L'IIKLLKNISME ET LES EMPIRES
coutume. Xous avons vu que la coutume pouvait, en certains cas, donner à un ordre social fondé sur une communauté de sentiments et de notions d'ordre et de devoir une stabilité indéfiniment prolongée, mais sans le préserver de la décadence morale, ou de cette corruption qui gagne les institutions que cesse d'animer le même esprit vivant d'oiî elles sont nées. Xous avons insisté sur le contraste que forment avec ces sociétés stationnaires, en dépit des plus graves événements de leur propre vie dans ce qui ne concerne que la succession des bons ou des mauvais gouvernements de leurs |)rinces, les sociétés occidentales, si agitées, qui naissent et qui meurent, sans cesse remuées dans leur profondeur par la lutte de l'esprit novateur et de l'esprit conscrvatenr, en religion, en poHtique, en institutions sociales, et qui, en regard des premières, traversent une si longue suite de siècles coupée par quinze cents ans de réaction contre l'esprit rationnel et libéral qui les a précédées et qui les suit. Xous avons maintenant à regarder de plus près la succession et les rapports de ces grands événements historiques, pour nous rendre compte de la nature et des formes diverses des progrès qui se peuvent démêler à travers les cro/ulions, ou gi'âce aux révolutions, àes sociétés et des Etats, et pour juger de la possibihlé d'une fin de ces progrès ramenés à l'unité, s'ils peuvent l'être, qui donnerait satisfaction à l'idéal d'une société humaine et d'une destinée de l'humanité.
Les siècles, si obscurs pour les historiens, dans lesquels se placent les seules origines accessibles de riiellénisme, en Grèce, puis en Asie Mineure, nous offrent deux nations en rapport avec les tribus grecques à la recherche de leurs établissements : la Phénicie et l'Egypte. Plus loin, en Asie, dans les vastes contrées situées entre les régions occidentales et cet extrême Orient, comme nous le désignons aujourd'hui, qui fut et resta de tout temps étranger aux nations de l'Occident et sans infiuence sur leur culture.
LHELLb:MSME ET LES EMPIRES
c'était le siège des empires de haute antiquité et de civilisations matérielles illustres, à populations très mêlées, chaldéennes, sémitiques, aryennes, qui funMil constamment en lutte entre eux, conquérants et conquis, et ne résistèrent pas aux armes des Grecs. Ils disparurent de riiisloire, après Fère des successeurs d'Alexandre et des conquêtes romaines en Orient, ne laissant sur leurs ruines que des tribus barbares et ce royaume persan, cent fois fait et défait depuis les Acliéménides, qui est uîi remarquable spécimen des Etats incessamment composés et décomposés dans le cours de Thistoire, au hasard des races victorieuses et de rhabileté des princes. Les anciens empires asiatiques sont les premiers au sujet desquels se pose la question de Fhéritag'e des nations, dans l'humanité, ou des apports qu'elles ont [)u faire à la civilisation hellénic[ue, et par là à la civilisation romaine et à la notre.
On a cru longtemps, comme à un fait historique, à la tradition des sciences et des arts de l'Orient à l'Occident ; il a fallu abandonner cette thèse, et reconnaître que les connaissances d origine assyrienne, phénicienne ou égvptieime, chez les Grecs, furent de l'ordre niîitéi'irl, ou pratique. Des transmissions telles que celles de ralpliabet phénicien, des observations astronomiques de Babylone et d'Egypte, et probablement des éléments empiriques de la géométrie, sont ibrt importantes mais ne touchent pas encore aux théories. La science quant aux niétho(l<*s r-ntioniK^lles, Fart quanta la beauté formelle, qu'il ne faut j)as conlondre avec l'habileté technique, la littérature esthétique, enlin la spéculation philosophique libre, indépendante de toute tradition sont des créations intellectuelles dues au génie et à l'initiative des Grecs.
iS'ous sommes obligés d'admettre pour les seules données morales d'origine orientale introduites en Occident par lintermédiaire de la Grèce, ou plus tard, à Rome, et dont quelques-unes passèrent de Rome à tous les peuples civili-