LA PHYSIQUE MODERNE ET LES MONADES
jours, comme Démocrite l'a très justement nommé, l'atome, ces sciences n'ont pu encore en obtenir la définition. La plupart des savants s'obstinent à le prendre pour un petit corps à la fois indivisible, étendu et solide, comme faisait aussi Démocrite, et sont en peine de lui conserver l'indivisibilité. On n'est point })arvenu à le concevoir, sous les conditions de l'expérience, de telle manière que, soumis à la gravitation, propriété commune, il n'exige plus qu'on en distingue des espèces, et assez nombreuses, que séparent les intensités diverses de l'application de cette propriété. On n'aperçoit pas non plus, dans les phénomènes observés et les lois découvertes, le moindre indice d'une explication possible de leurs autres propriétés spécifiques, celles qui concernent les (( affinités électives » de ces éléments auxquelles toute la nature, morte ou vivante, est suspendue. Il importe de remarquer à ce propos que toutes les recherches que nous voyons entreprises pour découvrir les structures atomiques des molécules composées, si ce n'est des atomes euxmêmes, qui auraient à se diviser à cet effet, visent des lois géométriques, ou mécaniques, dans lesquelles on ne pourrait jamais voir que certains rapports externes à constater avec les mystérieuses qualités des corps.
Les travaux relatifs à la thermochimie donnent lieu à des espérances d'un autre genre ; ils partent du rapport observé entre la chaleur spécifique et le poids atomique, dans les différents corps, et de la loi d'a[)rès laquelle il y a tantôt de la chaleur dégagée dans les réactions chimiques, tantôt de la chaleur réclamée |)our qu'elles s'opèrent [exothcnnio, — endolJtcrmlc]. La stabilité du composé qui se forme est la plus grande dans le cas de la production de chaleur. Les conséquences tirées de ces observations donnent à la thermochimic une forme thermodynamique, par l'application du principe de proportionnante de la quantité de cluileur consommée ou produite, à la quantité de travail produite ou consommée ; et le résultat espéré de cette
502 ÉTUDE 8LR LA PERCEPTION ET LA FORGE
sorte de transformation do la science chimique serait d'expliquer la variété des substances, et la nature de leurs réactions, par les masses et les mouvements des particules. Il est donc manifeste que l'œuvre scientifiiiue poui'suivic dans cette direction laissiM'a complètement inex[)liqu(''es les qualités proprement dites des substances, celles qui sont à notre connaissance empirique et à notre usage, et, dans la nature, les sources de la vie et de la moi't. L'avancement des théories scientificjues n'est jamais qu'un progrès dans Tabstraction.
Il faut avouer que la substitution de la monade à l'atome, si elle lève les difficultés logiques insurmontal)les de l'atomisme pour une théorie dt\s forces élémentaires réelles, ne nous met pas mieux en état de pénétrer les pi'ofondeurs des existences élémentaires, les rapports de ce qu'elles sont en elles-mêmes avec nos sensations et avec les imj)ressions, utiles, ou nuisibles, agréables ou pénibles, que nos organes et la vie en général reçoivent de leur commerce nuitiicl intime. (]'est le monde inconnu de nos origines, il y a avantage cependant à placer dans la monade, et non dans l'atome, concept géométricpie et mécanique, l'enceinte impénétrable des propriétés inaccessibles à l'investigation scientifique. Le passage de la notion de la monade à la notion de la molécule est très intelligible et très simple, et la molécule peut occuper rationnellement la place de l'atome, au point de vue scientifique, ainsi que pour l'imagination, divisée ou indivisée qu'on ait à la considérer selon les cas. L'indivisibilité conceptuelle ne s'applique correctement (|u'au point matliématique ou à la monade.
En effet, les atomes inétendtfs, — c'est lo terme dont
usaient Ampère et Cauchy, et qui convient aux monades
restreintes à leur rôle physique, — ces atomes disposés et
groupés en de certains nombres et à de certaines distances
es uns des autres, lesquelles ne peuvent jamais devenir
LA PllYSIOlE MODERNE ET LES MONADES
nulles, forment les molécules intégrantes des corps, par les volumes qu'elles délimitent en vertu de ces distances ; et ces volumes, encore que variables en raison des forces tantôt attractives et tantôt répulsives dont les monades sont les centres, déterminent l'exclusion mutuelle de ces molécules et, par suite, des corps eux-mêmes, des lieux que d'autres molécules occupent. VimpênèlrablUti' de la ynatlrre étant ainsi, quoique invincil)le d'après la loi des répulsions, \me propriété relative, Cauchy a pu dire : « S'il plaisait à l'auteur de la nature de modifier seulement les lois suivant lesquelles les atomes (inétendus) s'attirent ou se repoussent, nous pourrions voir les corps les plus durs se pénétrer les uns les jnitres, les plus petites parcelles de matière occuper des espaces démesurés, ou les masses les plus considérables se réduire aux plus petits volumes, et l'univers se concentrer pour ainsi dire en un seul point ))\ Mais il faut ajouter que, si la modification de la loi ne portail (pie sur les distances, et que les distances conservassent leurs proportions, il n'y aurait rien de changé dans les [)erceptions des êtres sensibles.
