LES FINS POSSIBLES DU MONDE MÉCANIQUE
Nous avons mentionné l'expédient imaginé par Rankinc ; il avait contre lui non pas seulement la difficulté de concevoir le genre de bornes qu'il admettait pour l'univers, mais surtout l'idée commune qu'on se fait de l'espace infini réel, et le besoin qu'on éprouve d'y envisager quelque existence palpable. \Vundl a émis l'idée que la masse universelle pouvait former une (piantité finie, tout en accompagnant sans fin l'espace, qui est le volume du monde, pourvu que sa densité décroissante répondit aux termes d'une série infinie convergente. D'autres .savants furent séduits par les découvertes des mrla</r<i»ir/irs qui leur propo- .saienl d'abandonner la conception vulgaire de l'espace en faveur d'une autre qui le définit comme réellement courbe, ce qui lui permet d'être illimité sans être infini. En dernière analyse, les In potlièses et les raisonnements sur les fins du monde sont dénués de valeur et de sens, si on les applique à l'univers infini, dans lequel aucune action ne peut .s'inté- ..rer pour le calcul. Dans l'infini, il n'y a de fin à rien. D'une autre part, les croyances infinitisles sont au.jourd'lmi profondément enracinées dans les cercles scientifiques. Il résulte de là cette inconséquence, que la spéculation ne porte en réalité que sur l'origine et la destinée du système solaire, et que, le plus ordinairement, c'est bien ainsi qu'on l'enlend. ([uoique sans renoncer toujours à étendre à un monde supposé infini les inductions fondées sur l'étude des lois du moud.- limité. Or, si le monde est fini pour la rai.son, il est au moins, certainement, indéfini pour noire connaissance. Bien plus, la limite inférieure de son étendue dépas.se déjà toute imagination, et la limite supérieure est un nombre peul-étre plus grand que celui qu'il nous plairait d'écrire avec l'unité et autant de zéros que nous aurions la patience d'en écrire à la suite. 11 est donc puéril, non pas de généraliser les lois qui nous sont connues pour essayer d'en prévoir les fins dans une sphère limitée, mais de raisonner sur les données du svstème solaire pour nous faire une idée
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ÉÏCDi: SrR LA IM'KCEPTION KT LA FORCK
(le la fin du monde inléi^ral, alors que les données desdiiïrrents systèmes et de leurs rapports mutuels et avec le notre doivent évidemment être considérés ensemble, et qu'ils nous sont inconnus. Knnf et les penseurs fjui. j'i sa suite, spéculant sur l'oliservation des ni'buieuses à divers états de condensation, ont imaj^'iné (lt\s mondes naissants, évoluants et mourants dans Timmensité, sans autres nrioines ni autres destinées que les chaos nés de leui's rencontres, n'ont pas ét(' ^'uidés, en cette spéculation, par le sentiment d'une Fin réelle du Monde, ou le besoin moral de croire qu'il en aura une. (Vcsl la doctrine de rinlini cpji les a séduits, la même qui en<i,'endra jadis rh\ pothèse des mondes naissants et mourants d'Anaximandi'e. ou de l)émo<'rite, (jui n'attendirent [ms la tliermodynamiipir pour les imaginer.
Nous devrions d'autant j)lus nous contenter d'apj)liquer au système solaire les inductions sur la lin probable à tirer des lois de la pesanteur et de la clialeur, (jui sont les siennes, que nous ignorons totalement si l'abor-d de la constellation vers laquelle le soleil semble saviuicer, ou ne fiit-ce que son approche à uni» ('pocfue indt'tei'minée, ne serait pas de nature à exercer des actions nouvelles ou d'un genre imprévu, capables de modifier les lois qui servent de fondement à nos spéculations. Mais même ne devrions-nous pas nous dire, (pie dans la seule enceinte de notre système, le champ des fins plivsiques dont Ti-lude nous est possible dt'passe dans une mesure ('norme les fins liumaines. qui sont apparemment celles (jui donnent aux fins cosmicpies un intérêt autre que de vaine curiosité'.'
