LA PERSONNE EN RAPPORT AVEC L'ORDRE SOCL\L
nécessité d'un gouvernemeul reviennent toujours au fait d'une convention implicite dont on ne peut se passer, à raison de rintéi'êt de chacun, engagé dans la chose de tous, et dont la violation est aux ris(|ues et périls de celui qui s'y aventure. 11 est vrai que celui-là n'a pas contracté personnellement. Les liens de nation et de coutume représentent les obligations que l'individu est mis en demeure de se reconnaître et d'acce[)ter aposlrriorl. L'essence du contrat subsiste, au point de vue personnaliste, pour toute philosopliie qui ne regarde pas la personne comme la propriété de l'État. Elle se découvre avec éclat lors des entreprises des chefs qui tentent d'exercer une autorité usurpée pour renverser les inslitulions existantes, ou créer des assujellissemenls nouveaux pour les citoyens.
Le contrat social est donc non [)as l'acte, — ce serait une erreur historique et psychologique d'imaginer l'acte réel et positif d'une nation piimitive passant de l'état de nature à l'état de société, — mais un règne donné de conventions. Les unes sont implicrites, les autres plus ou moins formulées entre des hommes qu'on peut se représenter comme s'étant autrefois accordés à reconnaître certains d'entre eux comme juges de leurs diltérends peur maintenir l'ordre et la paix da'^is leurs relations, et à se donner des chefs pour les guider dans leurs entreprises. Quand celui qui représente F'arbitrage nécessaire la justice et celui qui commande l'action sont le même homme, et quand cet homme est investi, de cpielque manière que ce soit, du crédit ou du pouvoir nécessaires pour faire exécuter ses desseins et forcer l'obéissance à ses décisions, ou à la loi de la société politique instituée, on a le contrat social formel, de la seule manière dont il puisse exister entre des hommes qui n'en ont point délibéré, ni pris d'engagements personnels en déclarant le connaître et i)romettant de l'observer, mais qui, venus à la vie sous un régime donné de la coutume, à peu près comme s'ils ne devaient jamais s'appartenir à eux-mêmes
LA PERSOiNNE EN RAl»l»OaT AVEC L'ORDRE SOCIAL
[suijffri^ rssp, selon rcxcellente expression latine) reçoivent par les leçons de la famille et l'action du milieu une empreinte foreée qui se eombine avec l<'iir- tempérament et leur caractère natifs. Devenant peu à peu des aj^cnts j)ersonncls, en possession de sentiments pi'opres, et aptes au raisonnement, ils sont juij;'es de la situation (|ue leur fait la société. L'individu doit reconnaître alors (pie son droit naturel ne wi quejusqu où va son pouvoir de fait, — • lecpjcl est une puissance de la nature, fort dillej'ente de la raison, connue dit Spinoza, — et cpie « tout iiommi^ est da d/'uil dautnit allrrius esse ju/'iSj aussi lon^iemj)s (ju il est sous le pouvoir d'un autre, et de son propre droit autant seulement (\{i\[ peut repousser toute violence, faire ju.>5tice du toi't cpi'il estime lui avoir été causé, et, absolument, vivre selon son penchant » (Sj)inoza, Trait. poL, 11, 4 et D).
