CHAPITRE XLVl
DE LA COUHECTIOX A APPORTER A LA MUNADOLOGIE
LEIRMTIE.NNE
Deux points de doctrine des plus considérables, qui peuvent sembler inhérents à la monadologie, parce qu'ils le sont au leibnitianismc, sont cependant tout à fait indépendants de la théorie, tant métaphysique que physique, des monades, et doivent en être séparés. L'une concerne la notion de Tactivité, l'autre la notion de l'infini.
Des trois qualités caractéristiques de Tétre simple : la jjcrcc/jfioN, Vajfj/rlifian, Vaction utterm\ la dernière est, suivant Leibniz, un clu\n<^'ement interne de cette monade, sorte à\uito)iiate incorjjorcL C'est une fonction spontanée qui suffit, il est vrai, s'il n'est question que de la généralité des êtres naturels, mais qui n'exprime poiniVacllvUt', telle qu'on doit l'entendre de ceux d'entre eux qui ont, avec la conscience réllé'chie de leur nature, la puissance de la délibération et de roi)tion libre. Leibniz ne formule pas Fharmonie comme loi de causalité, simplement en ce sens que les actes et les états des êtres soient fonctions les uns les autres dans le coui\s des phénomènes. Il demande qu'il ne puisse entrer aucune variable indépendante dans les équations qui règlent les déterminations mutuelles. Ce résultat, que nous pouvons énoncer en ces termes mathématiques rigoureux, aurait été obtenu infailliblement par le Créateur, qui a prédisposé, dans chaque monade, afin de réahser son dessein éternel, la série entière des états et des changements qu'elle doit traverser, en son développement spontané^ dans toute la suite des temps. Il a coordonné entre elles ces séries infinies, relatives aux différentes monades ; elles s'accordent donc entre elles, les états des unes s'accor-
Renouvier. — Le PersonnaUsme. 32
ÉTUDE SUR LA PERCI:PTI0N ET LA FORCE
LA MONADOLOGIE LEIBNITIENNE CORRIGEE
dent avec les actes des autres, et vice versa, sans que, rien puisse e/Urer dans aucune ou sortir (Faarane ; bien plus (car ceci ressort légitimement delà délinilion de la monade) sans qu'il puisse naître, soit activement, suit [)assivement, en aucune, d'aulres déterminations que celles qui ont été ainsi j) rédéterminées \
La seconde théorie, (juc nous notons comme dislincle et séparable de la doctrine des monades, dans laquelle elle a été enveloppée par Leibniz, est un infinifisme porté au comble des affirmations les plus inconcevables, et bien lié d'ailleurs au plan de prédéterminisme absolu de Tliarmonie préétablie, telle (|u*il Ta définie ".
l.Une créalmv est plus p;nfaite ([u'iine aiitiT. i^n ct i\\\o\\ troiivo (M) elle ce (lui si'rt à rendre raison a priori de cv (|ui se |)asse dans l'auln'. et cesl par lu qu'on dit qu'elle (if/it sur l'autre...
« Et cest par là qu'entre les créatures les actions .sont mutuelles : ci\v Dieu, eoniparant deux substances simples, trouve en ehaeune des raisons (jui rol)ligent à y aeeoninioder l'autre : et. par «onsiMpient. ee (|ui est actif à certains é'i^ards est [lassif suivant un autre point de considération : actif, en tant que ce qu'on cannait distinctemenl en lui sert à rendre raison de ce qui se passe dans un autre, et passif, en tant que la raison de ce qui se passe en lui .se trouve dans ce qui se connaît distinctemeni dans un autre.
« Et conune il y a une inluir.e d'univers possil)Ie.- dans les idées de Dieu, et qu'il n'en peut exister (juun seul, il faut (pTil y ait une raison suffisante du choix de Dieu. (|ui le détermine à l'un |»lutôt (pi'à l'autre... « Or celte liaison ou cet accommodement de toutes les choses créées à chacune, et de chacune à toutes les autres, fait (jue <ha(pie substance simi)le a des rapports (jui ex|)riment toutes les autres, et (pi'elle est |)ar consécpient un miroir vivant perpétuel de l'univers...
« il arrive (jue. i)ar la mulfiUide inlinie des substances simjdes. il y a comrn*^ autant d'univers. (|ui ne sont pourtant cpie les perspectives d'un seul, selon les ditîérents |>oints de vue de chaipie monade.» {La munadolôr/ie. L. LU, LUI. LVl. LVII.
