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LA PERSONNE ET L'ENTENDEMENT

idées ul les relations g'éométriques, sous la l'orme négative, ou à' impossibilité des contraires, ou niènic iV impératifs dans le sens d'une injonction : ces préceptes ne devaient pas être, pour lui, autrement catétjoriqucs que le sont les principes logiques. Ses pensées et ses désirs ne se trouvant en opposition avec le dictamen de la raison, ni dans les fonctions (ju'il avait à remplir, ni dans ses rapports avec ses associés pour la conduite du monde, ses résolutions et ses actes devaient étr*e, quoicpie ralionnellemi'nt délibérés au besoin, spontanés comme des passions, et irréprochables. C'était la condition du bonheur.

Cet état de la personne humaine était donc un état d'entière liberté de la volonté, parce que la puissance du vouloir était dirigée en un sens inécpiivoque, déterminé par la Connaissance immédiate et directe des relations et des fonctions noiinales, en harmonie a\ee les bentunents (jui étaient primitivement donnés à la [)ersonne humaine j)our leur correspondis. Mais celte entière liberté, cette totale absence de contrainte, et même de toute idée de contrainte, n'était pas, ne pouvait pas être le lihrc arbitre, dont le sentiment tient à la présence dans la pensée d'une certaine fin à atteindre, et de la fin contraire, comme pouvant être, lune ou Yaatrr, des motifs déterminants du vouIoIf-, alors que, Tune des deux ne s'offrant })as comme conforme au bien, le choix à faii'c entre elles met cependant en balance la conscience de Tagent qu'elles sollicitent.

Il en est du devoir moral comme du libre arbitre, et les deux idées sont logi(juement liées ; car une alternati\«', en un acte prémédité, ne se piKse pour l'esprit que joint à l'idée qu'une chose doit se faire de préférence à une îuitre, quand il s'en offre deux comme également possibles et facultatives, qui s'excluent mutuellenient. Le devoir, en cette acception générale, ne dépend pas des catégories logiques, et ne fait em[)loi d'aucune en particulier, mais de toutes, attendu que le problème de l'alternidive doit se

résoudn* par le choix réfléchi de celui des deux partis contraires qui sert le mieux l'objet (ju'on a en vue et par rapport auquel l'alternative se pose, de quelque sorte d'objet et de relation intellectuelle qu'il s'agisse d'ailleurs. Mais s'il s'agit du devoir moral, la question change tout à fait de face. Elle n'est pas positivement logique, et c'est pour cette raison qu'on ne voit point le devoir figurer dans les tables de catégories. Les catégories intellectives appartiennent à tout entendement, tant théorique qu'en exercice, et en sont inséparables, au lieu (jue le devoir moral peut être ignoré ou méconnu par tels ou tels individus, n'a nul caractère scientifique, ne s'impose pas comme détermination précise au même titre (pie les concepts, enfin ne constitue pas une relation nécessaire. Il résulte de là, et de ce (jue, dans notre hypothèse, la justice et les lois sociales n'ont point été un sujet de commandements divins, mais un établissement primitif de sentiment et d'impulsions spontanées, — avec les connaissances re([uises pour la droite conduite — que la cpiestion du devoir dans le sens (ïohlifjation ne se pose qu'après que des passions injustes sont nées dans le cœur humain, ont suivi leur cours, obtenu leurs effets. La notion de l'obligation, comme le formel sentiment du libre arbitre, et comme la connaissance du mal, ont été des suites du mal, des conséquences morales de la chute. Xous aurons à revenir sur ce sujet (Xll).

CIIAIMTRE X

DE LA PEUSUNNALlTi: ET DES LOIS DE L'ENTENDEMENT

L'essence intellectuelle de la conscience est le rapport du sujet à l'objet ^111^, et l'objet comprend les modes pro-

LA i»i:rsonni: et l'kntkndkment

LKSPACE ET LA l»ERCEl»TION POUR LESPRIT DIVIN

il»

prcs du su']v\ , — rapports objectifs de soi à soi-même, unité synlh(''ti(jue de ses représentations, — ri les modes extérieurs qut' le suj(4 pense comme étant des sujets pour eux-mèm(*s. Il les pense tels en tant qu'il les prrroil sous des formes sfitsihlps, tout en les soumettant inlellectuellement à des concepts^ fliute desquels ils ne seraient pour lui que de vagues images et des signes d'existence dont il ne pourrait préciser les modes constitutifs et les changements.

