ORIGINE DU DEVOIR ET DU DROIT
L'imputation de crime, ou péché, n'atteint justement la révolte que si l'autorité attaquée est légitime, c'est-à-dire moralement fondée, et il v a autorité morale dans deux hvj)othèses, (juand c'est à l'origine du monde, après la création, que nous nous plaçons : on peut supposer, avec la théologie, sauf à dépouiller la version théologique du mélange de mythes ou légendes dont elle a été chargée par la tradition religieuse, que le Créateur, maître des conditions auxquelles il a soumis sa créature lui a enjoint d'observer certains commandements. C'est le fond du mythe bibli(|ue de la défense faite à Adam, et de sa désobéissance, d'où la perte de l'Eden. La supposition d'une loi divine se retrouve dans l'entreprise de la tour de Babel et dans ses suites, dans la légende du déluge, dans les révélations faites aux patriarches, éminemment enfin dans la loi mosaïque, dans la doctrine de Jésus, dans la loi chrétienne, dans la loi musulmane. Et on peut supposer, avec la philosophie morale de l'obligation, dont Kant peut être cité comme le plus haut représentant, que la raison, avec Yif))/)cra/if catégoriqiip^ était présente à Y être noumémily dont la nalure nous est inconnue, et qui par l'effet d'un incompi'éhensible écart, origine de la sensibilité et de la passion, est tombé dans le péché. La notion de l'oblio'ation, la loi morale, nous resterait dans le monde des phénomènes, où nous sommes plongés, tout en étant des noumènes encore par notre liberté, qui est nulle en tant que nous sommes phénomènes. Cette doctrine est étrangère, en sa mystérieuse transcendance, aux idées de personnalité divine et de création. Schopenhauer a du s'en inspirer pour sa conception de la Volonté antérieure au vouloir vivre, lien a exclu la notion formelle (non pas peut-être implicite) de l'obligation et de la liberté dans l'ultime fond de celte volonté pvnv.
Dans notre hypothèse, doctrine théiste de la création et de la chute, mais suivant laquelle la chute est un événe-
Renolvier. — Le Personnalisme. 6