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LA DOCTRINE DU PROGRÈS INÉVITABLE

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cette méthode n'a |)ar elle-même ni la vertu d'être aux mains des plus dignes, ni c(4le d'assurer à jamais l'autoi'ité dont elle est le soutien, la liberté demeure au fond incompressible, et les théories du pi'ogrès doivent com[)ter avec elle.

A[)rès tout, le nondjre des personnes qui ont examiné ces théories et qui y ont [)uisé leurs opinions est extrêmement limilé. La croyance au progrès naturel et nécessaire des sociétés modernes est entretenue par le |)reslige des|)i'ogr'ès des sciences expérimentales et de leurs applications, sui'tout venant à la suite des vives espérances de mai'che ascendante de nos inslitulions libres et d'accroissement du bi(Mi-ètre populaire, éveillées par nos révolutions successives, en dépit des réactions. Mais le bien-être est chose relative, elle luxe augmente plus que ne diminue la misère, toujours grande et toujours j)lus sensible par l'efTet du contraste. La science ne commande pas. 11 n'existe aucun rapjmrt entre l'ordre social, impliquant la justice et les mœurs, et l'ordre scientifique, dont les découvertes sont exclusivement instrumentales, prèles à tout emploi, et fournissent indifféremment l'instrument du bien et du mal. Telles (l('COuv(Ttes sont utiles ou agréables, sans qu'on puisse dire, autrement que par un très bas jugement des conditions du bonheur, qu'elles sont capables d'en donner. Telles autres vont à la destruction et à la mort ; et la création ou le maniement des engins sont aussi une source d'assujettissements, de misères et d'accidents moi'tels. Au demeurant le progi'ès dans la connaissance et dans le maniement des forces naturelles est indubitable; il ne peut rien pour la justice, il s'emploie à merveille à la violer. Dans le champ des théoi'ies, l'esprit scientifique a si peu de puissance sur les esprits ordinaires et médiocrement savants, qu'il ne les préserve pas de tomber dans les plus sottes superstitions dites sj)iritistes, sous le prétexte de forces inconnues qui pourraient exister dans la nature, et produire les miracles

-^'' LK PROGRKS KT LA DÉCADENGi:

dont ils se disent témoins. CVvst \c profères de la déraison. Si c'est de mœurs qu'il s^igit, on par-le volontiers de radoucissement des mœurs ; le tei-me est consacré, niîiis le fait est démenti par la marche aciuelle de la criminalité et de certaines de ses causes (alcoolisme, ahnndon des enfants) : par les fureurs et les crimes qui accompa-nent nos o-uerres civiles et que les crimes célèbres des nations antiques ne surpassaient pas ; par lardeur du pid)lic à se porter aux spectacles cruels ou honteux ; par le g-oùl qui encourage la littérature pornographique, ou même safihjur et satanlquc ; par les actes des Européens dans les contrées incivilisées où ils ne se sentent pas exposés à rapj)licalion des lois positives. 11 est clair, à considérer ces diverses classes de faits, que les honnêtes gens qui n'en sont [)as responsables, — beaucou() le sont un |)eu cependant, (jui n y ])ensent point, — confondent avec la réalité des choses un certain idéal du ])rogrès qui s'est formé sous rinfluence de la croyance même du progrès, et à la suite des tentatives qui, depuis la Révolution, ont été faitcvs. ou h sont de temps à autre, pour la justifier. .Alais (piand viendra le jour où les plus optimistes auront à se rendre compte des conditions fatales de Tesprit impérialiste, et de cette lutte des empires qui s'annonce visiblement aujourd'hui, comme j)our constituer Tunité mondiale d'un gouvernement césarien, au lieu de la fédération universelle des nations libres cpie réclame la philosophie, les yeux se dessilleront et le vingtième siècle verra peut-être s'éteindre les derniers croyants du progrès naturel et spontané des sociétés humaines dans la direction de la justice et de la paix.