Ces concepts sont, pourrentendement divin, les rapports les plus généraux des choses créées, et s'étendent, pour Dieu, à rintégralité de la connaissance objective que le Créateur a de la création. Pour Thomme, à qui Dieu a donné un entendement semblable au sien en principe, ces concepts ou raj)ports s\aj)pliquent à uiu- partie seulement, soit en extension, soit en profondeur, de Tordre créé; ils le lui montrent soumis à des lois qui ne lui sont que très imparfaitement accessibles. Telle est la diiïérence entre la personnalité div ine et les personnes humaines, en ce qui touche rintelligence. L'entendement humain divise, assemble, limite, détermine, et n ap[)rochant jamais du terme de la connaissance, ni comme tout, ni comme pai'tie composante, se voit réduit à l'idée de Tindéfini pour lui tenir lieu de ce qu'il ne peut embrasser. Il est par là exposé à Terreur de prendre pour le tout cet indéfini nlniJ (|u'il nhilise comme actuel et qu'il appelle Vln/uii, y/^/ m est le contradictoire (VT. Mais Tentendement divin forme la synthèse réelle et finie des parties dans le tout.

Atteindre une connaissance ol)jective, éj)rouver une modification mentale qui exprime des rapports, être instruit des changements dans ces phénomènes, quand il s'en produit, c'est ce qu'on appelle percevoir. La percej)tion de tout ce qui arrive est donc une puissance divine, il faut l'accorder, ou déelariT de deux choses Tune : que Dieu ne connaît j)as les événements du monde (pTil a créé, ou que

ces événements ne nous sont, à nous, représentés qu'illusoirement, quand ils semblent Tetre comme distincts, successifs, effets ou causes les uns des autres. Or, dans les deux cas, c'est au fond, la thèse de la création qui devrait être abandonnée.

Si Dieu perçoit les phénomènes, il est naturel, il e-,t logi(jue de penser, et on ne voit pas pourquoi on craindrait d'admettre (jue les mêmes milieux et les mêmes forces nalurclles que Dieu a instituées pour servir aux l'clations mutuelles des êtres, et aux conmiuuications des esprits, par des sensations (jui sont pour eux des signes, il en a essentiellement et a dû s'(*n créer le premier l'usage [)()ur connaît r*e son œuvre eu ses parties et dans les modifications qu'elles subissent au cours du tt^mps. C'est là, sans doute, unir à l'idée de Dieu celle d'un organisme, mais intégral et, par consé(pient, impossible à assimiler aux modes et aux conditions de perception des personnes humaim^s, à leurs corps (pii ne sont sensibles (jue grâce à leur petitesse et aux limites si resserrées des forces qui concourent à la formation des organes. Le corps divin ne peut pas même être pensé comme obj( t de perception j)Ossible, [)uisque étant intégral j)ar hypothèse il y aurait contradiction à le considérer (ht dehors.

Mais dff dedans, il en est autrement, et New ton a \m écrire, dans le Scolie généra/ de ses Principes matJinnatiqurs de la Philosophie naturelle : « Dieu est partout et toujours, tout entier semblal)le à soi, tout œil, tout oreille, toutcerveau, tout bras, toute puissancede sentir ^.sY>/i//^/i6//\ de penser et d'agir »; et Newton n'a pas diminué la valeur |)ropre <pie possèdent ces termes pour rendre Tidée la plus complète (quoique insuffisante encore) (ju'il soit possible à l'homme de se faire d'un parfait organisme, quand il a Renouvieu. — Le Personnalisnie. 4

50 L'ESPACE 1:T la PERCEPTION POIR LKSPRIT DIVIN

ajouté : « Mais ce n'est nullement à la manière humaine, ce n'est pas à la manière des corps, c'est d'une manière qui nous est tout à lait inconnue. D.' nimir (luc Tavcuo-lo n'a pas l'icièc des couleurs, nous n'avons |)as Tidèe des modes par li'S(|uels Dieu (|ui sait tout [.^a/jifi/iliss{mt(s) sent etpensi^outes choses [smli/ r( InlrllK/it otnnid). D('s!ituè de tout corps et de toutr ligure corporelle, il ne jXMif être vu, ni ouï, ni touché, et il ne doit être l'objet dun cidte sous l'espèce d'aucune chose corporelle^ ». l^^t en elVel nos modes multiples de la perception exlerue et pai'tielle n'ont point d'apphcalion passible à la perception d'im or^-anisme universel. Nos représentations sensible^ prvunent nécessairement les formes ol)jectives de 1 enveloppé, limité par renvelop[)ant, et l'imagination se n^l'ese à Tidée de Tenveloppant intégral comme exlérieurenitMil st'nsd)le.

Si Leibniz s'était formé de la personnalité divine un concept positif, et non pas si ressendjlant à la substance universelle i\Q6 panthéistes, il ne se serait pas mi)ntré scandalisé [^Lellre inmurrr de sa correspondance avec Glarke) de cette pensée de Newton : que l espace esl lor- (janc dont Dieu se sert jnnu' sentir 1rs c/i(*ses. Les ex|)ressions [)ropres de Newton (en son O/ftlt/ue) sont les suivantes : « Ne résuUe-t-il pas des phénomènes (pTil existe un Lire incorporel, vivant, intelligent, partout présent, qui, dans l'espace infini connue en son sensorium, voit intimement les choses mêmes, les disc(M'ne juscpéau fond, et en lui-même les embi-asse totalement, lui présent, elles présentes, tandis que cela qui est en nous (pii s(Md et cpii pense ne [)erçoit et ne contem[)le de ces choses, en son petit sensorium, (pie des images qui y sont portées par les organes des sens? ».

