‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 93 sur 211 · RÉALISATION DK LA JUSTICE · texte numérisé non relu

RÉALISATION DK LA JUSTICE

Ainsi, au cours du rrtablissomt'nl de la socirir univcr-sellc de CCS hommes immortels, quels qu(» soient les modes. actuellem<'nt imprévoyables, de leur naissance et de leur intégration organi(|ue, en harmonie avec les lois du m<»ndo parfait, ils viendront au jour pour se recoimaître en retrouvant la mémoire de leurs vies passées, de leurs irhitions, des événements, et de l'histoin^ de la Terre et des Trrriens, tous ceux (jui ont été liés par lo sang. Tamitié. hs idées et crovances communes, ou contraires, la paix ou la guerre. Cette révélation j)ar le souvenir et celte reconnaissance sont l'entrée du rlrl, avec la contemplation dvs beautés des nourpini.r rirux et de la iioiivcllr tm-c, avec la libre expansion de la vie, le sur maniement des lorcr^ dont les hommes n'avairnt possédé depuis la chute (pi une connaissance superficit'lle. ru partie douloureusement acquise, et Fusage toujours restreint et pénible. Voilà le ciel physique, mais le ciel du cœur est au-dessus : nous sommes moins capables d'en prendre directement l'idée que d'en approcher le sentiment par voie de contraste, en songeant aux amours aveugles, inconstantes ou troublées dont l'antagonisme des sexes et Tanarchic di^s relati;)ns sexuelles sont la cause en wiAvv monde, et à nos vagues désirs, à nos volontés ignorantes, à nos fins manipiées, ou cpic toujours tranche la mort, à l'impuissance de la personne mort«'lle de régir pour le bien son entourage et ses relations, et enliii, c<' qui est le fond de tout, de se régir elle-même et de se satisfaire.

Le résultat de ses vies terrestres, pour cette personne Immaine, la préparation qu'elle en aura reçue pour la vie dans le monde des fins, n'est autre chose que cette connaissance du bien et du mal dont l'écrivain bibllcpie a eu sans doute le sentiment, par opposition à l'idéal de l'innocence

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qu'il croyait être le Ixudieur. Cette connaissance, S(*lon notre hvpothèse, ce sera l'expérience multiple acquise par chacun de ceux qui, tous, ont, sur la terre, souffert et fait soullVir. Us recoimaîtront. grâce à elle, qu(^ la victime et h' l}()}irreau sont le même homme, ainsi ([ue nous l'a dit Sciiopenliauer : non pas, comme le pensait ce philosophe^ (jue toutes les personnes ne soient (pf uni» seule volonté, une conscience imiipie, dont Tillusion S(»rait le monde ; mais parce (pie chac[ue personne a été fatalement tour à tour le bourreau et la victime. Us comprendnmt qu'il n\a j)u en être autrement, dans ce monde qu'ils ont fait, et dont ils sont responsables, où la loi de solidarité fait de la r(»cherclu> du bien de l'un, à travers le mal de Tautre, une œuvn^ nécessî\irement néfaste pour le bien commun, ri vaine pour chacun. Car il se condamne, par son injustice, au partage de la douleur, nécessairement multiphée par les réactions passionnelles dont cinupie injustice individuelle est la source, et dont la forme de la société déchue dépend. L'établissement de Tordre civil, avec la loi de contrainte, en est la suite inévitable. La conviction de la loi morale sous cet asp(H't pratique doit s'inscrire ineffaeablement dans la conscience de riiomme que nous su[)posons av(»ir traversé les vies d'é[)reuve et connu toutes les péripéties d(^ la vie individuelle et de l'histoire des nations. Il pourra désormais acconqdir le d(»voir sans Topposer à la passion, et goûter le b(»nheur, sans que l'attrait puisse devenir pour lui un principe de déchéance. U sera l'agent de la loi de Dieu, comme ce ^lessii^ u assis à sa droite », que les Prophètes ont imaginé, par qui et pour qui le monde a été créé, et qui devait le gouverner à la fin des jours. Seulement ce Messie est Thumanité elle-même (^n sa multiplicité des personnes, à la fois, et son unité de volonté.

Le nom de la loi de Dieu est la justice. Elle fut donnée à la société initiale, cette loi, comme la forme du gouvernement de riiomme et du m jndc^ par Thomme (autonomie,

ri:alisation de la justici:

eosmonomic) ; elleaété pi^rduc parrinjuslicc des hommes; elle est prédestinée pour* le n^l<»nr des hommes sous l'autonomie de leur consLitulion primitive, à 1 issue du monde de la chute. Ce dernier, le nôtre, est le monde de la guerre universel!*', du sentiment du l)ien et de Timpuissance du bien, de For'dre incohérent dos forces jï-énératriées, et de leurs d('veloppements impju'l'nits sous Tompiro de la mort. Notre Monadologie^ avait {)Our sujet, cij)rès la définition de Tétr-e et du monde, après la création du monde comme pariait, l'explication du rapport de la perfection à la chute, delà chute à la perfection retrouvée et confii'mée. C'était riiisloire de la monade supérieure, de la monade humaine, à conduire juscpTà sa fin providentielle ; le drame de l'humanité à rattacher à riiistoirc de la nature ; et c'était la démonstration de la justice de Dieu pai* l'exposition d'un plan qui pût concilier la l)onté et la beauté de l'univers avec rint(dligence et la liberté de la personne, sujet de toute connaissance, fin de toute spéculation.

\. Ce passage est extrait de la Nouvelle monadolofjie par Cli. Reii(iU\ ier et L. Prat (libr. Annaiid Colin IsyO), ouvrage aïKjuei fious [irions le lecteur de se reporter pour le dé\ elo[)penient de celles de nos vues qui concernent spécialement les parties morales du problème de la tliéodicée, et. en général, la métaphysiciue et la psycluilogie du monadisme. Il y trouvera une théorie dilTérenle de celle (pie nous exposons ici sur la relation générale des vies humaines terrestres avec le corps souffrant de riiumanité, d'un coté, avec Ihumanité futuri', ou restauiée. de l'autre, et sur la conservation et la destinée des germes dont la puissance de développement assuri» la permaneiu'e des [)ersonnes à travers les âges de la création. On voudra bien considérer (pie celte importante variante de notre hypothèse nest pas pour nous une contradiction. Nous ne dogmatisons |)as: nous cherchons à comprendre. Notre objet réel, dans l'audace de nos conjectures, est de mettre en lunu-rc de hautes possibilités ; la portée de nos argumeids. serait de fandliariser le lecteur avec cette conclusion : tpie la véiilable explication du monde, si elle n'est celle que nous proposons, pourrait l)ieïi en être uni^ autre, moralement j)eu dilTérente, ou cjuil faut chercher dans le même* esprit. Nous mettons notre hypothèse sous la protection d'une pensée, éminemment i)hilosophi(pie et lihénde, exprimée par Platon en son Timve, qui nous ouvre l'intelligence du dessein ([u'il avait en l'écrivant, et qui (^st la clé de sa méthode en (pielques autres parties de ses ouvrages. C'est celle qui sert d'épigraphe au nôtre ; nous y revenons pour le conclure.

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