Sempcreadem scd aliter, cette formule, vOsyimé de l'histoire selon Schopenhauer, est Anisse, s'il faut l'entendre en ce sens qu'il ne se créerait jamais rien de nouveau

MO PROCRKS ET LA DKGADENCi:

dans la conscience et la pensée humaines, ou dans les faits qu'elles engendrent ; que les phénomènes de surface seraient seuls changeants. Ce qui est vrai, c'est la loi de l'action et de la réaction dans ra[)plication de la liberté humnine à toute conception, à toute institution. C'est donc le progrès par la liberté, ou c'est la décadence ; et cette loi, qui s'îipplique continuellement aux mille produits partiels de linitiativeet de l'imitation, dans tous les ordres d'activité où les hommes s'influencent mutuellement et produisent des œuvres communes, cette loi porte également sur les grandes phases de civilisation, de directions diverses, au cours des- (juelles les peuples naissent et périssent, comme périssent et naissent les individus dont la vie s'emploie à propager ou combattre les idées partielles, les œuvres partielles de chaque moment : la plupait pour en recevoir seulement la marque et en suivre la coutume avec plus ou moins de probité, s'y conformant, ou l'altérant en bien ou en mal quelque peu. Corrigée de son vice capital, le déterminisme, interprétée par le libre arbitre, la formule de Schopenhauer est vraie : l'œuvre de la liberté, cette loile de Pénélope, les fondations et les ruines, c'est cela qui est toujours la même chose. L'humanité ne finit jamais rien, mais monte, descend et se relève en des gestes variés, ou s'endort, selon les stations où la paix et la guerre conduisent ses membres dispersés. Elle n'a [)oint, sur la terre, une fin pour elle-même, mais seulement pour les individus dont l'éducation est à sa chariie. La discontinuité est le point essentiel à reconnaître dans la succession des phases historiques de la partie de l'humanité la plus muable. 11 y a des lois, il n'y a pas une loi de l'histoire. La liberté le veut ainsi, dont la doctrine de la continuité des phénomènes est une négation, et ce n'est pas le progrès, qui est vrai, mais la possibilité du progrès, comme de la rétrogradation, ici ou là, selon les siijets du changement, et les lieux, les nations et les hommes. On peut en juger, à chaque époque, en observant l'état des

îj<: PRoc.Ri:s i:t la dI'CAdknck

scnlimenls, des idées et des tendances, en un milieu social donné, et les rappoi'lant à des normes morales. Le jugement de Ta venir est incertain, s'il s'appliciue aux moments critiques de la vie d'une nation. S'il s'agit de savoir ce qu'on peut attendre d'un peuple, indépendamment des circonstances dans lesquelles on le supposerait placé, deux cai'actères moraux dominent toute autre considération et nous placent aux* pMes op()Osés du génie et de l'habitude, en ce (jui touciie l'étal présent des races humaines. 11 n'y a rien à dire des races inférieures, que rintii'initc'' intellectuelle et riiu-'vjiirîistance de rimaginatiun. chez l'individu, ont rendues inci\pal)les d'élever leur's infimes sociétés jusqu'à l'Etal et mémo juscpi'à la Religion, si C(^ n'est qu'elles paraissent vouiVs falahMnent à l'exploitation, — c'est le seul mot fjue rexj)érience autorise, — de la pari des races supéiieures. Mais les grands |)euples dont l'histoire remonte à l'origine des civilisations, et qui ont traversé les âges en qualité d'Etats, avec des religions, se di\ isent en deux branches d'esj)rit et de muMU's profondément opposés. Les uns, qui forment la majorité des habitants du globe, croupissent, depuis bien des siècles, dans l'étjit déchu (\nv caractérise la d(»seente d(2S scnlimfMits orii»"inaux d'où procédèrent autrefois leurs créations sociales et leurs croyances dogmatiques, aux basses superstitions et à Timmobile coutume, dans l'imjiuissance de ivgunerer leurs anciennes conceptions de la vie ou de s'en foi'mer d'autres. Leur faible rationalité' ne permet pas à leur conscience de se fixer par elle-même sur les [)rincipes du droit, et le [)0uvoir absolu d<\s chefs leur est imposé. Les progrès d'ordre matériel qui dépendent des connaissances scient ificjues et de l'activité de l'esprit leur ayant été refusi'S, les peuples du caractère opj)osé, qui ont accompli ces progrès, se sentent appelés à leur faire la loi autant qu'ils en ont la puissance, et que 1(mi rs rivalités mutuelles et l'iniiiortance des masses popuhiiresà remuer n'y mettront pas empêchement.