L'idée de l'espace comme sensorium impli(|ue celle d'un organisme, et Leibniz ne pouvait l'accepter, parce (jifil m^ définissait l'espace que comme Yordre des coexistants. Il faut avouer d'ailleurs que l'idée, plus commune, que les phi-

L'ESPACE ET LA PERCEPTION POUR L'ESPRIT DIVLN ni

losophes se faisaient de l'espace, l'embarras où ils étaient de le réaliser, soit comme attribut soit comme substance, étaient des difficultés pour expli(pier ce cpie Newton pouvait entendre en lui prêtant la fonction d'un sensorium. Mais le point de vue de l'idéalisme objectif, le complément aj)porté par Kant à la définition de Leibniz, qui ajoute à la notion de tordre l'intuition du lieu universel des phénomènes sensibles, donnent à la théorie ne w Ionienne un sens et une valeur (jui ne pouvaient apparaître à l'époque de la c(''lèbre controverse de Glarke et de Leibniz.

Pour plus de clarté, omettons, dans la formule de Newton, le terme lV infini, inutile ou vague, que lui-même n'aurait j)as j)u mieux justifier rationnellement, en métapliysicjue, dans le sens d'infini actuel, qu'il ne l'a fait en géométrie, pour son calcul des fluxions. Ceci entendu, on comj)rend nettement l'espace comme l'intuition divine intégrale des choses en tant qu'externes, la perception externe de l'ensemljle des rap{)orts de position d'ordre et de grandeur extensive des objets sensibles. Le sensorium universel est ce même espace considéré sous l'aspect des forces naturelles, des mouvements et des qualités sensibles correspondantes (jui s'y déploient. Ces quahtés doivent être les mêmes, j)ortées seulement à leur perfection, aperçues dans leur fond, leurs origines et leurs rapports, (pie celles qui servent aux êtres sensibles de la création à se connaître, à comnumiquer entreeux, à percevoir, avec des impressions diverses, une petite partie des relations constitutives de l'univers dont Dieu a la vision totale.

Les théologiens de l'Ecole, en refusant à Dieu la sensibilité, sous le prétexte de l'incorporéité, n'ont pas assez réfiéchi qu'ils supprimaient pour l'entendement divin, tous les signes j)ar lesquels les phénomènes de la pensée et de la vie se manifestent et se distinguent, puisque ces signes sont des sensations. L'analogie de la personnalité suprême et de la personne humaine se démentant ainsi ])Our ce qui

Li: TEMPS ET LES CONCEPTS POUR LESPRIT DIVIN

touche h) faculté perceptive, il ne reste aucune idée qu'on se puisse former de la connaissance que Dieu doit avoir des choses de Tespace et de leurs accidents.

Le cas est pareil en ce qui concerne le temps. Les théologiens ont voulu que la connaissance des choses du temps fut simultanée pour Dieu, tandis qu'i^Ueest successive pour les êtres temporels. 11 résultait de là, loo-iquement, ou que la loi de succession des phénomènes est une illusion attachée à la nature de ces êtres, ou que Dieu ne percoif pas proprement les phénomènes en leurs changi^nients, mais voit présentes les choses passées, présentes les choses futures, et jusqu a celles dont les conditions ne sont pas encore données.

Le ff^mps réel, c'est-à-dire la i-elation d'ordre universel des })hénomènes comme successifs, n'existant donc pas pour la nature divine, suivant ce svsième, Vespate rrel, c'est-à-dire la relation d'ordre universel des [)hénomènes comme mullipliés et divisés, contenants et contenus, distmgués en tant que parties et touts j)ar des signes sensibles, n existant pas non plus comme représenté, j)our cet esprit divin dénué de sensibilité, le devenir réel, catégorie de Tesprit lumunn qui réunit les deux j)récédentes, ne pourrait non plus afTecter la nature d'un tel être. Il ne saurait cependant sans éprouver lui-même un chanu'ement — car la perception en est un, — être informé des cliangements qui s'opèrent dans sa création. Et, si le devenir est étranger à sa nature, comment les causes et les fins d'ordre contingent pourraient-elles la toucher et l'atteindre ? Achevons de passer en revue les catégories de l'esprit humain. La (jualité et la y ^/rt;i//7r devraient être refusées à la connaissance divine, oommol^ causalité q{\[\ finalité, relations d'ordre général dont l'esprit divin n'aurait point

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