‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 24 sur 211 · CONDITIONS D'UN MONDE PARFAIT · texte numérisé non relu

CONDITIONS D'UN MONDE PARFAIT

justice objective est un ordre, une adaptation et une distribution des phénomènc^s de la nature qui ne dépend pas, pour son établissement et ses lois d'ordre universel, de la volonté des êtn^s créés. Dans un monde où cet ordre est troublé ou renversé, ilest dilïicile que la justice subjective règne, parce qu'il se produit des oppositions d'intérêt entre les pers(mnes, et des conflits de passions en conséquence. La justice sans le bonheur est précaire, et le bonheur, sans lajustic(% est imj)Ossible.

L'unique conception de la nature, et de l'ordre de la nature, qui rond logi(juement possible le monde parfait dansle(|uel la justice et le bonheur, ainsi définis, puissent être réalisés, et le seraient même nécessairement, si ainsi le voulait l'institution divine, c'est la doctrine des monades et de l'harmonie préétablie. Entendons par monades des êtres dont tous les modes de vie et d'action seraient purement spontanés ^^sans nous occuper ici de leurs autres pro])riétés^. L'harmonie préétablie est la loi par laquelle est établi (t priori, poui* toute la suite des temps, l'accord constant, invariable de toutes les déterminations spontanées corrélatives de ces êtres.

Le monadisme est, en effet, avec rharmonie préétablie, un système qu'on pourrait nommer l'idéalisme positif, qui résout seul le problème de la conciliation de la réalité du monde extérieur avec la réduction des phénomènes à la représentation et à la conscience.

Mais pour que ce système pût nous offrir la théorie d'un monde parfait, il faudrait (pie son auteur n'eût pas luimême introduit le mal dans les rapports des êtres; et il serait inexplicable que, créé parfait, il ne se fût pas conservé dans sa perfection, alors que, par hypothèse, les phénomènes y seraient rigoureusement prédéterminés.

La définition du bonheur a passé quelquefois pour embarrassante. C'est son extrême simplicité, à la portée de tout le monde, qui semblait en rendre le concept difficile.

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paFce qu'on craignait de le trouver i ['réalisable. Les léo;endes du paradis et les tableaux de l'élicité céleste, toujours très simplistes, étaient loin de favoriser Tidée d'une société parfaite entre de vrais hommes, en de vraies relations humaines, comme terme j)remier et dernier des destinées, encore moins comme origine de Thumanilé au sein d'une nature à la fois réelle et entièremenf harmonique. Et d'un autre cùté. les études d'histoire naturelle et les théories évolutionistes exchiaienl la possibilité d'une nature d'ordre (Hvin, adaptée à la vie parfaite et immortelle par destination ; tandis que les vues empiricpies, les seules compatibles avec le spectacle d'un monde où l'union et la lutte (l'amour et la haine) se conditionnent mutuellement, nous portent à regarder' l'état ou la stabilité du bonheur comme contraires à la nature du caractère humain et des choses.

Cependant cott*^ possibilité d'un accord antique, antérieur au svstème cosmique actuel, entre les conchtions nécessaires de la vie et de l'intelligence et l'état des forces mécaniques ut [physiques, défie toute objection tirée de la logique. L'hypothèse d'un commencement premier des phénomènes pai* l'acte de la volonté créatrice, hypothèse logique en (>lle-mème, intiM'dit toute* supposition d'antécédents et (]r moy(Mis par lesquels cet acte ait pu se prochiire. Il est donc licite de définir l'état initial du monde» parfait comme complexe : et c'est d'îiilleurs ce que le concept de sa perfection exige, au lieu (pic la recherche de l'oi'igine des choses dans l'unité et la simplicité, — fausse idée du parfait, — est la méthode des principes abstraits, l'illusion d(^s doctrines absolutistes, émanatistes ou évolutionistes.

La justice objc^ctive ne se peut comj)rendre j)leinement réalisée que par une nature dont toutes les forces sont en

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correspondance exacte o[ en i)arfait accord avec les modes de l'organisation, les impressions, les émotions des êtres vivants, et les actions qu'ils ont à exercer d'après leur constitution, de manière à composer un ordre universel dans lequel les fins individuelles sont toujours atteintes sans rencontrer d'obstacle, ni dans leurs rivalités, ni dans les lois générales. C'est, en un mot, l'harmonit» inté- <>-rale a iiriori des passions et des choses, c'est le préétablissement dun vaste système» de noml)r(\s proportionnels des movens, des besoins, des désirs, des aptitudes et des

produits de tous les genres de la terre et des hommes, tel (pi'il a été décrit par Charles Fourier. L'erreur de ce (>*rand socialiste fut de croire l'organisme universel combiné de la société humaine et du monde, en fcmction l'un de l'autre, réahsable dans les conditions physiques et morales du système solain^ et des passions humaines, — mov<'nnant un certain huitième d'excepti(>ns au bien gênérai, (pi'il y admettait dans toutes les sortes de rapports calculables (XII;. — Ln système semblaWe, non plus comme utopie, mais comme» hypothèse d'un monde primitif dont nous ne connaissons aujourd'hui que les ruines, réunit les conditions d'une conception possible. 11 offrirait un moindre contraste avec les doctrines philosophiques les plus hardies, qui sont aussi c^t très justement les plus illustres, s'il ne semblait, plus que tout autre, réclamer l'indépendance de l'esprit par rapport à l'expérience qui ne nous montre })ai'tout que l'antagonisme des forces dans la natui-e : la lutte pour l'existence entre les vivants, et la guerre des passions dans la société humaine. Les philosophes optimistes, et Leibniz plus qu'aucun autre, ont déployé leur génie à la recherche des moyens de faire passer le mal pour une espèce de bien. C'était une manière d'en admettre la nécessité et d'y assujettir Dieu, qui ne serait l'auteur que du meilleur des mondes possibles.

Et cependant la doctrine de Leibniz lui-même, quelque

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