L'ÉTAT PRÉSENT ET LES i>RÉVISIONS POSSIDLES 207

Ces derniers sont les descendants des races libres passées du continent asiatique en Europe, et dont les classes dirigeantes ont toutes possédé, ou reçu et transmis la culture hell»-ni(pie et latine, c'est-à-dire le don des applications de la raison à la science, à l'art, à la loi et au gouvernement. Leur sentiment dominant est celui de la personnalité et de la justice, ils s'y confient dans les ordres abstraits de la pensée, et ils possèdent aussi l'activité d'esprit qui les porte à la réalisation politique de leur idéal. Mais la contradiction interne de leur nature déchue est l'infirmilé qui les arrête toujours à un certain point dans la voie du progrès et leur défend rî»|)proche des fins de la loi morale.

L'humanité semble parvenue à une époque décisive de sa carrière; elle contemple pour la première fois les hmites de son domaine collectif, prend la conscience de la possession et de 1 administration de la terre. L'emj)ire romain devait nécessaii-ement songer à la défense des frontières de l'Empire, et c'était la guerre. Au dedans, c'était la paix roniautc. Cette paix n'était elle-même qu'une illusion, l'Empire n'existant pas à proprement parler comme maître et sûr de lui-même, avec ses Césars, dont chaque succession amenait le risque et souvent les horreurs d'une <>'uerre civile et ouviait les chances entre des gouvernements de hasard. La p<>rspective n'est pas, au fond, bien difïerente quand on se re])résente un petit nombre d'empires en état de défense vis-à-vis les uns des autres, toujours à la veille d'une <>-uerre entre eux, menacés, à l'intérieur, de divisions et de scissions possibles, soit d'intérêt, soit d'ordre politique, et changés en outre du gouvernement des races assujetties, qu'ils doivent nécessairement se disputer. Les passions humaines demeurent les mêmes, le mirage de l'unité, de la fédéra-

li:taï i»rksi:nt et les prkviskkns i'Ossihles

lion universelle el de la paix perpétuelle les fait oublier. On est charmé par la vision du globe intégral, administré, exploité dans Fintérét humain unifié. On s'en remet d'ailleurs au progrès qui ne peut l\\iHir, et on compte sur les découvertes de la science. C/est une séduction de hi niison théorique, dont un vain 0[)timisme est le fruit, rénorgie pratique ne raccompagnant pas. En regard de ropCmiisme n'gnant, la nécessité de la conservation de soi se fait ^tiilir invinciblement à clia(]ue nation, et elles rivalisent d\nrdeurà se mettre sur le pied militaire anli(jue des cités où le citoyen était essentiellement le guerrier. Les mœurs public pies et privées en souffrent, parce que réduc.ilion mililaiie n'est pas ce qu elle était dans ranli([uité pour l homme libre, mais un odieux et brutal esclavage, et une école de brutalité ; et le revenu net du travail du peuple, le bien-être des hommes sont partout sacrifiés à des œuvres de destruction ou servent à les préparer.

( Hielles que puissent être l'explosion prochaine, que l'on craint, ou les atermoiements d'une situation si critique des nations armées, il est manifeste que l'équilibre instable actuel ne peut que faire place, en se rompant par la guerre, à un nouveau système d'équilibre analogue aux anciens; car de supposer (pi'un congrès général des nations trouverait cette fois la solution ferme et durable de tous les problèmes sociaux et politiques du monde actuel, c'est ce qui ne comporte aucun calcul de prol)nbilité sérieux. Le règne empiricjue éternel des guerres succédant aux traités de paix, comme les traités aux guerres, doit se prolonger aussi longtemj)s que toutes les questions ne seront pas résolues à la salisfaction de tous les peuples et de tous les partis, ou encore les hommes assez changés pour aimer mieux souffrir que recourir à la force pour se faire rendre justice. Ou bien croirait-on plus volontiers qu'un jour viendra où leuis iuoements sur les di'oits d'autrui et les leurs seront invariables et surs ?

