‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 27 sur 211 · L'ÉTAT ACTUEL DES FORCES NATURELLES · texte numérisé non relu

L'ÉTAT ACTUEL DES FORCES NATURELLES

proprement parler, une ruine. Ses beautés mêmes ne sont pas autre chose. Tout y a été à-fairepour l'accommoder un peu aux besoins des honnnes. Ils n'y sont arrivés que partiellement. Loin d'être préadaptée })ar sa puissance productive à subvenir à l'alimentation de l'espèce humaine future, s'il était permis à la j)Oj)ulation du globe de croître régulièrement suivant la progression géométrique des générations, la terre ne rend pas à un travail acharné les fruits qu'il faudrait pour j)réserver le plus grand nombre des vivants actuels de l'exténuation ou de la famine. De là la fatalité de la lutte pour la vie. Il y a d'abord la loi qui o])lige les espèces à se nourrir les unes des autres, et qui leur donne à cet eiïet des instincts prédateurs et des armes (les dents, les venins, les griiïes, etc..) de manière que les individus n'accomplissent même pas facilement et sans danger le cours de leurs é\'olutions vitales. Il y a ensuite, dans l'espèce humaine, habile en l'art de se créer des armes artificielles et à coml)iner des movens de destruction, une révolte fatale de la raison intéressée contre la droite raison, contre la justice. Cette loi de la nature porte les familles et les nations à s'approj)rier les moyens de subsistance, par la force ou par la ruse, par le meurtre ou par le vol, afin de vivre et se développer au détriment les unes des autres. L'occasion matérielle de cette perversion morale est le manque de ressources naturelles, l'inadaptation du globo à la loi de la population, à la multiplication des espèces animales et végétales, et à l'entretien de la vie.

L'état primitif du monde créé par le créateur juste et bon a du être, par opposition à l'état actuel, un séjour paradisiaque, à cela près qu'au lieu du tableau simpliste que nous a présenté la légende religieuse, il faut imaginer, conformément à ce que la science nous a appris de la

lm:ïat actl'fx i)i:s forces naturelles

L'HOMME ACTUEL ET LllOMME 1>ULMITIF

grandeur et de la varirté des forces naturelles, un ordre des choses où ces forces se déj)lovai('nl dans leur maj^nificence, toutes d'accord entre elles pour le bien des animaux et des hommes.

Les fonctions actuelles des forces oénérales nous offrent les mômes caractères de disproportion et de désordre qui se remarquent dans les lois de distribution, de conservation et de destruction de la vie. Elles sont toutes, ou par un jeu déréglé, ou par excès ou défaut dans leur intensité, les causes de beaucoup de maux, ou les obstacles fi des biens réels. L'homme ne parvient que lentement, difhcilement et très impai'faitement à découvrir les lois de la nature pour se les assujétir et les gouverner. 11 ne les tourne à son usage qu'en se créant des dangers nouveaux, des misères nouvelles, en se rendant lui-même Tesclave des forces qu'il croit dominer, et qui sont toujours au moment de se soulever pour le détruire, lui et ses engins, aux moindres manques de surveillance. La chaleur et Télectricité sont pour Tindustrie humaine d'admir-ables agents d'utilité prêts à se changer en fléaux, de même que nous les voyons, dans la grande nature, à la fois présider à la genèse et à révolution de la vie, et susciter des révolutions terribles. La gravitation et la chaleur entretiennent dans leurs sièges principaux, qui senties soleils, les étoiles, d'effr'oyables phénomènes de chaos et de mort dont les durées sont incalculables. Cette pesanteur, force d'attr'action et d'organisation universelle, agit, par Teffet de la distribution des densités entre les corps, sur le globe terrestre, de manière à produire des accidents et des maux sans nombr'e : les corps des animaux sont inégalement |)ourvus des organes de la locomotion, et le corps humain, un des [)lus lour-ds en s(>n milieu, et pour qui ses propres mouvements sont l'objet d'un long apprentissage, est exposé dans le simple usage de ses membres à d'incessants dangers.

La conception d'un ordre de choses dans lequel cet assemblage de maux ne serait pas une condition de ce qui peut s'y trouver de biens est celle d'un monde où les forces, toujours modérées, seraient et demeureraient d'accord avec les fonctions normales qu'elles doivent remplir pour le plus grand avantage de tous les êtres, et où, parmi ceux-ci, les êtres rationnels auraient la science et le gouvernement des lois naturelles, dans la mesure nécessaire pour la conservation de la vie et des biens de la vie. Cette raison créée qui est rilomme devrait être la conservatrice de la justice objectirc instituée par le Créateur, la directrice des mouvements et des forces dont l'ordre cosmique dépend.

La justice subjectioe, fondement de l'ordre social, a dû avoir, conformément à cette hypothèse de la création divine, son organisation et son règlement, mais sous la forme d'une loi morale vivante, donnée dans les consciences, et non d'un coinmaadeniciU de Dieu portant sur des [)oints dét(H'minés d'abstention ou d'action avec menaei's pour le cas où ils seraient violés. Ce n'est pas comme simple individu humain, ce n'est pas comme simple couple humain, (jue l'homme a du recevoir la connaissance de lui-même, hors de Dieu, par l'acte créateur ; la société humaine a du lui être donnée comme son miheu moral, ainsi que lui était donnée la nature, son miheu matériel : et il dc^vait posséder, avec la raison, la connaissance des lois de l'ordre social comme celle des lois de Tordre matériel, c'est-à-dire la justice de môme que les mathématiques, fonctions abstraites de la nature. L'homme en eet état premier, dans l'accord de sa conscience et de son expérience, de ses sentiments et de ses connaissances, ne pouvait avoir aucun motif pour se représenter les préceptes de la justice, non plus qu'il ne se représentait les

LIIOMME ACTL'EL ET L'IIOM.Mi: PRIMITIF

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