LES AMBITIONS IMPERIALES
fut rorig'ine d'un progrès constant de l'Eglise et de sa politique en France, progrès dont les interruptions temporaires (en 181^0, par exemple) firent illusion, mais dont on a mesuré [)lus que jamais Télendue après la chute du second empire fran(;ais, qui ne fut un échec réel que pour le Paperoi. Que l'intérêt catholique, que les infhiences catholiques aient été des coefficients importants de la déclaration de guerre de la France à la Prusse, en 1870, on peut le croire. Ce qui est certain, c'est que l'issue de cette gueire doit être regardée comme un coup sensible pour les prétentions papales, en môme temps qu'elle a été la ruine de l'empire français, dont il était douteux que les jours fussent comptés sans cet événement. La fondation de l'empire allemand est le complément de l'épopée napoléonienne et de la journée de Waterloo, au bout de cinquante-cinq ans et de quatre régimes polili(jues divers traversés par la nation qjii a fait la Révolution. Les prétentions ou du moins les tendances hégémoniques changent de côté, comme la puissance militaire, que l'Eglise voit passer décidément du monde latin aux nations non catholicjues. L'Italie, qui doit sa Rome au vainqueur, s'éloigne de la France, naguère protectrice de la Rome des prêtres. 11 est vrai que l'Eglise ne renonce pas à rétablir un jour son empire spirituel sur ces nations. Et ce spirituel Qsi un vrai toHporel indirect, qu'elle garde plus puissant que celui qu'elle perd, et plus libre, affranchi de tous liens matériels. Les peuples catholiques ne doivent pas se dissimuler que Tennemi de leurs libertés a son siège dans leur âme, dans une partie de leur âme, et non pas à Rome. Et il est constant que la puissance cléricale, comparée à ce qu'elle était à la fin du xviif siè(de, s'est accrue formidablement partout, hormis en Espagne, où la sélection à rebours exercée par l'Inquisition l'avait élevée â un point d'où elle ne pouvait plus que descendre. Le caractère le plus fâcheux de la situation actuelle consiste en ce que cette puissance est devenue surtout poUtique, a perdu
presque tout caractère religieux, si nous la considérons dans cette partie des classes cultivées et dirigeantes qui, dans chaque Etat, 0{)pose une résistance presque toujours victorieuse, au fond, ou en dernier résultat, aux réformes réclamées pour le bien-être du j)euple. A cet égard, il n'est que juste d'étendre aux Etats protestants, aux aristocraties de ces Etats, ce qui est dit ici du vrai motif de raj)pui qu'elles donnent à l'enseignement confessionnel et au cléricalisme. La \ ieille théologie dogmatique, en ses [)oints irrationnels, demeurés des plus consacrés, ne peut être admise sérieusement par un esprit éclain'*. Il faut d'autres motifs à ceux qui veulent imposer à leur nation une foi qu'ils ne pailagent pas, et le plus souvent même ne connaissent pas bien*. Ces motifs se résument dans l'intérêt des classes riches.
Si la chute de l'empire spirituel de Rome avait pu, si ce n'était [)as seulement la prise de possession de Rome par les Italiens, qui devait accompagner l'écroulement de l'empire naj)oléonien, ce double événement aurait été de ceux (jue Thistoire n'enregistre ni dans un jour ni dans un siècle. ri(''duit à la fondation d'un nouvel empire militaire, qui remplace le fantôme du second empire français, le fait est de grande importance encore, mais il marcjue le conti'aire d'un progrès de la civilisation. L'abaissement de la plus militaire des nations latines, déclin (jue la loi de la population, lavorable aux nations ses ri\ aies, rend d'ailleurs inévitable, ne lui donne pas la paix, mais l'obhge à
1. Une stricte psycholu^'ic morale nous obIi<re à admettre ici une exception importante en faveur dune classe d"esprils honnêtes qui accej)tent la religion et ses formes traditionnelles à titre de principe d'ordre social et de soutien de la moralité commune, sans vouloir ou sans [)ouvoir la soumettre eux-mêmes à un examen rationnel. Mais ce ne sont pas eux (pii gouvernent la polili(iue cléricale.
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