Cet état de choses ne se modifie jnstjaà un certain point, pour rindividu. (pi'au moment, cpii vient poui* certains peuples, sur des théâtres tiès limités, de j)orler l'exercice de la raison au de<^'ré nécessaire j)our fonder leurs institutions politiques sur un contrat social foiniel, soit en remettant à un législateur le soin de le formuler, et en engageant d'avance leur consentement, soit en se réunissant eux-mêmes pour délibérer et donner lein-s sudrages. Mais alors commencent, dans les cités elles i^tats, entre ces privilégiés de la lai^on, les luttes passioiniees pour linterprétation de la raison et de la justice. La règle des relations sociales et politiques se trouve imj)ossible à établir ou à garder d'un commun accord. Le nombre fait la loi, quand ce n'est pas la force, il y a des majorités qui sont des fictions de la colonté yntéralc, et des minoritc's oj)pi*imées, puis des fartions et des sé'ditions. les révolutions violentes et les coups d Etat; 1 harmonie ne s établit jamais qu imparfaitement et passagèrement entre le libre jugement de l'individu sur ce (pi'il doit et les obligations qui lui sont imposées. Dans les meilleures hypothèses d'avenir
L'il »MME TERRESTRE PRIMITIF
social qui pussent pratiquement être réalisées, 1 anlonon.e de la personne demeure toujours une vue philosoph(,ue.llne paraît pas possible au psychologue, exact observateur des faits (lue la condition terrestre de l'humanité puisse, en auciine des races existantes, s'élever moralement beaucoup au-dessus de ce niveau de civilisation, suppose même qu'il soit accessible à celles que nous en voyons encore si éloignées. Avant d'étudier cette question de plus p,v.. remontons aux origines humaines et essayons de ;.ous rendre compte de la marche smvie par le caractère l,,,ain dans la suite des épreuves et des vicissitudes qu il a traversées.
Nous pouvons regarder comme inaccessible, ma,s .nul.le pour nous, la connaissance des dispositions morales des premiers honunes venus su.' la terre a,:ec les caracleres \nentaU spéci/i,nes de HunuanUé. Elle ne saura.t en oiïet, se déduire de leur origine animale, si ce n es qu e le les rattache à une espèce frugivore, on ne .a.l laquelle, ao..l rien ne prouve que la vie ait été nécessau-oment prédatrice, et dont les n.œurs fan.iliales ne sont pas douteuses ; el d'une autre part, dans n.ypothèse, assez plaus.ble, ou la' raison, à son origine, aurait eu pour compagne 1 umocence des mœurs, nous savons trop par notre ex,.enence actuelle avec quelle facilité, el combien vite en eertames circonstances, Ihomme est sujet à passer, de 1 e a moral pour ainsi dire de nature, à des mœurs basses et leroces. On n-a pas besoin de remontera l'animalité ancestrale de l-homme pour expli<iuer la dégradation des habitudes humaines, non plus qu'il n'est logique de recourir à un progrès au sein de l'espèce humaine elle-même pour rendre compte de sa supériorité intellectuelle sur les espèces parentes La chute, en partant de l'origine morale neutre, nous est
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connue dans ses eflets i)rompls, et niùnie extrêmes, et dans ses suites, à raison de la lui de solidarilr dans la famille et dans les g-énérations successives. Et la supériorité mentale, variable (juant au degré, se maintient dans ce qu'elle a de spécifique, de môme qu'elle est et a été le partage de toutes les tribus et de toutes les races humaines, en tout temps, dont il est possible de juger par expérience ou par induction, quelle que soit Télévalion ou la bassesse de leurs facultés dtuis tapp/icalion.
Gh. Darwin, observateur éminent en histoire naturelle, s'est cependant laissé conduire à une psychologie radicalement illogique, en essayant de faire rentrer la dilï'érence spécifi(juc de Tesprit iiumain dans la simj)le intelli<»'ence animale. Celle-ci a ses traits généraux, qui sont Timagination, la mémoire et Fassociation des idées ; celle-là est la compréhension par conce|)ts, d'où la raison et le raisonnement pi'0[)rement dit, et le langage. 11 n^est |)as possible de définir les concepts originaux et indivisibles de la pensée, les catégories, comme des sommes de dilftM'ences graduellement acquises, diniinuées jusqu\'i s évanouir dans lanimaliti'^ inférieure, sommées à la manière des (|u;mtités mathématiques pour comj)osei* les facultés intégrales de riiomme. Ce n'est là qu'une imagination sans aucun fondement logique encore plus qu'historique. C'est dans l'histoire humaine qu'il faut se placer, non dans l'histoire hypothétique des espèces naturelles, pour traiter du progrès, soit moi'al, dans la justice, soit intellectuel et, en ce cas, dans l'extension et dans les résultats acquis, non dans le propre caractère des facultés rationnelles appliquées au développement de la connaissance.
