LES NATIONS IMMODILISLLS DANS LA COUTUME
le sens de la justice et de la paix, mais, au contraire, verser elle-même du cùté de la ruse et de la violence pour étendre sa domination sur les sujets des princes, et par là sur les princes eux-mêmes; les pouvoirs polirujues entrer dans une longue phase d'anarchie, dVxtivuK* division et de g'uerres perpétuelles, entremêlées de solennelles alliances et de perfides violations de traités ; des Etats plus réguliers se constituer peu à peu, selon (|ue se formaient des groupements et des tassements de populations homogènes, là où des simihtudes d'esprit et de langue favorisaient les efforts des princes pour centraliser leurs possessions; ces Etats, parvenus à une suffisante cohésion, lulter entre eux pour s'arracher mutuellement des |)ro\inces ou pour prétendre à la prééminence, à Thégémonie, (juand ils ont eu des chefs entreprenants et des sujets dociles ; enfin les guerres de religion sujouler aux guerres d Intérêt territorial ou commercial, ou d'ambition, et les nations passer par des convulsions réitérées, tantôt |)our se soustraire au régime théocratique, tantôt pour se l'imposer*, ou aider à l'imposer à d'autres, comme le plus favorable à l'unité factice des esprits et au despotisme.
A travei's ces longues phases historicpies, les nations chrétiennes sont parvenues à constitue^' (\c> Etats, de forces et de civilisations très inégales, mais dans lesquels les classes cultivées, qu'on distingue avec l'aison sous le nom de classes dirKjcantcs^ j)résenteraient une sensible unité de principes et de mœurs, si ce n'était la division profonde qu'entretiennent entre leurs membus des opinions et des intérêts politi(|ues, ou soi-disant religieux. Les classes inférieures, mal dirif/('cs, vivent en grande pailie sous la coutume, avec ce qu'il leur faut de raison seulement j)our justifier à leurs propres yeux le bon droit des réclamations
LES NATIONS CllRI-TIENNES ET LA COUTUME
de leurs besoins mal satisfaits contre l'égoïsme des classes suj)érieures. De là partout une guerre sociale sourde. Entre les États, la communauté des bonnes intentions, des sentiments de justice, et même de dccoucment dit-on, aux principes de la civihsation et au bonheur de l'humanité, — car c'est là ce que les chefs politiques mettent aujourd'hui en avant pour justifit^ leurs prétentions, — n'empêchent pas que leurs actes ne soient des actes de guerre, ou de préparation à la guerre. L'attitude défensive est essentiellement celle de chaque nation qui a pu conserver son indépendance. Les plus petits États ne la sauvegardent que grâce à la rivalité des grands, et parmi les grands, au nombre de six ou sept maintenant, qui sont ou qui voudraient être des empires, terme politique rentré en faveur, de tous cotés, l'objet des alliances nVst guère que la d('fense des uns contre d'autres qui pourraient viser à les dominer. Les efforts de tous en vue de soutenir ou d'accroître leurs armements dépasse la proportion que les peuples aient jamais donnée à la partie de leurs ressources qu'ils sacrifient à leur puissance militaire.
Tel est le niveau de civihsation où les nations chrétiennes se trouvent parvenues, après tant d'errements et de traverses, en face de ces nations de l'Asie dont les coutumes ont si peu changé pendant l'intervalle, en face aussi des vieilles races du continent africain qui sont ou sauvages ou barbares et profondément dégradées, et des peuples musulmans dont l'hostilité à la civihsation dite chrétienne semble irrémédiable. L'ensemble de ces populations est presque le double du total de celles de l'Europe et de l'Amérique réunies. La question, pour ces dernières, est d'apporter la civilisation aux i)remières, mais, en présence des faits, et de ce que réellement on leur apporte, elle n'est pas sérieuse. Leur imposer par les armes la domination étrano'ère, les conduire, dans les cas les plus favorables, à l'imitation des travaux d'art ou d'industrie relevant des
DE LA LOI DL LllLMAMTL TLRRLSTHK
connaissances scicnlifiques qu'ils ne possèdent pas, voilà ce que 1 on peut pour des peuples dont les idées morales elles habitudes ne sont [)as les nôtres, et au plus, après la conquête de leurs territoires, les doter d'une administration plus savante que celles dont ils avaient Tiiabitude sous leurs princes. Pour ce progrès, la guerre étant le moyen, les effets, pendant longtemps, ne j)euvent que ressembler beaucoup, en ce qui concerne les tribus faibles, à ceux qui suivirent, il va quatre siècles, la découverte et loccupation européenne de l'Amérique : rivalités et guerres entre les envahisseurs, destruction des indigènes ; et, pour ce qui touche les peuples nombreux et robustes, on peut s^itlendre, au contraire, à de nalurelliN fusions d'idées et de pratiques, si ce n'est même à la formation d'une nouvelle moyenne de mœurs, faite d'orientalisme et d'habitudes européennes; et le résultat, vu l'absence de moralité rationnelle et ferme, d'un coté comme de l'autre, pourrait n'être pas heureux. Il est difficile d'imaginer comment une haute civilisation morale et le commencement de l'ère définitive de justice et de paix viendraient clore une période en tout conforme à celles dont les plus communes passions empiriques de l'espèce humaine déterminent les événements.
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DE LA LUI DE L HlMAMïi: TK KKK STUI-
Nous avons pu nous rendre compte de l'origine et des conditions générales de formation des sociétés, des causes passionnelles de leurs changements, de leurs destinées dans le cours de l'histoire, et en particulier de cette cause essentielle de leur conservation et de leur durée, qui est la