LA personm: i:t l'hlmanite terrestre

En présence du problème des fins de l'histoire, tel (ju'il se présente aujourd'hui, le philosophe doit se transporter par la pensée à l'époque où le choc et le mélange des anciennes nations et des empires européens, les actions et les réactions des races, des langues et des religions auront conduit le monde social et politique à un certain état sur lequel on puisse asseoir un jugement plus fixe (pion ne le peut au milieu de l'anni'chie actuelle, La question est alors de savoir laquelle est la plus probable des hvpothèses à faire sur les relations mutuelles des liai ions à cette époque future et très éloignée : La résultante des intérêts, des passions et des idées sera-t-elle Tunité, avec des diversités nécessaires mais réglées par la raison, ce<pii exige aussi que la constitution de chaque Etat soit conforme à la même loi morale qui formera et maintiendra l'unité de tous ; ou bien cette résultante ne pourrat-elle être qu'empirique, et le monde ne formera-l-il jamais (jue le tout des divisions et des unités factices et variables, déterminées par (f.iutres mobiles que la raison et les affections svmj)athi(pies .' Xous excluons une troisième hypothèse, celle de l'unité obtenue et assiu'ée par la force, sous une autorité despotique ou aristocratique, parce qu'elle est contradictoire en elle-même. Des deux autres il n'y enaqu'une (pii soit compatible avec le caractère humain de l'individu. Ce caractèi'e est celui de l'homme en tout temps, dans la familK% dans le clan, dans la tribu, dans la nation et dans toute alliance de nations.

Il ne nous reste plus qu'à nous demander ce que peut être l'individu, dans cette conception indéterminée d'une humanité dont l'unité matérielle, qui est indéfinie, et l'unitc' moi'ale échappent également à nos prises. La personne y est tout, ou n'y est rien, selon qu'elle a elle-même une fin, Renouvier. — Le l'cr.s( iinalisiiio. 14

LA PERSONNE KT L'IIUM ANITÉ TKHKKSTHi:

OU qirellerren a aucune. Mais si elle n'en a aucutie, comment celle de riiumanilé terrestre conserverait-elle un intérrl ?

pour (\u\?

Llionime, Tindividu, qui de tous les temps et de tous les lieux de la terre n\a qu'un point et un niomr>nt m lui. instable et fugitif, s'il ne cruit pas à sa vie immortelle, dont sa vie présente ne serait qu'une brève aj)parilion ; Thoriune iuavant rationnellement dr l'être tle llaunanitr en v-orps, c'est-à-dire la tenant pour une pure collection, et n'attacliant pas plus d'importance à l'être individuel, ^-n ^'-nd)lable, qu'à lui-mrme cpii n'est qu'une ride vite elVacée sur l'océan de l'existence, riiomme devrait IraitcM* «rillnsion et de faiblesse d'esprit l'idéal du soi-disant amour (ju'on réclame de lui pour l'être collectif. ( Urest-elic en somme, citt(^ humanité qui, individu [)ar individu, a a se perdant dans le rien? et qu'est-ce qu'une espérance en un avenir de bonheur pour cet être sans unité réelle, ni j)ermanence eomme sujet poursoi, autpieU'individu auï'aità se sacriliiM*. C(^t idéal de félicité est une illusion l)àtiosnrune autre illusion.

C'est dans Tindividu, par la conscience, par la coimaissance etpai* l'amoui*. f[ue se rvalisiMit tout être et tout l)ien, et que peut se réaliser le bonlieur, avec les conditions moi'ales nécessaires pour y [)ai'venir. Le collectif n'est (jue par l'individu et l'association. Si nous crovons (juo l'individu, membi'o d'un coi'[)s d'iumianité réel (pii est, en principe et dans sa lin, une -;oeiété r<'elle, que ect indi\idu n'est sur la terre (prun [jassant, venant d'autre paît, et d'un lieu où il retoui'uera a|)i'ès avoir tiré de ce mondi' mallieui'eux ce (péil contient pour son instruction et son perfectionnement, si nous croyons cela, nous devons penser ce que, fl'un point de vue analog'ue, (Vi'ivait il y a dix-huit cents ans un apôtre d'une reli<^'ion nouvelle, alors occupée à rélal:)oration de son dogme :

TROISIÈME PAIITIE

L'ESCHATOLOGIE DU PERSON N A LISM E

CIIAPITUE XIX

\n: L\ UKSTAruATioN nxALi: in: la i»i<:kso.\ne

KT !)!•: LA sociirn'-:

