L'HOMME AVANT LA FAMILLE
LE GERME INDESTRUCTIBLE
sance de reproduction, avec des organes plus ou moins modifiés, doit subsister pour un nouveau développement de la monade dominante immortelle, au moment où s'en retrouvent les conditions sutïisantes.
C'est ainsi que, sans pouvoir conjecturer quels élaient les organes de ces premiers hommes, et non pas même en quoi ils pouvaient être assimilables, hormis pour le visage, à ceux du monde présent, alors que Tabsence de sexe et une loi d'alimentation et de nutrition nécessairement (hllerente de celle qui conditionne notre vie exclut la ressemblance des viscères et des formes qui en dépendent, nous pouvons poser des faits négatifs et dire ce (pi'ils n'élaient point: avant tout, que leur or(!re social ne re[)osait pas sur l'ordre familial. La loi de famille, en eiïet, est une loi phvsiologique, avant de devenir', par la force des choses, une loi de la société, à laquelle elle fournil, j)Our ainsi dire, ses molécules intégrantes. Et cette loi physiologique est essentiellement TiH-olution vitale, qui, ne donnant à Tinthvidu humain qu'une carrière limitée à parcourii-, un temj)s de progrès, une apogée (pour les j)lus heureux,, et un temps de déclin, que suit son enlèvement du milieu vital actuel, institue un régime directement contraire à celui de rimmortalilé individuelle. Il est donc raisonnable de penser que cette vie mortelle est un état li*ansitoire pour la personne humaine considérée dans l'ensemble de sa destinée, si Ton croit à son immortalité fondamentale; et dès lors c'est elle, cette personne, en ra|)port avec son existence antérieure et sa destinée intégrale, que la méla[>h\sique doit considérer, beaucoup plus que ses relations avec la famille, la société et les états politiques du monde présent, auxquels elle est attachée par des devoirs tenq)oraires, mais dans lesquels elle n'a ni son origine ni sa fin. Mais,
existant en ce monde, et devant lui survivre, il faut que ses rapports de préexistence et ses conditions de restauration y soient à la fois donnés, indépendamment des formes de sa vie présente. Il faut que les germes de rej)roduction des organismes primitifs détruits, de ceux d'entre eux qui ont déjà reçu le développement relatif à notre monde et v sont morts, et de ceux qui leur succéderont, soient tous conservés et existent de quelque manière dans la nature, enveloj)pés suivant une loi impénétrable aux recherches physiologiques.
L'hvpotlièse du germe immortel se présente sous cet aspect métaphysique, et l'aspect physique du germe s'impose en même temps à noti'e imagination. Cependant l'expérience et la science ne peuvent soumettre à l'observation l'état le plus élémentaire d'un sujet matériel qui a les qualités nécessaires et suffisantes, et toutefois absolument imperceptibles, pour effectuer une évolution dont l'œuvre est la constitution progressive d'un organisme animal très complexe et par avance défini. L'organisme primitif était asexuel : ne subissant {)as la loi de la naissance et de la mort, complet en lui-même, il n'avait j)as plus à porter en lui les moyens de sa mullij)lication, (jue sa i)ropre création n'avait supposé de données imtérieures pour le rendre possible. C'est au travers des phénomènes de la déchéance, que la monade centrale de la personne dut recevoir Tenveloppe animale qui devait être le germe animal de sa reviviscence dans le monde succédant au monde primitif détruit. Grtice au nouveau corps à naître de ce germe, au moment propice, la monade de la personne devait passer de son état de dé()en(lance des lois physiques d'ordre universel, auxquelles elle est nécessairement soumise par le corps or^-anisé dont elle est inséparable, à la condition commune de
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la nature vivante telle que nous la connaissons, et telle quelle était déjà sans doute, en dehors de la personne. C'est la loi de la g-énération, la loi de la division organique des corps pour former des individus nouveaux allant du simple au complexe, et des simples cellules aux organes (scission, gemmation, accroissement, et enlin, loi de sexualit»').
