‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 96 sur 211 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

STR LA PERCEPTrOX EXTERNE

ET sni LA FORCE

CIIAPiTUE IMIKMIEK

LA l'KKCI-PTlUN E\TI'!î\E DANS LES DOGTUIXES

DU XVIL^ SIÈCLE

La critique de la nolioii dofnrce et Tanah se de la fonction mentale désignée sous le nom de percep/ ion externe soni des questions étroitement liées, parce qu'elles dépendent Tune et Tauti'o de rinterj)rétation donnée au principe de causalit(', et (jue Fexemple capital de Faction des causes se trouve dans la communication du mouvement, avant tout dans Faction motrice de la volonté sur les organes, et dans Faction que, réciproquement, les organes, mus extérieurement, exercent sur les modes divers de la pensée.

Cette douljle action a été nommée par les philosoplies du \\\f siècle la coniinnnkalion des subsianccs, parce que la métliode de Descartes établissait entre l'esprit, d'une part,

— entendre, vouloir-, imaginer, sentir, — et le corps, d'une autre part, — chose étendue, divisible, figurée et mobile,

— une division, une séparation de nature, en termes tels, (pi'il ne ^e pouvait trouver nulle manière de concevoir connnent les modifications de l'une de ces substances seraient les causes des modifications de Fautre, et réci-

ÉTLDi: SrR LA PERCEPTION 1:T EA FORCE

proqiicmcnt. De là vint rhypolhèse des causes occasionnelU's. Dieu étant regardé comme la cause éminenle de toutes choses, on pensa que, par son action de créateur, par l'acte d'une création incessamment continuée, Dieu opérait dans l'ordre des corps, dans Tétendue, les changements correspondant aux pensées et aux vouloirs que nous avons à leur sujet, et, dans nos âmes, les modes de sentir et de connaître (jui s'y doivent produire à l'occasion des mouvements des corps.

Partis de cette conception générale, Malel)ranche et Leibniz, en deux doctrines ditîérentes d'ailleurs, repoi'lèrent en Dieu toute la causalité de la nature. Malebranche, pour sa doctrine, adecta la forme, quelcpie peu bizaire, de Toccasionalisme. Leibniz découvrit, pour la sienne, le système rationnel du parallélisme des deux ordres de mochtications, et le sul)stitua à rininlelligible imagination vulgaire des actions réciproques de deux substances (jui pai* définition n'ont rien de commun. Spinoza définit Dieu par ridée d'une nature naturante, éternelle et nécessaire en ses modifications infinies, cpii ne Taltèrent point en elle-mùme, et qui se distribuent en elle suivant deux lignes jKirallèles, dont Tune est un développement des modes de la p(Misée, et l'autre un développement des modes de l'étenduts sans que les causes des rapports et des successions des choses prennent jamais un autre sens (pie celui de rindéleclible loi des liaisons nécessaires, c'est-à-dire prédéter*minées de de chaque coté.

Xous pouvons dire, sans nous éloigner de la plus parfaite exactitude, que cette philosophie dogmati(pie du xvii'' siècle s'est arrêtée, chez ses grands rej)résentaiits, (hins les termes d'une formelle négation de ce qu'on a nommé la fcrccpllon cxlcnie, toutes les fois que, depuis ce temps, on s'est posé la question de savoir comment l'homme prend connaissance des choses extérieures, et comment il peut obtenir la certitude de leur existence.

LA i»i:rception externe au XVlf Sn-GLE

Et nous ajouterons que non seulement la perception était, selon ces philoso[)hes, suggérée à l'esprit, sans que l'esprit subit une action réelle de la part des phénomènes extérieurs, mais encore que ceux des penseurs qui s'attachaient au souverain principe delà méthode de Descaries, dans l'explication du Cot/ifo crt/o stfm, professaient que l'existence de resj)rit, immédiatement témoignée à soi, n'implicpiait point l'existence réelle de la sul)stance de l'étendue.

Malebranche n'était empêché que par un scrupule d'interprétation de la Bible de réduire, en sa doctrine, nos perceptions de l'ordre de l'étendue à la connaissance des rap- |)orts de cet ordre, laquelle nous est donnée par la vision de Vr/f'fu/ue nifcUif/ihle en Dieu. Et il ne serait peut-être pas facile de découvrir ce qui se trouverait changé réellement dans VKt/ii(/f/c, si Spinoza avait déclaré que les modes de l'atttribut divin de VK/c/tf far composent un simple système de formes représentatives, adaptées terme à terme, en la double série de la substance développée, aux modes de l'attribut divin de la Prnsce, pour leur servir d'objets et (h} signes; et que c'est en cela seulement que leur réalité consiste, ajustée aux sensations de l'àme.