En prenant le point de départ dans Yatome uiélendu d'Ampère et de Cauchy, au lieu de l'atome matériel hérité de l'ancienne atomistique, ou des forces matliématiques de lioscovich et de Kant, pures abstractions, la science s'accoi'dei'ait avec la doctrine des monades sans avoir à entrer dans la partie métaphysi([ue de cette doctrine, non plus qu à s'embarrasser du vieux concept de matière indivisible, où la question de l'infini est nécessairement impliquée par la continuité de l'étendue; et la physique et la chimie n'auraient rien à changer d'ailleurs aux recherches ou théories de la composition moléculaire, et à l'étude, qui a pris tant d'im[)ortance, des rapports des réactions avec l'énergie motrice et la chaleur.
1. A. Cauchy, ^cpt leçons de physique générale, éditées par l'abbé Moigiio. p. 36-3U.
ÉTUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
En résumé, nous regardons les monades comme les éléments ultimes de l'existence, sous le double rapport de la réprésentation et de l'action. En tant que représentations spatiales elles posent le fondement du monde physique par leurs distances, qui constituent Textériorité et donnent la raison de la force mécanique et du mouvement, en vertu de la loi qui lie les variations de ces distances aux déterminations internes de la perception, de ra|)p(''tition et de Tactivité. Les molécules, premiers éléments de Tétendue, essentiellement constituées parles résullantes desaltractions et des répulsions qui s'y produisent, forment des composés plus ou moins stables qui [)renneiit en conséquence les innoml)rables propriétés tant actives que j)assives de la matière inorganique. La cellule, premier principe des évolutions vitales, subordonnée aux propriétés mob'culaires pour sa composition, et aux lois physiques générales d'ailleurs, se distingue de la matière commune des corps par la loi de vie et de mort qui lui est propre et qui se poursuit dans la formation, la génération et la destruction des orsranes et des orfjanismos. La monade s'individualise et s'agrandit à la fois, au coui's de certaines évolutions pour lesquelles elle acquiert des fonctions centrales et dirigeantes en rap[)ort avec la puissance d'organisation posée au fondement du monde.
Considérons les deux grandes et fondamentales lois naturelles que la science tout entière a été conduite à définir, l'une par l'attraction, l'auh'e par la répulsion, les rattachant ainsi, (Tune pari et sans se le pro[)Oser, au grand mobile mental de doul)le sens qui dirige la force de la volonté ; d'une autre part, à la ([uestion géométrique des distances, et aux relations de masse et de vitesse, (jui n atleignent pas l'idée de force et de cause en essence, j>arce qu'('ll(* n'est pas math(''matique. Ces deux gnindes lois de la nature nous présentent Tordre de Tunivers comme fondé sur une opposition pareille à celle qui domine l'ordre universel des
LA PHYSIQUE MODERNE ET LES MONADES oO;J
relations : Yidcnfifiraliott et la (/isfuicfion, avec la drlcrminution. leur synthèse. La détermination est aussi l'union dans les différentes relations logiques qui constituent la qualité, la quantité, etc., toutes les catégories, par l'apposition des limites. De même, les forces antagonistes d'attraction et de ré[)ulsion déterminent ces unions variables qui sont les synthèses physiques. Les unes tendent d'une manière générale à l'universel, les autres à l'individuel le plus étroit; dans les limites normales de leur action naturelle c'est donc partout l'harmonie qu'elles réalisent.
Les lois de la thermodynami(iue ont complété par une immense découverte ce qu'on pouvait connaître de l'éclatante opposition de la chaleur et de la gravitation, c'est-àdire de ces phénomènes de dilatation et de dispersion de la matière qui, prenant leur poirit de départ dans les vibralions moléculaires, supposent entre les molécules des forces répulsives incessamment en action, et de cette force universelle, à laquelle nous ne connaissons point de limites dans l'espace, qui enchaîne toutes ces molécules à toutes distances, et s'affaiblit indéfiniment sans se perdre. La proportion des masses compense les effets de Téloignement en de certains états d'équilil)re qui s'établissent dans le système des mouvements. Cette opposition des deux grands ordres de forces est une sorte de corrélation qui les rend partout complémentaires l'une de l'autre à Tégard de la somme constante des énergies de la nature. Les mouvements, sous l'une des deux formes, se produisent toujours ou s'annihilent dans la môme proportion qu'ils s'annihilent ou se produisent sous l'autre ^
Considérons les états des corps par rapport au développement que peut obtenir cliacun de ces systèmes corrélatifs de forces, et au terme que, suivant sa loi, chacun d'eux semblerait pouvoir atteindre. Du coté de la déperdition de chaleur, par l'affaiblissement des vibrations molé-