Soit (jue nous considérions les forces alti*actives, ou les forces répulsives, par rapj)ort à leur évolution géncrale pour approcher le monde de sa fin, il est évident que le globe terrestre doit devenir inhabitable aux races humaines, et puis impropre à l'entretien de toute vie, longtemps avant le terme des périodes énormes de cette ('volution. Si nous la regardons du coté de la chaleur, raflaiblissement du ravon-
LHS TINS POSSIBLLS Dl' MONDI! MLCANlQrL :i21
nement solaire, ou, plus généralement, la dissipation de Ténergie calorifique doit amener la fin de la vie j)ar le froid, à la surface des planètes, indépendamment de la fin dernière et très reculée de l'ensemble du système. Et si nous l'egardons de préférence aux actions retardatrices du milieu C(''leste et à la déperdition graduelle de l'énergie cinétique des juanètes et de leurs satellites, leur commun rapprocliement du soleil ne peut manquer d'amener les atmosplières et les mers, là où il en existe, à un état incompatible avec le développement de la vie, à la surface de ces o-lobes, tout à fait en dehors de la fin commune à prévoir de leur réunion à l'astre central.
On peut, selon ce que nous avons exposé plus haut, mettre en doute, la présence dans les milieux interplanétaires, de corps cai)ables de retarder les mouvements des masses, mais il semblerait établi par les calculs astronomie pies les plus récents que l'action des marées, — - ce terme gém^ralisé doit s'entendre des déplacements des parties relativement molles et mobiles à l'intérieur comme à l'extérieur des planètes, et des satellites par l'effet de leurs attractions mutuelles, — est capable de diminuer l'énergie cinétique de ces astres, et d'amener progressivement les sateUites à s'unir à leurs planètes, et les planètes au soleil, le tout, finalement à rincandescence universelle.
La plus intéi-essante des lois relatives aux fins physiques nous paraît être celle qui nous fait envisager la dissipation des forces motrices et la désagrégation moléculaire, a\(r l'équifibre de température, qui mettrait fin à toute puissance de composition chimique ou biologique. Il n'est jwas à nier que, des deux forces qui se partagent la quantité constante d'énergie de notre monde, celle qui reçoit en accroissement, et sans réversion, les effets de la décroissance de l'autre ne doive conduire à la désorganisation de l'univers. La déperdition des forces motrices est un résultat certain de tous les travaux moteurs qui s'elïectuent
ÉTUDK srR LA PERCEPTION ET LA FORCE
dans la nafiiro ci qui tous donnent lieu à des |)i'oductions de chaleur, (^tinsidt'rve en elle-même, elle conduit à la conséquence e\tr(>me d'un monde où le retour de Irner-Lric cinétique serait impossible puiscju'il troublerait ré(juilibre de température (jui est atteint par hvpolhèsc; mais, en fait, rhvpo(hès(^ esf irréalisable, parce que Tatlraction universelle subsistant toujours, l'anéantissement des révolutions célestes ne peut être que la réunion de tous lo-; corps au corps du soleil, et, par suite, latin du monde dans la nébuleuse incandescente, telle qu'elle se présentait pour les considérations précédentes. De toutes manières, k terme de la vie de riiumanité doit précéder d'un laps de lemj)s incalculable la ruine du système solaire.
La conclusion philosophique qui se présente le plus naturellement, (piand on réiléchit à ces lois de (inahté physique, c'est que l'ordre de la nature, sous cet aspect, et abstraction faite des termes extrêmes de l'évolution, ori- *^ine et lin, consiste essentiellement dans le jeu harmonique des deux forces antag-onistes. Les piiilosophes (pii portent leur attention sur ces termes extrêmes, mais qui ne spéculant j)as sur la nébuleuse de pure tliéoi'ie, liotno^ène et uniforme, se tiennent au point de vue expérimental, et pensent que le monde revenu à l'état de diffusion et d'incandescence, peut renaître, en son évolution de refroidissement, puisqu'il est déjà n»'-, suivant eux, d'un état sembable, ces philosophes sont fondés à imaginer que l'action ainsi recommencée des forces naturelles ramènera des réactions ciiimiiiues et des synthèses d'élémt^nts pareilles, et puis des productions véj^étales, et des espèces animales, et enlin, pourquoi j)as ? des races humaines. Ils peuvent imaj^iiier cela, sans aucun doute, mais l'idée de ces races n'est pas pour nous Tidée de l'Humanité, cette dernière a péri avec l'ancien monde et même lon.i;temps avant lui, comme nous l'avons remarqué. Ce nY^st |)lus pour nous la môme chose. Cette palingénésie n'est pas la palingénésie.