Enfin le génie de Leibniz envisagea les modes de la Pr/isre, non dans la nature du Dieu sans conscience de Spinoza, mais dans la création, œuvre d'un Dieu conscient. Elargissant en une mesure immense l'étroit parallélisme de deux substances, ou de deux attributs, jusqu'à l'harmonie d'une infinité de substances, les monades, il définit les perceptions de ces êtres delà nature comme leurs modifications propres, spontanées, toutes déterminées, par institution divine, en raison les unes des autres, en toutes choses et dans tous les temps, sans aucune action transitive du dehors au dedans de chacune. Leibniz dut en conséquence regarder les |)erceptions de rapports dans l'étendue comme des modes de penser réellement internes, externes comme fonctions représentatives seulement.

KTi'Di: SUR LA Pi:ac!:PTioN i:t la forcl

cil A PI TU K II

LA PLlîCrJ'TlON rA'TEUXb: cii!:z Lor.KK KT CIIKZ CONhlLLAi^:

Si Locke eût j)0ssédé de la philosophie du Conlinenl une connaissanc»^ autre que sommaire et inexacte, son Essri' sur n'nlviiilcnirnl , (jiii marqua le début de la|)sycliologie emj)ii-i(|ue, nous ferait Teiï't d'un sinL;'uHer recul sur les principes de [)hilosophic première de Tccole cartésienne : singulier, et inexplicable, parce que Tauteur n'appoi'ta aucune vraie raison pour les réfuter, non plus qu'aucune thèse [)Ositive pour les rem[)lacer. Il paila de lame sans la mieux définir en elle-même (jue pai* un ctu-aclère né^-atif, après quoi il ne laissa pas de lui l'apporter des fonctions détermin(''es.

« Suppu.^ons qu'au commencement Tame est ce qu'on appelle une /('/^^ ^'rtv^, vide de tous caractères, sansaucune idée quell'^ qu'elle soit. Comment vient-elle à recevoir les idées?... iJoù puise-t-elle tous ces matéi'iaux qui sont comme le fond de tous sv'.s' i*aisoimements et de toutes ses connaissances. A cela je réponds en un moi : L)e l'expérience... Les ol)servations (pie noici faisons sur* les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de 7}otrc ômr, que nous apercevons et sur lescpielles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses jtensres. Ce sont là les deux sources d'oi^i découlent toutes les id(''t^s (pie nous .avons ou que nous pouvons avoir naturellement ^^lissui, 1. Il, ch. i). Nos observations sur les objets sensibles, les opérations de noire àme, lioire aperceplion de ce:> opérations, enfin nos réflexions, ne peuvent être que des fonctions de cette môme àme, table rase j)Ourtant avant qu'elle fonctionne, et ce sont ces fonctions qui fournissent Aa^ matériaux à

LA i>1::kci:ption cin:z locke i:t condillag

rcvsprit, — à l'àme encore, apparemment, — pour ses |)ens('es, pour ses idées. Ce petit galimatias logique est oiïert, pour la position de la question de Vorif/i/fr des ir/reSy au lecteur qui voudi'ait savoir ce que l'auteur entend par Vf/mr, Vesjfrit, ou le mol, sujet de ces idées. Xi dans l'hypotlu'se où ce sujet serait d'une nature spéciale, ni dans civile, — qu'on s:iit que Locke ne rejetait pas a /wiori — où ce sujet serai! une matière douée par Dieu de la propriété de penser, on ne saurait comprendre qu'étant tuhle rase^ elle i)uisse (( aussitôt qu'elle rer-oit des id(''es par les sens, à son gn' les réj)éler, les composer, les unir ensemble avec une variét('' infinie, et en faire toutes sortes de notions comi)lexes ». Ce seraient des tablettes qui travailleraient d'elles-mêmes sur les notes éparses que certains agents y viendraient graver du dehors, et qui en feraient de savants

ouvrages.

Mais de qui est le fond de cette critique? De Condillac^ A l'en croire, « si Locke eut pu prendre sur lui de recommencer son ouvrage, on a lieu de conjecturer qu'il eût beaucoup mieux développé les ressorts de l'entendement humain. Pour ne l'avoir pas fait, il a passé trop légèrement sur roriirine de nos connaissances ».

Afin donc de ne point s'exposer au même reproche, celui d'avoir supposé Ydiur et le moi sans les définir, et de leur avoir prêté d'inex[)lical)les opérations sans le pouvoir de les l'aire, Condillac imagina de remplacer cet incapable agent de transformation des phénomènes, par les phénomèn(\s eux-mêmes, par les sensations, chargées de se transfornuH* elles-mêmes et de s'élever, passant spontanément de forme en forme, à l'état accompli de cet agent qu'on cherche, qui sait à la fin ce qu'il fait. Prenant donc le sentiment le plus ('élémentaire, qui a pour objet la plus pure des impressions {\ç< sens, soit une sim{)le odeur, pour servir de matière première à la constitution d'une stalue sensible,

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