LA DOCTRINE DU PROGRÈS INÉVITABLE
sont d'accord, en leur point de vue social cconomir/f(f\ avec le principe social jurliUrjuc, fondement de VEssaf sur la paix prrjH'luellr de Kant. ^lais les socialistes révolutionnaires compromettent la cause de l'humanité en essayant de la servir par les passions subversives, qui la déligurent, et dont leurs adversaires tirent argument en faveur de ror(n-e brutal (ju'ils leur opposent. Nous ne voulons pas ici chercher les obstacles, calculer les chances de la réalisation de l'idéal de paix tel que nous le comprenons ; c'est assez de constater que, de cela même que cet idéal est une fin morale, de même il suppose un progrès moral chez les hommes qui deviendraient capables d'atteindre cette fin.
Si l'on regarde aux sources de la doctrine du progrès nécessaire de l'humanité et à l'œuvre de ses plus illustres vulgarisateurs :Turgot, Gondorcet, Saint-Simon et Comte, on s'apercevra que l'idée de cette doctrine est née du fait du progrès des sciences, et que la méthode en a été cherchée dans l'élude des principaux faits sociaux, dont on a tenté de composer une série continue de termes caractérisés par le progrès en matière de connaissances positives. Cette construction théorique de la loi de l'histoire a fait illusion à ceux qui frappés de sa vérification à certaines époques, chez certaines nations, sur de certains sujets, n'ont pas n'flf'chi à ce qu'il y avait d'incorrect à vouloir déduire le progrès de l'humanité du progrès d'une partie des nations occidentales. Par le même vice d(^ raisonnement, on a conclu du rapprochement de certains faits temporaires de l'aire moderne, à la démonstration de la fin d'ordre et de paix de la société humaine. On s'est aveuglé sur le caractère réel de discontinuité des phénomènes moraux, dans l'histoire de cette partie même de l'éUle du monde, et jusque
LA DOCTRINE DU PROGRÈS INEVITAnLE
dans riiistoire de IVsprit scicnlififjiie ou positif; car cet esprit a subi Téclipse du grand milk'nair'e rétrograde appelé le moyen âge. Il faut ajouter ici à Téclipse de l'esprit scientifique celle de Tesprit politi({ue, socialement [)liis important, dont le déclin et la ruine end)rassèrent un temps [)lus considéral)le encore. Les théoriciens du j)rogrès les plus dogmatiques et les plus profonds, — Técole saintsimonienne et Comte, — n'ont pu se mettre au-dessus de cet argument, pour asseoir la théorie du progrès nécessaire et ininteri'ompu, qu'en endjrassant le principe de l'autorité religieuse et politique. Ce princi[)e posi'' leur a permis d'attribuer au moyen âge une supéi'iorité urfjdiiiqfie^ comparativement au désoi'di'e des (''[jofjiirs crili/jacs, où toute vérité est mise en (piestion, et de considérer les pertes éprouvées comme des |)hénomènes subalternes. Mais c'était là répudier les doctrines de liberh' et d'autonomie, et perdre le droit de présentei* la théorie du progrès comme démontrée par Hiisloire, c'est-à-dire fondée sur Fexpérience, indéj)endan(e de tout postulai moral. Le postulat moral de Comte, et les re[)roches si justifiables en apparence dont, à la suite des saint-simoniens, il accable le vice des civilisations libres qui ne savent pas mettre des vérités consacrées et des devoirs au-dessus de l'examen et de la critique nous suggèrent seulement cette réflexion : c'est qu'en etï'et, pour le penseur qui observe le phénomène social des controverses sans fin, sur toutes choses, entre tant de personnes ignorantes, et toutefois toutes légalement admises à faire valoir leurs opinions, — phénomène scandaleux qui caractérise les époques appelées critiques dans les écoles saint-simoniennes, — il est fort difficile de comprendre comment l'accord des intelligences pourrait jamais s'opérer spontanément. Faut-il donc chercher le moven de fiiire taire les uns et de donner l'autorité aux paroles des autres? Il n'y en a qu'un, c'est la crainte, c'est la force. Ce fut la méthode du moven àg*e, et comme