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d'intellii^ence etde moralité, noui* trouver le droit d'affii mer une certaine loi de perfectibilité naturelle comme attachée au développement de l'humanité, et cela, non certes pas à tili'c de fait universel dans la suite de ce développement, cai'l expérience est loin de la vérifier régulièrement et partout, mais enfin à titre de fait à rechercher dans la marche de l'hisloii'e tracée par une cniainr suite de puinis yna.runa seulnuciil de sa Irajecloire^ à travers toute sorte d'époques, de nations (;t de religions. L'étude de cette courbe ne peut être dirigée que par des postulats moi'aux, puisque il s'y agit de définir ce qui est progressif et ce qui est rétrograde dans les institutions et les mœurs : sujet plein de diflicultés; et l'hypothèse du commencement au [)oint le j)lus bas, ce point se trouvant reculé hors des limites de l'histoii'e, est arbitraire.
Si cet état de la (]uestion est exact, pourquoi éloignerions-nous 1 idée, que, dès Toi'igine, il ait pu naître des hommes de caractères moraux différents et opposables. C'est une suj)position qui a contre elle les vues simples et absolues (ju'on acoutumedaj)poi*ter sur ce sujet, en un sens ou en l autre ; elle devient natui'elle, si l'on croit que les personnes humaines ont leur véi'itable origine première en d'autres conditions que nos conditions présentes, et qu'elles |)euvent en conséquence apjjorter en ce monde, individuellement, des dispositions innées et variables.
\'ovons maintenant comment une théorie de l'état sauvage découle de nos principes. Si le sens du mot se prenait d'après l'étymologie, sans impliquer rien de relatif à l'intirmité de rintelligence et à la bassesse morale, il serait applicable aux premières tribus composées d'un nombre restreint de familles et vivant sur une terre encore inappropi'iée à l'habitation de l'homme. Les tribus, en se divisant^
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s'éloig'naiit les unes des autres pour des causes diverses, apportent dans leurs établissements, instables ou fixes, les imaginations et les idées qui les ont sé(biites, les mœurs qu'elles se sont faites, au cours îles impressions et des épreuves de la vie, et gi'âce aux initiatives dc6 g'énies inventifs qui ont pu naître dans leur sein. Après un certain temps écoulé, elles nous donnent à considérer de petites sociétés qui se sont formé des coutumes diverses et <:,vnéralement intolérantes. Elles sont entre elles, là où elles viennent à se rencontrer, et souvent maluivleur parenté, à l'état de guerre toujours nnminent, par suite de rivalit('S ou de dissidences, d'intérêt ou de religion, et par and)ition de dominer. Ceci est indépendant des dispositions morales oriu'inaires de chacune, et conforme aux lois empii*i(|ues de rhisloire en tous lieux et en tout tem[)s. Le résultat des o'uerres, dont le succès constate la force ou la laiblesse, l'énergie ou la mollesse, les vertus ouïes vices qui en sont des coefficients chez les peuples, est tôt ou tard la conquête ou la perte d'un territoire. Le vaincu est réduit en esclavage, ou extermint', ou obligé à (juitter la place, à chasser à son tour d'autres occupants devant lui, et à chei'cher des établissements où il trouve plus de sécurité. C'est de l'histoire.