Ce n'(\st pas seulement l'ijK'galilé dc:^ chances dans le cours de la vie, indéj)endamment desméi'ites que l'individu peut s'acqu('F-ir, c'est aussi l'inégalilé première, provenant de la loi naturelle des naissances, qui était devenue matière à scandale pour l'Israélite i)ieux, de tout temps pénétré de la croyance en Jéliovali comme auteur du bien et du mal de cliacun, depuis que les docteurs avaient commencé à discuter la question de la justice de Dieu. La légencie de l'aveuglc-né, dans l'évangile joannique, soulève la dif/iculte, et Jésus, qui ne dogmatise point, l'élude. L'Église en a enseigné, au fond, et non pas seulement dans une de ses sectes. la solution odieuse du prédéterminisme sif/jm/apsatrc. Xulle doctrine ne iiixuvi\i[ Ji/sli/icr le Créateur, si elle ne nous fait comprendre que tous les hommes puissent être punis jusUnuml dans cette vie mortelle, et punis {'(jcuemenl, en dépit des apparences. C'est le résultat atteint par notre théorie, d'après laquelle la vie actuelle de chaque personne n'est que l'une des vies que réclame le travail ('e sa reconstitution morale après La chute. Elles équivalent,

SOLUTION m PUOBLKMI-: DE LA TllLODlCKK

RKSTAURATION l)i: LA PI:RS0NNE

par reffet de leur réunion, à une vie uni(|uc, semée des accidents, des épreuves et des enseio-nemenls de toutes les sortes, dont la nature bouleversée et la société déchue peuvent composer les lots les plus divers des individus, ù raison de leurs qualités et circonstances natales. La vie terrestre et intégrale, envisa<''ée sous ce jour, est une éducation poursuivie sous toutes les conditions possil)les, en un monde où le bien est enseigné par rexpérience du mal.

L'idée morale de la punition n'est autre chos(^ que raffii*malion de cette vérité : que le mal moral engendre le mal, et se guérit en prenant conscience de sa nature, en son origine et dans ses eiïets. C'est pourquoi la j)unilion, dans Tordre universel, est inlligéi^ \)i\v un(* loi natuiclle. encore qu'émanée d'un créateur, et non par la st^nleiKc d'un juge. C'est seul(Mnent dans une société déchue, lomlamentalement vicieuse, pai' conséquent, que le !)i('n î)eut être cherché et obtenu hvpothétiquement i)ar le mal, par des peines infhgées, (pii sont des maux expressément voulus. Le principe de la loi dr craiiiU', la crainte empl(»\tc cunmie instrument de j)révention du d(''lil, n'est autre chose qu(^ le mal préparé et organisé pour la [)unition de l'autre mal qui est le délit. En vertu de cette loi, Thomme élevé dans une lamiUe, gouverné par une coulume. enchauK' dans une société de contrainte, dans un l^tat, est destiné à s'instruire des nécessités, des périls et des [)eines de vr inonde de privations et de devoirs, où il renaît après la chute du mondt; i\c liberté, et à [)Oursuivre, à travers mille (Mid)ùches, ce ([ui se [)eut trouvei' dans l'amour de joies et de douleurs.

La théoloti'ie du christianisme a rendu la doctrine de la solidarité du mal moral odieuse en donnant une confirmation de théorie à l'injustice apparente du tait irrécusable. Le dogme du jugement dernier est lui-même inadmissible en sa si.uplicité. en cette vue eschatologique (trop naïvement am iidée par la liclion d'un purtjaluirc où l'épreuve

d'une vie terrestre unique est mise en correspondance avec la perfection de la personne primitive et finale. Au pomt de vue physiologique de limmortalité, toute théorie est sujette à la difficulté créée par la superfiuité des germes, en grande partie voués à la destruction, là où la conservation et la destinée garantie d'une seule monade suffirait, comme sutlit la snhslancr spirituelle dans la commune imagination de Vinnuorlalitr de lame. Et comment expliquer l'existence, outre celle des germes non fécondés, de cette multitude d'avortons physiques ou moraux, et d'individus tellement misérables, ou sacrifiés dès l'enfance, que leur vie ne saurait être raisonnablement chargée d'aucune responsabilité personnelle, ni compter [)our une épreuve au regai'd d'une vie future à gagner ou à perdre sous le poids comnum du vice de l'espèce ?

Dans notre hyi)othèse de la pluralité des individus afférents à une personnalité identique en son premier et dernier fondement, appelés à reconstituer l'unité de cette personne après avoir été solidaiûsés avec leurs semblables, à travers toutes les conditions et sous toutes les infiuences, clKupie vie partielU^ de la même personne entre comme coelficient dans cette reconstitution finale, selon la nature et l'importance des épreuves subies et de l'enseignement api)ort(''. S'il en est, de ces vies, (lui peuvent être comptées pour nulles dans le résultat, ce ne sont, d'après l'hypothèse, que des puissances mortes, des éléments germinatifs en nond)re indéterminé, demeurés à l'état potentiel sans déti'iment i)our la personne à lacpielle ils se rapportent.