L'hypothèse de F « état sauvage » des premiers honunes apparus sur le globe serait fondée sur les faits physiques les plus positifs si Fon ne songeait qu'au genre de vie auquel ils ont du être matériellement astreints par Finsullisance ou la précarité des ressources que le milieu leur ollrait; mais
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elle ne repose absolument sur aucune donnée, si l'on veut dire fiu'élant « sauvages » ils ont dû par là même être placés à un dc-ré d'inleUigcnce infime et à peu près nul, comparativement aux hommes de nos jours ; car il est avéré, depuis que les races inférieures nous sont mieux connn'ucs. que les <.- sauvages » actuels, en toute région du globe, déploient dans leurs rapports avec les « civdisést le même genre d'intelligence et sur les mêmes sujets de vie courante que nos concitoyens de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, à savoir ceux qui demeurent au plus bas degré de culture, sans parler des malfaiteurs. Les hommes de cette classe reçoiveni, il est vrai, des principes de conduite et des informations de choses, que leur transmettent d'autorité ceux des classes cultivées, mais si nous leur ôtons cet acquis et ces influences, nous ne voyons plus en quoi leur intelligence resterait d'une nature supérieure à celles des « sauvages ». On observe que les enfants des races inférieures sont incapables d'atteindre par l'éducation le développement des enfants des races civilisées, mais les expériences n'ont pas été fréquentes. Les mêmes différences d'aptitudes, et fort graves, sont observal)les aussi entre des sujets appartenant à des races parentes entre elles, et civilisées ; de considérables transmissions anceslrales de caractères doivent toujours être admises au sein d'une race quelconque : elles peuvent aller fort loin sans qu'il soit louché aux traits mentaux caraclé risliques de l'humanité.
Les dilîérences essentielles des i)lus basses sociétés et des sociétés civilisées consistent dans les idées morales corrompues et les praticiues superstitieuses ou cruelles imposées par la coutume; et l'origine de la perversion des idées et des mœurs se découvre sans supposer d'autres origines en liisloire, et de plus anciennes, que celles où remontent nos connaissances certaines. Prenons la donnée de quelques familles relativement initiales, puis des tribus et des
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clans l'ormés [)ar la descendance de ces familles. Ce n\\sl pas une Iiypothèse : les Etats n'ont jamais pu naître (jue de groupes sociaux analo|j;*ues à des clans ; et des nations, mèmi^ importantes, sont restées longtemps ou restent encore à Tétat de clans. Dans la supposition où certaines fjunilles, relativement initiales, auraient été placées dans des conditions (rinnocence ou de pureté dont il n'est nullement impossible de se rendre comjUe, avant r(''preuve de^ maux à provenir* de la natui'e extérieure et de rinsatisfaction des besoins de la \ i>\ avant celle qui naît du clioc des passions, nous compi'endrons, tout aussitôt, et ces épreuves et leurs suites fatales, les premières injustices, les jiremiers ci'imes, la corruption du cœur par le renouvellement et par Thabilude du mal, les maximes vicieuses, et linalernent les mauvaises coutumes dont la guerre au sens philosophique et le j)lus compi'éhensif du mot i^endémique et extc-rieure^ est, au lieu de la paix entre les hommes, le liviit dominant. Et deux cas se présentent alors connue possibles : ou (pie la vie de clan se prolon^'e en des péi'iodes pour .linsi dire indéfinies, dans quelques régions, sous un rc^^ime de guerres continuelles, (pii n'est point incompatible avec un ordre de sentiments nobles, et avec tles crovances religieuses fixes (|ui ne manquent pas non plus de noblesse; ou que des tribus se dispersent et cherchent |)ar le monde des aventures qui finissent bien ou mal pour elles.
L'hypothèse contraire, celle où les familles relativement initiales, — nous voulons dire aux(piellesdesinductionssùres nous permettent de remonter sans atteindre les origines premières, — auraient étécaractérisées par lessentiments les plus brutaux, l'égoïsme féroce et l'inlii-mité intellectuelle, n'est pas sérieusement soutenable en présence de ce qui est maintenant bien éclairci sur le plus anti(jue esprit des races égyptienne, chinoise, indienne, hellénique, italique, Israélite. C'est donc aux premières familles humaines apparues sur la terre qu'il faut atti'ibuer le plus bas degré