On peut aisément conclure du fait de la concurrence vitale des tribus, dans les régions du monde ancien, à mesure qu'elles se j)euplèrent, et des guerres nu)livées pai* les besoins d'expansion de quelques-unes, ou par Tardeur militaire des chefs, et leur désir d'exploiter de nouveîuix sujets, ce qui dut advenir des [)lus faible-;. Les unes, matériellement hors d'état de résister, mais animées d'un esprit vivant et opposé à celui de Tenvahisseur. entreprirent sans doute ces migrations aiinees, les unes (pii se fixaient en des colonies à leur [)ortée, d'autres, (jui, de proche en proche, de station en station, portèrent tant de peuplades, et de races si diverses, jusqu'aux régions h)intaines où leurs
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descendants devaient former un jour de grands peuples. Mais il yen eut aussi, de moins énergiques ou de races moins douées, qui, échappant à l'esclavage où leurs pareilles étaient réduites, ti'ouvèrent asile dans les montagnes et prolono-èrent une existence indépendante et misérable dans la suite des âges et même jusqu'à nos jours, sans communications, régies par des coutumes très stables, généralement basses, quelquefois relativement morales. D'autres enfin, les plus infortun('es, errantes, méprisées et partout repoussées, soit à cause de vices abjects, soit par suite d'habitudes d'insociabilité violente, devinrent par rapporta toutes les sociétés établies ce (pie sont, pour une société particulière, les réfraclaires, les bannis, les out-law. Quelques-unes de celles-là pur-ent n'être <pie matériellement trop faibles, d'humeur douce, quoique indépendante, et trouver des lieux de refuge difficilement accessibles aux conquérants. On en rencontra de telles dans les îles de la Polynésie, quand elles furent découvertes. Bref, les tribus inadaptables à l'oi'dre soeial d(^ nations puissantes en possession des bons territoires durent être rejetées de lieu en lieu, à mesure du progi'ès des |)opulations sédentaires, et jusqu'aux extrémités des continents, ou dans les îles écartées, ou sous les climats tropicaux les plus malsains, et peut-être aussi, o-râce au hasard des navigations, dans le continent américain, s'il est vrai que l'Amérique n'ait pas eu d'habitants autochtones. N'est-ce pas dans ces lieux que les exi)lorateurs modernes ont trouvé ces tribus qu'on a nommées sauvaf/rs? Quehpies-unes seulement, en Amérique, purent <>-randir, s'étendre et prendre la forme d'empires, mais un grand nombre habitaient des lieux, et il s'y en trouve encore, où l'on ne peut supposer, ni que leurs premiers ancêtres ont vu le jour, ni que les descendants de ceux-ci ont choisi librement de i)orter leurs établissements.
L'état de dégradation intellectuelle et morale de ces tribus .souffre deux explications entre lesquelles le choix
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est incorlain. Pouvons-nous les tenir pour de simples prolongements (le tribus mal nres, ce qui ne serait admissible que dans riiypoliièse des naissances primitives de certains hommes à dispositions mentales prédatrices dominantes, en dépit des (jualitrs intellectuelles sjM'ciliipies de riiumanitc? Nous devons jKMiser, en ce cas, (pi'il n'y f^ point eu de pro<»'rès moral sensible dans toute la suite des ovnérations de ces races inférieures, et qu'elles ne difîèrent i)eul-ùlre pas beaucoup, en leur ('tat actuel, de leur état nîilif, qui dut être Tobstacle à leur an-ré^'ation sociale àdes tribus mi< ux douées. Nous ne savons que trop combien [)eu de succès les races civilisées obtiennent aujourd'hui dans leur i)rélention (Faméliorer Ta^^sictte nKM'ale des races africaines, auxquelles elles conmiunHpient sans peine leurs vices et Tusage des instruments de destruction les [)lus perfectionnées. Si, au contraire, nous re<;-ardons ces j)euplades abaissées comme issues de races primitiv( r. j.liis nobles, entraînées au mal par la d(Vdiéancc des ancêtres, et descendues jus(prà rinn,)uissance de* loriner des sociét'''>^ '^tai)les, et de raisonner leiu's institutions, on conçoit comnKMît elles ont subi le sort de celles auxquelles Faptitude aurait manqué oriiiinairement pour s'élever à un état social d'ordre supérieur.