2. «c Comme tout est plein, ce (pii rend toute la matière liée, et connue dans le plein tout mouvement fait (jueWpie effet sur les corps distants, de sorte ([ue chaque corps est affecté non seulement par ceux qui le touchent, mais aussi. i)ar' leur moyen, se ressent de ceux (pii touchent les premiers dont il est touché immédiatement : il s'ensuit (jue cette communication \a à cpiehpie dislance (pie ce soit. El, par consé(juent. tout corp- - lessent de tout ce (jui se l'ait dans l'univers : tellement (jue celui qui voit tout pourrait lire dans cfiacun ce qui se fait partout, et même ce qui s'est fait ou se fera, en remanpiant dans le [)resent ce ([ui est éloij^'né. tant s(>lon les teuips que sidon les lieux...
« L'auteur de la nature a i)u praticpier cet artilice divin et inliniment merveilleux » — ù savoir cpie les « Fuachines de la nature, les corps vivants, sont encore machines dans leurs moindres i)arties, jus(pi*à
En affranchissant le monadisme des doctrines de l'infini, de la continuité absolue, du déterminisme absolu et du plein de matière , thèses très connexes qui suppriment, dans le monde physique, toute individualité réelle, comme dans le monde moral la hberté ; en localisant les monades séparées en des points gvométriques, d'où s'exercent leurs actions à dislance, nous ne faisons autre chose que d'appliquer aux forces naturelles, ramenées à leur nature mentale, la notion de Tespace telle que Leibniz lui-même Fa définie : ordo coexistent iuni : Entre les monades, l'espace est interposé, en d'autres termes, représenté; il est dorme avec les simples monades, au premier degré de l'être, en sa représentation, que les moindres d'entre elles doivent avoir à l'état confus, |)uisqu'il est une relation liée à celle que constituent leurs actions mutuelles. A l'unité de mesure |)rès, c'est la même que les êtres les j)lus dév^eloj)pés possèdent, et que, l'imagination aidant, ceux-ci étendent indéfiniment selon leurs progrès dans la perception. L'espace étant essentiell(unent la [orme de la srnsihilitê externe, suivant le complément donné |)ar Kant à la définition de Leibniz, on dirait v«>lontiers, à un point de vue évolutioniste qui prendrait l'orio-ine des choses dans le minimum de l'être et de la connaissance, (jue l'espace a opéré son entr(''e dans le monde avec la première monade mise en rap[)ort avec la monade sa semblable.
^iais la création n'est pas partie de l'infiniment petit ; c'est dans l'ensemble et l'harmonie des fonctions dont elle
l'iidini ». — « j)ai'ce (pie chacpie portion de la matière n'(^st pas seulement divisible à rinlini. comme les anciens ont reconnu, mais encore sous-divisée actuellement sans fin, cha(pie partie en parties, dont chacune a (piehpu' mouvement propre, autrement il serait impossible ([ue chaque |)orti<»n de la matière |)ùl exprimer tout l'univers » [La monadolntjic, L\I-LXV.)
Il est vraiFuent inexplicable (jue Leibniz n'ait pas vu qu'il y avait contradiction fla^Mante entre la proposition, que la )nafière est actuellement divisée sans terme, et celle qui fonde la monadolo^ie : il faut qu'il y ait des sufjsfances simples, puisqu'il y a des composés ; ou plutcit que l'ayant bien vu, il n'ait pas jugé à propos d'en rendre compte.
500 ÉTUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
se compose que nous devons nous la représenter. Les allraclions et les répulsions se présentent inimédiatoment, avec l'espace, à la science, comme des fonctions premières, et s'expliquent, au point de vue méta[)hvsiqucet mond, comme des propriétés mentales. C'est Tacception dans la(|uelle a toujours été pris le terme iYaliracùon, en dehors de la science, depuis qu'il s'est imposé aux savants pour la représentation matérielle des phénomènes, et même avant ce moment; car l'imagination d^une vertu alli-active de la terre comme cause de la pesanteur remonte à 1 anlicpiité, et se trouve exprimée de temps à autre par les penseurs avant Newton. Quand l'idée de la gravité a ('h' généralisée pour l'explication des révolutions célestes, Tidéede l'attraction s'est otTerte comme la plus naturelle pour étendie la môme conception générale des forces aux actions élémentaires de la matière, et, dans ce domaine, Tidée de la répulsion a du se joindre à celle de l'attraction pour rendre compte des phénomènes inverses de cette dernière, et de l'obstacle cà la pénétration mutuelle des corps. Les savants, conduits par l'abstraction, se sont alors efforcés de donner aux mots aUraclion et rrptiUlon le sens tout mathématique des effets de rapprochement ou d'éloigncment des corps. C'est ce que Kant et Boscovich ont fait, qui ont perdu, par sa réduction à des rapports géométriques, le caractère propre de la force, que Leibniz avait au moins reconnu comme spontanéité de détermination des monades.
CIIAIMTUK XLVIl
LA DOCTUi.NE DES MONADES ET LES IDÉES GÉNÉRALES DE LA PHVSIULE MODERNE
L'être le plus élémentaire dont la physique et la chimie aient atteint certaines déterminations, et qui se nomme tou-