Les Principes de la philosophie, 111, 4G
ÉTUDE SUR LA PERCKPTION ET LA FORCE
excepté que c'est partir d\m princi|)e de chano-ement intellig'ible, et non pas faire naitre la variété de runilor-
mité.
La même impossibilité de définir un commencement dans un état donné de la matière se trouve, sous une iui'me opposée, dans rhypothèse dite de ragolomération météoi'i(|ue, d'après laqutUe un système solaire se forme des collisions et de la consolidation d\inc multitude immense de masses errantes dans l'espace. Imaginons, par exemple, des corps « en nombre fini, au plus ég-al au nombre d atomes contenus dans la masse actuelle du soleil : ce nombre fini (qui doit être assez probablement compris entre 4 X lO''" et 140 X lO"') est aussi lacile à comprendre et à imaLî,iner^ que les nombres 4 et liO. Immédiatement avant Tincandescence, la totalité des éléments constituants du soleil pouvait éli'e dans un état de division extrême, c'est-à-dire à l'état d'atomes séparés; ces éléments |)Ouvaient ainsi constituer un plus petit nombre de gi'oupes d'atomes a^lomérés en jjetits cristaux ^des fiocons de neige de matière, pour ainsi dire); ou bien ils pouvaient former de |)etits las de matièi'e semblables à des pavés, ou encore semblables à cette pierre que vous pourriez prendre [)ar erreur pour* un pavé, mais qui a réellement voyagea ti'avers l'espace jusqu'au moment où elle est tombée sur la lerre a Possit, au voisinage de Glascow, ou à celle-ci, qui a été trouvée dans le désert d Alacama, dans l'Amérique du Sud, et que je crois être tombée du ciel, morceau de fer et de pierre, etc.. » ici, Féniinciit physicien, auteur d'une conférence dont nous citons cet extrait, présente à ses auditeurs quelques remarquables aérobthes, et « il est indiiîéi'enl, continuet-il, pour la théorie du Soleil, que la matière qui le constitue ait pris l'une ou l'autre de ces formes immédiatement
1. A co)/ipr(ni(lre. oui.siins doiili' ; iiimar/iner, c'v^i tia pciitrop diiv ; railleur aurait mieux lait de distinguer (ou le traducteur?; Mais cela ne fait rien à l'affaire.
LORIGINE DU MONDE AU POINT DE VUE MÉCANIQUE oll
avant qu'il devint incandescent, mais je ne puis jamais penser à l'état initial de cette matière sans me rappeler une question que me posa, il y a trente ans, feu l'évêque E\\ ing, évêque d'Argyll et des lies : « Imaginez- vous que cette (( masse de matière ait été, dès l'origine, ce qu'elle est (( maintenant; qu'elle ait été créée telle qu'elle est, ou (( qu'elle soit restée toujoui's dans cet état dans l'espace, « jusqu'au moment de sa chute sur la Terre? » Je lui avais dit que, dans mon opinion, le Soleil avait été formé par des pierres météoriques, mais il ne fut satisfait que lorsfju'il eut a|)pris ou pu imaginer ce que sont ces pierres. Je ne pus que partager son opinion au sujet de l'impossibilité (ju'il v a à imaginer qu'une quelconque des météorites semblables à celles qui sont sous vos yeux ait toujours été ce qu'elle est à présent, ou que les matériaux qui forment le Soleil aient été sem])lables à elle pendant tout le temps qui a précédé leur agglomération et leur élévation de températui-e. Cette pierre a sûrement une histoire pleine d'événements, mais je n-'abuscrai pas de votre patience en essavant en ce moment de conjecturer ce qu'elle a pu être. Je me bornerai à dire en terminant que nous ne pouvons qu'accepter l'opinion générale d'après laquelle les météorites sont des fragments détachés de masses plus grandes qui se sont brisées; mais pour satisfaire entièrement notre curiosité, il iimdrait essayer d'imaginer quel a été le passé de ces masses. »
Après ces derniers termes, nous ne pouvons rien dire, ce semble, si ce n'est que la question de l'origine n'a fait que reculer. 11 ne paraît pas qu'après qu'on a expliqué les masses par la réunion des fragments, et les fragments par leur détachement de masses antérieures, on soit plus avancé pour « imaginei* quel a été le passé des masses », si l'on n'imagine aussi ce qu'a pu être leur formation première. A moins de résoudre ce problème en tant que problême de mécanique, il faut avouer de l'ultime fondement
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de cette science ce qu^on dit hautement du fondement de la vie : « L'origine et la continuation de la vie sur la terre sont absolument et infiniment au-dessus des saines spécu-
lations delà science*. »
Aux résultats où nous conduisent deux cosmogonies physiquement si diiïérentes, la nébuleuse et la météorique, il est aisé de voir le problème i)hysique et le problème métaphysique se contbndre. Ce problème est celui dont les termes se posent dans l'opposition de la doctrine de la création et de celle du procès à Tinfini des phénomènes. Les concepts scientifiques y trouvent leur borne infranchissable, par rimimssibiUté dY^xpliquer ce que, dans la langue philosophique des anciens, on appelait Viwifjlnr du moiœemvnt, et ce qu'en termes plus généraux et plus profonds nous appellerons l'origine de l'individuel dans runiversel. C'est, au fond, Tacte de la volonté dans la matière, ou pour la constituer.
Le dilemme du commencement des phénomènes, ou de leur infinité régressive, où s'arrête l'hypothèse météorique, se montre et reste sans solution, en ce qu'il faucb'ait ou connaître l'origine des masses divisées avant leurs rencontres d'où naissent les nébuleuses, ou trouver le moyen d'expliquer les rencontres sans supposer une origine aux masses. On ne sort d'embarras que par la thèse de la créalion de Descartes (et de Kant lui-même, (jui cite Descartes et en cela le suit, au point de départ de sa Thi'oric du ciel, qui, en elle-même, est évolutioniste") ou i)ar la thèse de l'éternité des atomes et de leurs chocs, dont Démocritc le premier trouva pour explication le fait supposé, que, de tout temps les choses s étaient ainsi passées. Si, au lieu des météores errants, nous prenons l'ori-
o-ine dans la nébuleuse absolument dilîuse et uniforme, c?
1. W. Thomson. Conférences scientifiques, trad. par MM. Lugol et Brillouin, j). :260-2T5.