LA CRÉATION DANS LA COSMOGONIE HÉBRAÏQUE
le plus haut esprit, arrêté qu'on est par d'autres parties du récit, ou symboliques, ou légendaires, ou d'une certaine signification morale, intéressante assun'-ment, mais secondaire. (]e sont : 1" les traits d'un anthropomorphisme naïf dans la (•on(luit(^ de Dieu envers l'hounTie ; 2" le sujet du commandement, qui est l'interdiction de la science du bien et du mal, de sa recherche, et non point la défense d'un acte dont quelque sentiment de devoir aurait pu faire comprendre à l'homme la raison ; donc, un ordre inexplicable, ou injuste, en apparence, avec des menaces ; 3" le mythe obscur du tentateur. Mais, au-dessus de ces parties accessoires du récit, le concept de la création premièrement i)onne subsiste; l'idée de perfection attachée à l'œuvre directe et immédiate de Dieu est en conliwdiction formelle avec l'idi'e de l'évolution, qu'une école théologique, jadis attachée scrupuleusement à la lettre de la liible. voudrait maintenant v substituer, sans aucune raison lirée des documents. C'est de l'arbitraire pur.
Le caractère enfanlin dc^ traits d'antJH'opomorphisme est justement ce qui nous [)ei'met de douter que le narrateur ait pi'étendu faire prendre au pied de la lettre une légende où il ne nous est pas dilïicile de découvrir l'intention d'un haut enseignement moral. La défense de toucher au fruit de Y arbre de la scie/tce du bien et du }}ud sio^ni- ^\e assez clairement que l'homme, passant de la vie animale spontanée (étal (rinnocence) à la réflexion, à la conduite raisonnée, acquiert cette expérience savante des actes et de leurs suites qui est la connaissance formelle du mal, condition de la connaissance du bien, et qui est une chute et une peine. Quant au rôle personnel à donner à lavéh- Elohim dans le drame du pc'ché, il était n:iturellement indiqué à un auteur qui ne doutait certainement pas de la personnalité du Créateur.
Le mythe exprime une vérité en ce sens, que ia connaissance du bien et du mal est l'effet de la présence du
32 LA CRÉATION DANS LA COSMOGONIK HKBRAIQUt:
mal dans l'expi rience humaine, et n\a point place dans ridée d'une vie de relation dont les modes seraient entièrement spontanés, naturels et innocents, si Ion v joint comme dans la Bible, la supposition cVun milieu parfaitement adapté aux besoins des vivants. En cette hypothèse, on peut poser la question de la nature et de lorio-ine du mal, du wa/ moral (le seul supposable en ce cas), c'est-àdire du /,n/tr, et trouver la raison de la responsabilité et de la peine. Le mythe de la Grnhe est sujet seulement à ce reproche, que Thumanité, qui s'y trouve représentée par un cou|)le unique, ne compose pas une société dans laquelle il soit possible de découvrir la source des maux de l'espèce humaine attribuables à la conduite des hommes. La possibilité de Tinjustice ne s'y comprend pas assez; le couple humain se montre uni de volonté jusque dans l'acte du péch('; le tentateur ne peut susciter, dans TAnie de la femme, qu'une passion naturelle, et très excusable en elle-même, de sorte que l'essence du péché ne se fixe que dans Tidée de la désobéissance cà un ordre du Créateur; la liberté de la créature ne ressort que par op[)osition à cet ordre, qui semble arbitraire. L'idée |)rincipale qui subsiste est donc celle de la perte de Tinnocence par ambition d'égaler le Créateur en acquérant la science ; d'où violation du commandement divin, corruption de la nature auparavant adaptée à l'homme, nécessité du travail, et douleur. Ainsi le juste et l'injuste ne pouvant, dans le récit biblique, se rapporter aux relations humaines, qui ne sont pas encore développées, se rapportent, pour le sentiment exigé de la créature, à la volonté du Créateur, exclusivement, et tout le devoir, à l'observation d'une loi positive émanée de lui. Cette fiction est d'accord avec rignorance où l'homme est supposé du bien et du mal, pj^r conséquent de la loi morale, et avec la spontanéité de ses déterminations dès lors toutes passionnelles (à la réserve du fruit défendu). Elle est accompagnée d'un trait qui existe parai-