LA DECADENCE DE LA GRÈCE
nobles que colles dont Tancicn sacerdoce chaldéen, allié du sémitisme polythéiste, exerçait Tempire sur les masses populaires. Contre les cultes de Xinive et de Bahylone, et leurs similaires de Svrie et de Piiénicie, il existait en Asie deux centres religieux d'une élévation et d'une moralité hors de toute comparaison. Le premier était, vers TOccident, la petite enclave dans laquelle le monothéisme sémitique, réduit et resserré, en danger continuel d'anéantissement, ne se conserva que par des miracles répétés de foi, de patriotisme et de dévouement, jusqu'au moment fatal où il devait périr, mais comme nation seulement, par les armes du grand empire aryen, Noitcciîr Halu/lunt\ et en lui imposant sa fondamentale croyance, et, [)our dieu, son dernierprophète.Le second centre religieux était le mazdéisme, cette antique doctrine iranienne (jui vivait encore à Bahylone au temps de la captivité des juifs, mais qui, pénétrée peu à peu par les idées chaldécnnes ou sémiticpies, se corrompit de siècle en siècle, alla en s'an*ail)lissanl, (^t ne transmit au christianisme, à l'époque di* rdaburaliun de ses dogmes, (jue des traditions altérées. Elle vit, plus tard encore, ses adhérents réduit» à un pulil nombre de fugitifs, désignés comme adorateurs du //"//, persécutés et chassés de leur contrée native par Tintoléranco musulmane. Le mazdéisme n'entra et ne se [)erpétua chez les nations européennes que sous le nom devenu assez vague de manichtisme, dans un mélange d'o[)inions sectaires et de piété indépendante, en de petites églises partout vouées à la persécution la plus atroce, parce que leurs règles de vie s'écartaient de la discipline ecclésiastique, et leurs croyances des dogmes conciliaires sur l'origine et la fin du mal.
Cette vue rapide du destin d'une religion dont l'origine remonte jusqu'à l'époque de la scission survenue entre les plus antiques tribus aryennes nous fait enibrasser d'un coup d'œil une suite de siècles et de révolutions d'états, de coutumes et de croyances, qui ne contiennent rien de
moins que la naissance, la grandeur et la décadence des cités grecques, la naissance, la grandeur, la décadence de Rome et de l'Empire romain, la formation des Etats européens, la grandeur et la décadence de la seconde Rome, Rome théocratique, enfin toute la suite des luttes des nouveaux Etats pour obtenir la suprématie et réaUser l'unité politique du monde, si elle est possible. Ce sont trois grandes phases, dont la troisième est en cours d'évolution, incertaine quanta sa fin. Les deux premières sont des phénomènes sociaux historiques très caractéristiques, témoins accomplis d'une certaine loi du cours des choses humaines. Considérés en eux-mêmes, ils sont d'un enseignement certain. La troisième phase, encore peu avancée, si Ton en juge par comparaison, semble se trouver en progrès matériel sur les précédentes, en ce sens que les vues d'unité et d'impérialisme portent cette fois sur l'ensemble du globe. Mais ceci ne pn'guge rien sur la question du progrès moral, ni même sur celle de la stabilité possible d'un Emj)ire sous la domination duquel tous les Etats et toutes les races seraient réunis, non plus enfin que sur la possibilité, autre hypothèse, de rétablissement d'une fédération universelle et immuable des nations.
La Crèce, mère de la philosophie et des sciences, commence le cours de son destin par la piraterie, la colonisation îÀ main armée, les rivalités et les guerres de tribu à tribu. Elle se fait de la guerre un idéal esthétique dont l'admirable tableau peint dans Tlliade doit rester pour elle une Bible nationale. Elle crée un autre idéal, celui de la cité libre; mais la cité libre veut être aussi la cité indépendante, et l'indépendance imphque la guerre quand Tesprit de domination et de conquête règne partout. Le panhellénisme fut, un moment, l'espérance des politiques Renolvier. — Le Personnalismc. 12