LES VICES DE LÉTAT SOCIAL
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la plus sommaire des devoirs : elle conlimie hien j)liitot à se r(''g'ir par la coutume, et grâce à des jugements habituels et pour ainsi dire convenus par les(|uels les liommes font des comproiiiis avec la morale. Ses lois varient, dans la suite des temps, selon le succès ou Téchec des initiatives individuelles d'où naissent les jugements cpii ont cours et qui dominent dans le monde, ou selon les réactions (jui se produisent à la suite de la corruption même des institutions et des mœurs et en exigent le ivdrcssement.
Les points capitaux des institutions sociales issues de la coutume, et confii'mées puis réglées par les lois, portent sur les relations des personnes selon qu'elles conunandent le travail ou (ju'elles le fournissent, sous certaines conditions, et sur la propriété ou Tusage des instruments de production des richesses (de la terre, spécialement, (pii est le premier de tous'. C'est à peine si les coul urnes i-eligieuses ont moins d'importance, à cause des j)rivilègos réclamés par les prêtres et des dissensions suscitées par l'injuste passion des hommes de s'obligera l'unité de sentiments par voie de contrainte, quand ils ne le peuvent autrement. De là la haine et jusqu'à la guerre entre ceux, concitoyens ou étrangers, que divisent leurs notions de l'ordre surnaturel.
Quelles que soient ou la coutume, ou la législation établie qui la consacre, sur l'inégalité des droits civils ou poliliques et sur l'inégale accessibilité de l'individu à la propriété ou à l'usage de l'instrument du travail, il se trouve toujours, dans une société donnée, des hommes capables de reconnaître l'injustice d'un tel état de choses, (|ue l'idéal de l'humanité condamne. Si cette société est de celles oiî la coutume a des racines assez profondes pour que la possibilité d'un changement total des mœurs sociales
ne se puisse présenter à Tesprit de ces hommes, le refuge de leur idéal est dans la solitude, dans l'ascétisme, dans les espérances ultraterrestres, si ce n'est enh'n dans Taspiralion îui nirvana, dernier asile de la pensée souffrante. Si nous considérons, au contraire, une société libre, dont les institutions sont ou semblent être à la disposition de leur's mend)i*es, certains de ceux-ci, plus ou moins ardents ou éclairés, conçoivent la possibilité de remédier aux vices sociaux. Ils ci'oientà leurs semblables la Acrtu de réformer, s'ils le voulaient, leui's coutumes condamnables, quand ceuxci seraient une fois instruits de la vérité et du bien. Ils usent eux-mêmes de ce (ju'ils ont de libert(' et d'inlluence pour les enti-aîner, renverser les obstacles. Mais quand, dans leur imj)alience, ils suscitent des révolutions violentes en lançant les intéressés à l'assaut des pouvoirs (Hablis, ils ne peuvent, une fois commencées, les gouverner, en prévoir les incidents et les suites. Et ce[)endant ces entreprises, ou l'esprit (pii les inspire, sont la condition du progrès social, parce qu'il y a des résistances à vaincre, et d'où viendraient, si ce n'est de l'initiative des hommes qui voient le mal et cherchent le bien, la volonté et rim[)ulsion des graves changements sociaux? Mais les conséquences réelles des pei'tuibations sociales échappent à leurs premiers auteurs, subissent des coefficients de toutes sortes, et deviennent à la fin des œuvres communes, des résultantes où des responsabilités sans nondjre sont engagées.