Le défaut de ces basses sociétés n'est pas, comme on pourrait h^ croire, si Tobservation et la rédexion ne nous enseiii'naient le contraire, Tinaplitude à se créer des coutûmes. La coutume est Tindispensable fondemi^d de Tordre, en dehors de la raison et de la convention : de la convention qui elle-même tient de la raison. Aussi la coutume rèji^neet sirn[)ose plus ri{j,oureusement aux individus, dans l(\s tribus sauvag-es, que dans les sociétés civilisées. Ce qui peut tromper, c'est la variation de la coutume, contradiction apparente, dont Tarbitraire est la source. Le roi ou le sorcier peuvent à tout moment introduire une mode nouvelle. De là une instabilité, que les imauinalions
LES RACES PÎOMADES
fétichistes favoi'isent o-racc à Tabsence de règles dans l'application de l'idée de cause, mais (pii n'ote non au caractère absolu des exigences (pie l intérêt du groupe fait valoir contre la liberté de l'individu. La société sauvage est à la fois la moins fixe et la plus absolue, la plus livrée au caprice individuel et la plus oppressive pour l'individu.
Le sièa-e de la coutume stable et conservatrice est établi de la manière la j>lus ferme chez l(\s races nomades, profondément dilTérentes des sauvages, quoique l'état de guerre, de tribu à tribu soit à peu près le même des deux ciMés. L'op[)ression et la contrainte sont peu nécessaires, et radaj^lation des jeunes est facile et tenace, chez des peuplades dont le genre dévie est, comme on dit, le plus près de la nature, exempt des assujettissements créés par l'agricultute et l'industrie, fort dilTc'rent de la vie misérable de privations et d'esclavage rc'cl du sauvage sédentaire adulte. Contrairement aux sauvages, qui n'ont point d'histoire, rim()ortance historique a clé grande de ces peuples pasteurs, scythiquc^s, mongoliques, sémiti(pies, qui ont vécu, qui vivent encore, aux limites des établissements civilisés, animés contre eux de sentiments en partie bari)ares, en partie non dénués d'élévation, et les menaçant, les envahissant en vue du butin, quand ils trouvent des voies ouvertes. Leur rôle d'anticivilisation a tenu un caractère relativement moral de sa vivante opposition aux emj)ires fondés sur* l'esclavage des masses agricoles et industi-ielles. La rivalité de la vie libre et de la vie de servitude, les haines qui en ressortaient sont inscrites dans la Bible, depuis la légende du meurti'e d'Abel, pasteur, par Gain, îigriculteur et fondateur de villes, et depuis la légende de la tour de Babel, jusqu'aux imprécations de TApo-
LA nUKRRE ET LA TIIKOGRATIE
calypse joanniquo contre la Xoiiv^lle Babylone. La haine des empires eut là sa dernière explosion éloquente, et les sentiments démocratiques des pi'emiers chnHiens descendaient de cette source, — sémitique, non plus hellc'nicjue, — à une époque, où les disciples de TEvangile étaient loin de penser que leurs successeurs se rendraient les sujets d'un nouvel em|)ire, ajouté à celui de César pour le gouvernement des esprits.
Quel qu'ait été le caractère natif des hommes des tribus primitives, on ne saurait douter cjue la g-uerre ne soit née entre elles des mêmes passions, étendues seulement de rindividuel au collectif, d'où naissent les inimitic's des individus. L'action militîiire a dû jx'udant longlenïps être attendue de tous les liommes valides intéressés, de chacjue coté, à la cause commune ; mais, à l'époque où se sont fondés lesemj)iresde la liante antiquité, l'ardeur l)elliqueuse et le prestiue de certains conducteurs de petits peuples furent la force motr*ice des g'uerres de conquête, et l'origine de l'autorité liérédilaire. Les premiers sujets des conquérants s'attachèrent passionnément à leur* gloire ; plus tard, ce n'est que servilement et sous le fouet que leurs descendants servirent les maîtres fastueux, successeurs des génies fondateurs de dynasties. A des moments anti'ï'ieurs à rhistoire positive, se formèrent en Egypte et en Asie des Etats dans lesquels des tril)us en grand nombre, souvent de races et d'esprits divers et 0[)posés, étaient forcées d'entrer et se voyaient réduites par la force en un seul corps, sous la domination d'un souverain qui ne les conservait unies que tout autant que des révoltes ou les armes d'un prince rival ne venaient pas les d(''meml)rer. Alors commença l'emploi des grandes armées, et l'art militaire devint l'agent principal des révolutions du monde, chaque