient dans leurs évolutions. Il faut imaginer que les espaces occupés par les molécules ont des dimensions négligeables, par rapport au volume considéré du gaz ; que la durée du choc est également négligeable en regard des intervalles de temps qui séparent les chocs ; que les forces attractives des molécules, aux distances moyennes, sont insensibles en comparaison de la force d'expansion ; et qu'enfin l'étendue du parcours d'une molécule, dans le voisinage des molécules dont elle peut être sujette aux actions attractives, est négligeable auprès de l'étendue de la partie du parcours où elle n'en sul)it point. Ces conditions étant remplies, on peut admettre que les molécules obéissent, en recevant leurs mouvements de translation par les chocs, aux lois de l'élasticité. En d'autres termes, les molécules sont par hvpotlièse des corpuscules élastiques; on ne laisse pas de les re<'"arder comme des composés d'atomes.
Le concept fondamental des corps gazeux, en cette originale théorie, demeure, sauf Tintroduction de la propriété de l'élasticité dans les éléments, celui que définissait Newton, à la fin de son Opti<it(o, comme la forme donnée par Dieu, au commencement, à la matière : « des particules solides, [)esantes, dures, impénétrables, de telles grosseurs, figures et autres propriétés, en tel nombre et en telles proportions à l'espace qui convenaient à ses desseins ». Ce point de vue du réalisme atomistique est resté le plus ordinaire aux physiciens ou chimistes qui n'embrassent pas, et c'est le "Tand nombre, le système immatérialiste des centres de
ÉTUDK SUR L\ PERCEPTION ET LA FORCE
force, introduit dans la science par Kant cl Boscovieh. Mais la théorie de Télasticitr est devenue le point capital en mécanique, et les corj)s durs des anciens physiciens ne peuvent, dans les théories, s'accommoder aux piiénomènes; or l'élasticité est rebelle aux explications atomistiques, autant qu'inévitable comme base empirique des actions répulsives. En attribuer la propriété aux particules ultimes des corps, pour rendre compte de la nature des fluides élastiques, c'est ex{)liqner /r invnic jKir le même ; et la vouloir d(''duire d'une cofuposition atomisti(|ue (\q<> molécules, et de Tordre et des mouvements de ses |)arlies, ce n'est que reculer la question en la reportant sur les propriétés des atomes.
Mais notre conclusion doit se tirer ici d'une logique plus profonde. Les physiciens atomistes, qu'une lang'ue philosophique bien faite devrait appeler /nafn'ia/lstrs, si ce nom n'avait été adopté pour désigner ceux des philosopiies qui n'acceptent pour j)i'incipe des choses (jife la matière, sont pour la philosophie, des réalistes qui subslanlialisent des propriétés de la matière, fondamentales (4 caractéi-isticpies, à leur avis, interj)rétées d'îiprc^ certaines impressions du toucher : abstractions géométriques solidifiées, desquelles toute propriété interne d'oi'dre mental est exclue. Et les physiciens tels que Ampère, Cauchv, Faraday, ou leurs disciples, sont pour la philosopiiie des réalistes idéalistes, qui substantialisent Tidée de force comme origine ou cause substantielle du mouvement . Il importe seulement d'observer que, d'un côté comme (\r l'auti-e, il faut tenir à part de cette classification, les physiciens, et Boscovieh lui-même est de ceux-là , qui ne considèrent, soit les atomes, soit les forces que comme des sortes de fictions et d'êtres purement nominaux qui servent à désigner des groupes de phénomènes et de rapports. ]^lais alors il doit être entendu que ces savants ne prétendent pas pi'uétrer le crai fond de la nature.