Un progrès social n'admet de mesure, s'il y en a une de possible, que l'estimation de la distance diminuée entre les institutions et les mœurs empiriques, et celles dont les prescri])lions seraient dictées par la raison et la morale pure : justice et amour. Or, il est visible que les progrès sociaux, ainsi estimés, quand ils se produisent, sont toujours, d'époque en époque, sujets à des réactions. Les passions qu'il a fallu vaincre ou détourner, les habitudes qu'on a réussi à changer, demeurent en puissance dans le caractère humain;
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elles ont un s(>li(lo foiKlemcnt dans les condilions matérielli's dij ia \ie;lctj circonslances, (jui vaiienl, en ramènent la pression plus ou moins foi'le. Les cliani;emenls politiques d'imjwrtanee moyenne éprouvent de continuelles fluetualions dans les Etals lil)res, et les grandes rôformes subissent ti>ujours, dans la suiie des âges, une corruption, — c'est le mot très justement consacn'', — dont ia gravit»'' se mesure à la j)rorondeur de la rèlormalion morale que le premier ou It > premiers g'i'ands initiateurs avaicid pensé atteindi'e. La loi de corruption est parliculièi'ement facile à constater dans les grandes religions, rpii toutes témoigiu'ut. à leurs origines, d'un grand elVort vers un idéal cpi'elles sont impuissantes à soutcMiir cpiand s'iU'croît 1(^ nond)i*e de leurs adhérents. On les voit idoi's (»l)(''ir à des tendances (ju'elles avaient condanmées et qui passaient j)Our abandoniiues, s abaisseï" à iU's superstitions nuu\ ulics, s'atlachei" au subtil et intoléi'ant foi'malisme des points de foi irrationnels et (les pi'atiques machinales.
Les oi'iu'ines iiumaines nous sont, il faut FaNOuer. totalement iFicomiues en ce qui concerne la moralit('', parce que, si nous pouvons aisément juger de la misère des condilions (jue Tétat des milieux naturels ci'éait pour celles de» picmioi'cb sucicir.-^ (pii ont laiss.'- sui" la t(M*re des traces de leurs j)auvres établissements, et nous faire une idée de la diUieull»'' (pie ces conditions opposaient aux hommes qui auraient voulu, suj)[)osons-le, vivre en paix U:s uns avec les autres, nous ignorons complètemeid si. et en cjuels lieux, les plus anciens de nos piopres race.-, trouvèrent de sulfisantes facilités de \ivre sans meurtre et sans rapine. ()uelle que fût leur organisation animale, (pii cependant n'était [)oint de Tordi-e des carnassiers, et quehpie intimes que fussent l'industrie et les connaissances des humains contemporains de T « ours des cavernes », nous ne saurions y trouver aucun indice de la partie des mceurs dont il n'est pas permis de juger d après le peu de ressources dont ils
LADAPTATION ET LA REBELLION A LA SOCIETE lôO
disposaient. Notre ignorance ne nous laisse pour mcHIiode sûre, dansFc-tuch^ des lois de \ariation progressive ou régressive des sociétés, que de prendre la question i/i mrdias rcs^ et rhoriime. avec ses connnunes données morales, en relation avec des semblables. Autrement, nous raisonnerions SUI* un suj(4 didV-rent de l'homme qui nous est connu, nous chercherions l'explication du cai-actèi'e spécifique del'homme et son origine morale, que ni la psychologie ni les origines histori(pies ne nous donnent, dans des hypothèses empiriques (pli n'atteignent pas l'origine première, nécessairement mt''taphysi(pie.
Au sein d'une société humaine quelconque, il y a à distinguer trois classes de caractères moraux natifs, en rapport avec le milieu moi'al où ils viennent prendre jdace. Appelons-les, selon les dis[)ositions que leurs caractères leur cr(''ent, les adaplahlrs, ics rebelles, les f/r/urs. Ces caractères se forment de trois éléments : 1" un certain faisceau d'aptitudes intellectuelles et morales et de qualités atîectives, très \aiiable quant au degré de raison et au genre des passions : 2" des traits de constitution psychique (de même (ju organi(jue ) importants, mais en grande partie; indiscernables, qui sont de tradition ancesti'ale; *V' Faction, familiale d'abord, ensuite sociale de l'éducation, poui* modifier en une plus ou moins grande mesure les (pialités natives et j)rincij)alement leurs aj)plications selon les événements et les circonstances. L'éducation, dans le sens large où il convient de l'entendre, comprend le cercle des actions qui s'exercent de tous C(jtés sur l'individu, dès sa naissance, pour ainsi dire, et jusqu'à Fage qu'on aj)pelle mûr, pour Y'ni/onucr des sentiments et des jugements des auti'cs, principalement dans le milieu où il s'élève et vit, et })0ur lui créer des habitudes de penser et d'agir ton-