La métaphysique nous place, [)our comprendre ces choses, au point de vue des forces j)otentielles et des lois des phénomènes, point de vue rationnel unique de la science de la nature. La monadologie met à notre disposition une formule précise : la puissance de la monade dominante, prédéterminée en chaque espèce, dans ses rapports avec la synthèse monadique composant le corps. Lliarmonie préétablie donne la raison de la constitution, ou reconstitution du corps atïerent à la monade, avec les conditions concomitantes. Quant à la physique, il faut d'abord écarter les hypothèses matérialistes, qui ne sont jamais que des hypothèses métaphysiques inconscientes, r(^i)ellos à toute définition vraiment rationnelle de leurs concepts fondamentaux. Gela fait, si nous supposons (jue le naturaliste admet la préexistence des germes individuels pour Tœuvre de la <^énération, et non la formation première des ovules par une fonction des organes des parents, — sans pour cela nier Tépigénèse dans la forme de révolution, puisqu'elle est d'observation, — la physique ne peut, en termes de science, que nous conduire à une manière d'envisjiger les phénomènes embryogéniques, fort semblable à celle que définit le monadisme : une disposition potentielle des molécules vivantes ou cellules, à eilectuer des mouvements, exercer des actions par rapport à quelques autres qui sont assimilables à des monades dominantes, |)Our arriver progressivement à des assemblages d organes, et, en dernier lieu, à la constitution d'un organisme qui est la fin prédéterminée par la nature, selon les puissances du germe donné.
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On ne doit jamais, physiquement, considérer la molécule vivante séparée, non plus que la monade séparée, en monadologie. Une certaine synthèse, indivisible pour nos perceptions, mais qu'on peut imaginer composant un corps organique, sera donc la forme physique attribuable au germe de quelque être vivant dont elle possède la puissance de développement sous des conditions à réaliser, et c'est elle, si elle est un germe en effet, que l'on regardera comme devant conserver sa forme interne, et l'activité propre à son état d'involution même, et ses virtualités, invariables dans la nature, sans que nulle cause externe puisse amener sa décomposition.
Le concept de puissance est tout ce que l'esprit peut entendre de plus rationnel dans cet être radical, et dans les rapports de causalité et de finalité, qui se développent au cours de son évolution vitale seulement. Le concept physique de corps appliqué à ce même être vivant élémentaire, et de puissance définie, n'y introduit intelligiblement rien de plus : il ne fait qu'y ajouter l'imagination, mais réduite à la plus sim[)le expression possible, des qualités sensibles qui nous afîectent à la rencontre de l'être développé quand, dans son évolution, il atteint des dimensions qui nous le rendent perceptible dans l'espace.
Aucune métliode ne peut parvenir à nous rendre sensible, et définissable en sa nature propre, l'ovule, forme physique première du milieu de laquelle doit ressortir un être vivant spécifique. Nous ne percevons l'ovule, aux plus petites dimensions perceptibles, que sous enveloppe, car on doit regarder comme une enveloppe toute portion de matière qui renferme les conditions de développement d'un organisme, sans que nous puissions y distinguer ni forme, ni })ropriété qui se rapporte à des organes et à des fonctions, ni aucun signe indiquant ce qui doit se produire, si ce n'est que nous savons par expérience quels phénomènes doivent paraître et se succéder, et dans quel ordre, pour
Renouvikh. — Le Pcrsonnalismo.
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quelle fin, et encore même ambiguë, ne se découvrant qu'à mesure. Tel est le cas d'un ovule, avant cl encore après sa fécondation : nous n'en savons rien de j)lus, qu'autant que nous connaissons sa provenance. El, pour de là descendre aux laits les plus élémentaires de l'oroanisation, nous n'avons aucun mo\ en de découvrir, dans une cellule, la raison de sa multiplication spontanée, pas plus que dans un bourg-eon l'ultime fondement du j)Ouvoii' qui l'éside en lui de se déveloj)per en d'autres bourgeons dont une certaine svnthèse doit former un ^rand arbre.
La pliysique ne pouvant donc pas, sans abandonner sa méthode, renoncer à envisager une matière donnée au-dessous des pliénomènes perceptibles, et (pii en porte en soi la cause, |>uisqu\jn ne la voit j)as ailleurs, tous les phénomènes perceptibles dans les(]uels cette cause ne [)eut se découvrir sont, pour l'observation, comme nous le disons, dea enveloppes. Or, s'il en est ainsi, comment le savant, voyant qu'aucun germe sensible ne |)eut conserver la vie sous certaines conditions de temjx'ralure, ou de milieu, peut-il conclure h'gitimement que le germe profond, le vrai germe, est nécessairement détruit dans ces mêmes circonstances, et qu'il n'a pu en exister aucun dans la masse terresli'e à réj)oque où elle étail incandescente ? Cette erreur a été, pour la science, l'origine du pi'oblènie qu'elle se pose, cl (jui est tout auti'emenl embarrassant que celui de la conservation d(\s germes : Si la vie des germes est incompatible avec une lemp(''ratur(» comme celle qu'avait notre planète avant son l'cfroidissemeni, ou même beaucoup moins élevée, connnent a-t-il pu y naître j)ar reHet des réactions chimiques entre les éléments de la matière lelroidie !' ces réactions ne produisent r-ien de semblable aux organes du mouvement spontané et de la sensibilité, fonctions caractéristiques de la vie.