De même que, pour rendre accessible à l'imagination la reviviscence de la personne primitive en des individus temporairement séparés de son essence unique, il a fallu,

HHSTAURATION DK LA PERSONNE

dans riiypothèse, supposer des éléments germinalifs niiillij)les qui restent, par leur origine et pour hur (in dernière, organiquement attachés à cette personne ; de même, il faudrait maintenant, semble-t-il, pour la période du F'(^tour, imaginer cpic les individus terreblru» laissent aj)rès liuir mort des résidus indécomposables de leurs organismes, corps infinitésimaux, aptes à reconstituer par leurs assemblages l'organisme de la personne finiile. Mais Timaginalion, d'ordinaire employée à faciliter TefTort de la conception, trouve trop difTicile, en ce cas, la tache (pfon lui demanderait, |)arce que la fonction imaginative a coutume de s'appuyer sur Texpérience. et non de la précéder ; nous devons donc regarder à la nature de n(>tre conception, et réfléchir à Tétat de clioses où nous puisons le droit de créer des relations poui* satisfaire les besoins supérieurs de notre esprit.

Nous n'avons ni l'explication, ni la moindre intelligence des moyens par lesquels il se fait que d'un nombre immense d'organes élémentaires, harmoniquement unis pour en constituer de plus complexes et de fortement centralisés, qui, à leur tour, synthétisent leurs fonctions pour correspondre à la fonction d'une conscience, — alors que, si nulle conscience n'existait, nuls corps non plus ne pourraient être représentés dans l'existence ; — que d'un tel agencement, disons-nous, dont toute raison nous échaj)|)e, et dont nous ne comprenons que les lins, il résulte un corps humain et un esprit humain, les choses du monde les j)lus faciles à imaginer parce que nous en tenons les idées de l'expérience. Rien donc n'est si simple pour la pure intelligence qu'une hypothèse dont l'objet est de lui soumettre la possibilité d'une comi)inaison du môme genre, (|ui sei'ait oi)tenue par des moyens de la même nature, pour atteindre un l'ésultat semblable, (juoique supérieur. Cc:^ combinaisons ne sont jamais, pour unemonadologie, que des composés de monades, et la loi des composés de monades, du petit au

Vicies Dl<: LA DOCTRINE DU JU3KMENT DERNIER 215

o-rand, est l'harmonie préétablie, uniiiue expression intelligible des causes physiques.

L ne durée comparable à celle du système actuel de la nature n^est sans doute pas exigée pour la période pendant laquelle doivent se constituer les organismes synthétiques destinés à unir les mémoires des individus dont les vies auront composé les carrières terrestres des personnes déchues. On conçoit cependant qu'une révolution cosmique doit être nécessaire pour apporter les moyens de la nouvelle distribution des organismes. Notre hypothèse générale sur l'état des forces naturelles dans le monde primitif, état qui doit être restauré pour le règne des fins, et rendre à l'homme sa puissance sur la nature, exige de son coté l'(^ntièrc transformation du système solaire et une distribulion harmonique de la pesanteur et des actions vibratoires, qui doivent être placées sous le gouvernement de la volonté

Les vues cjui ont été proposées de notre temps sur un progrès de l'humanité cpii, indépendant de tout changement dans les conditions piiysiques du gloi)e cl dans le caractère humain, gratifiei'ait l'homme de l'empire sur les éléments et lui assurerait la paix dans la justice et le bonheur, sont contredites par le spectacle de l'univers. La constitution des choses et celle des passions et des caractères sont visiblement vicieuses. Elle doivent clianger, ou la douleur n'aura pas de fin. Les espérances des utopistes trrrirns sont celles d'hommes non pas qui, dans l'ardeur du sentiment portent trop haut leurs espérances, mais bien qui n'atteignent pas à la profondeur de sentiment voulue pour y trouver la source du concept de la vraie vie, dans sa perfection et dans sa plénitude.

II y a donc quelque chose de plus à supposer que d'mcertàines phases d'existence sur d'autres globes après

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