LA MONADOLOGIE DANS LE MONDE PHYSIQUE
que Leibniz, nomma Y harmonie prêrlahlir, à un moment de la pensée philosophique où l'on ne séparait pas de l'idée de Dieu l'idée de cause, ainsi qu'en faisait foi la théorie des causes occasionnelles^ imaginée pour rattacher directement à l'action divine la soi-disant action mutuelle de TEsprit et du Corps, à laquelle on avouait ne rien comprendre.
Mais cette harmonie, qui est la loi de causalité, est bien, de toutes manières, avec ou sans tiiéologie, préétablie à notre égard, préétablie dans la claire acception du terme, puisque nous la trouvons donnée en fondement de l'univers, et ne concevons rien au monde qui n'en suppose l'action, et cela même antérieurement à l'existence. Ne posons-nous pas la question de la cause du monde? Cette question précède la tliéologie, et elle y conduit.
La théologie interprète la causalité par la création, qui est le préétablissement de l'harmonie par la Volonté. Et cette interprétation est la plus naturelle, à raison delà véritable essence de l'idée de Cause. Là est le point d'arrêt de la pensée, là est l'origine de l'ordre entier des relations. Il est souverainement illogique de cherclier une cause à la Cause jwemière. C'est l'impasse où vont se heurter et vainement se débattre les théologiens et les philosophes de l'absolu ; et c'est aussi l'empêchement à reconnaître la volonté et la personnalité dans la cause première, parce que Tabsolu, niant la relation, nie nécessairement la volonté.
L'harmonie préétabUe doit être la loi des relations des forces réelles primitives, ou monades, pour pouvoir être l'accord et l'enchaînement de ces effets coordonnés qui sont les forces naturelles, régulatrices des phénomènes. Considérons ces dernières en cette origine métaphysique, inaccessible aux sciences de la nature. La définition c^énérale de la monade, donnée par Leibniz, est valable pour nous, car elle ne viole point le principe de relativité, et les qualités que Leibniz fait entrer dans cette définition sont les
i96 KTUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
rapports qui de tout temps, ou sous les mômes noms, ou avec des noms équivalents, ont été reçus comme les caractères deTôtre mental. Et le terme de substance employé pour désigner la monade n\a exactement qu\nie valeur nominale, ainsi qu^il est facile de s'en assurer en surmontant l'hal/ilude qu'on pourrait avoir de lui attribuer un autre sens que celui qui ressort, nous Tavons vu, du contenu et de l'explication de la définition de la monade \
1. Complétons ici les Iraiis rapportés ci-dessus touchant cette déli-
"T'Èa Monade, dont n(»us parlerons ici. nVst autre chose (prune substance simple.'/pii entre dans les composés: simple, c est-a-dn-e sans
''^Làoù il n*v a !)oint de parties, il n'y a ni étendue, ni (i^'ure, ni divisibilité possible. El ces Monades sont les véritables Atomes de la nature et en un mot les Éléments des choses...
« n n'y a pas moyen aussi dexpliipier conuneid une Monade puisse être altérée ou chaiit^ée dans son intérieur par cpiehpie autre créature, nuiscpron n'y saurait rien transposer, ni concevoir en elle aucun "louvement interne, cpn puisse être excité, dirigé, au-menté ou dmunue la dedans, conunecela se peutdans lescomposés. où il y a des chanK»'menls entre les parties. Les Monades n'ont i)oint de fenêtres [k\v lescpielles quelque chose |)uisse entrer ou sortir...
« Cepemlaiit il faut que les monades aient quelques quaiUe^, aulremenl ce ne seraient pas même des êtres...
« Les chani^ements d'un monade viennent dun prmcipe mterne. ouis'iu'une cause externe ne .saurait entrer dans son intérieur... ^ « h'é/ut nassaqer qui enielnppe et représente une multitude dans l umte ou dans la substance simple n'est autre chose cpie ce qu on appelle la perception quon doit distinguer de Tapercepliim ou de la coii.Mience... « Laclion du princii)e interne (pii fait le changement ou le passage d'une percepti(>n à une autre i)eut être appelé appéttlton...
« La perception et ce qui en dépend est inexplicable par des raisons mécani(pies.,. C'est dans la subsiance simple et non dans le conq)ose. ou dans la machine, (pi'il la faut cherciier. Au^si n'y a t-il cpie cela <nron puisse ln)Uver dans la substance simple, c'est-à-dire les perceptions et leurs changements. C'est en cela seul aussi ([ue peuvent consister toutes les actions internes des substances simples.
« On pourrait donner le nom d'enléléchies à timtes les substances simples, ou monades créées, car elles ont en elles une cerlaine perfection (^/oucT' 10 EVTEAi;) il V a une suflisance (ak:/.ox£ia> qui les rend sources de leurs actions internes, et pour ainsi dire des Automates incorporels. . . .....
« Si nous voulons appeler àme tout ce (pu a perceptions et a|)|)etitb dans le sens général que je viens d'indiquer, toutes les substances simi)les ou monades créées pourraient être api)elées âmes: mais comme le sentiment est quelque chose de plusipi'une simple perception, je consens que le nom général de monades et denléléchies sufhse aux substances simples, qui n'auront (pie cela; et qu'on appelle âmes seulement celles dont la |)erception est plus distincte et accompagnée de mémoire. » {Lamonadoloqie, I, UI, Vil-Vlll, XIV, XV, XVII, XIX.)
LA MONADOLOGIE LEIBNITIENNE CORRIGEE