11 est, au contraire, pai'faitement intelligible que les germes de la vie, dans leurs variétés, dans ce qu'ils ont
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de spécifique et dans ce qu'ils renferment de virtualités, et les germes humains, qui sont des corps avec leurs monades dominantes à l'état envelo|)p(', aient existé dans le milieu incandescent de la nébuleuse du monde détruit. Les germes humains ont du, selon notre hypothèse, être inclus et prédisposés pour de certaines éventuahtés dans les organismes primitifs, parce que ces organismes étaient créés immortels, mais non pas affranchis des risques de destruction actuelle en des cas possibles de violation des lois fondamentales de la nature première. Ils ont du être conçus tels, en leurs enveloppements, qu'ils fussent aptes à se développer en de nouveaux corps, et sur de nouveaux plans, en de nouvelles conditions prévues; et enfin ils ont du être individuels, par la raison que la personnalité et la conservation des personnes étaient la loi fondamentale de la création. La coutume aujoui'd'hui la plus commune des philosophes, dans les questions d'origine première, et même dans celle de la composition ultime des corps, où ni l'atome, ni Tintiniment petit ne sont pour eux des notions faciles à définir, est de prendre le reculement indéfini du j)roblème pour sa solution. Car c'est bien un reculement systématique de la cause demandée, que cette docti'ine du procès à l'infini des phénomènes : vice logique éi'igé en méthode, aux yeux du logicien, méthode précieuse pour le métaphysicien absoluliste, à qui la définition de l'absolu est inaccessible à raison des conditions mêmes de l'intelligence, mais qui évite par ce moyen llih'e de création qui lui répugne, et se satisfait d'une idée négative. Les physiologistes ont cru s'attacher aux faits lorsqu'ils ont abandonné l'hypothèse de r « emboîtement des germes » et ne se sont pas aperçus qu'ils s'obligeaient ainsi à admettre, pour chaque génération, la création d'un individu nouveau de l'espèce donnée, tout en ne pouvant désigner l'auteur ni le moyen de la coordination des éléments empruntés au corps de l'individu parent. Quand la loi ou plutôt le fait, car c'est bien un
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fait) du développement épigvnésique s'est imposée, et qif on a renoncé à suivre la filière des générations en remontant (lu descendant au germe du i)arent, — quoique l'ovaire de l'enfant renferme déjà bien positivement les germes (Fune nouvelle génération, et que cet ovaire ait été par conséquent en germe dans l'ovaire du parent O'Fuinin ', — on a dû considérer la formation spontaïK'e de l'end^ryon comme un résultat d'actions exercées par les cellules, tant sur elles-mêmes, pour se multiplier en leurs semblabli'S, que mutuelles afin de constituer certains éléments organiques et déterminer les rapports de ces éléments entre eux, finalement, des organes établis en fonction les uns des autres; et c'est dans les propriétés chimiques ou biologiques de la matière du corps de l'individu parent qu'il a fallu considérer le siège de toutes ces actions spécifiques diverses dont on ne connaît rien de plus (jue des effets successivement observés dans le développement de l'embryon. Et ce que l'épigénèse soumet à l'observation, c'est l'apparition spontanée, en divers points, respectivement situés, des premiers éléments des organes multiples, chacun avec ses caractères biologiques propres, et moyennant la coordination de ces caractères en tous leurs rapports de heu, de temps et de devenir respectifs. Or, le physiologiste n'a nulle explication à foui'nir sur les propriétés d'où naissent, dans le corps du parent, la puissance de produire les organes par l'adaptation mutuelle d'organes plus simples, et enfin des organismes individuels grâce à la coordination statique et dynamique de ces organes amenés à la plus merveilleuse uniti' dans une diversité qui délie l'analyse. Le savant, en cela logé à la môme enseigne que
1. Notre arfîniriPntation est indépendante du fait de la division des sexes, qui donne |)our condition au développement de l'oMif la féeondation. L'intervention nécessaire de l'individu mAle pour tout acte de propap:alion réelle ne nous empoche pas, en effet, de suivre la condition corrélative, la lignée nécessaire des germes, d'ovaire en ovaire, de matrice en matrice, en ordre ascendant.