‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 97 sur 211 · LA IMORCEPTION CHEZ LOCKE ET CONDILLAC · texte numérisé non relu

LA IMORCEPTION CHEZ LOCKE ET CONDILLAC

destinée à devenir un homme pensant, — notons bien qu'il n'est point ici question d'un corps avec des or<^anes,

ce psychologue transporte sa donnée : une faculté de

sentir à l'état naissant, d'une sensation à une autre, rapproche les sensations, raisonne sur les rappr'ochements, use, pour cela faire, des ressources acquises d'un (Urc déjà pensant, et même fort sul)til, et conclut que « le jugement, la réflexion, les passions, toutes les opérations de l'a me ne sont que la sensation même qui se transforme différemment ». 11 lui faut donc, à lui aussi, n?ie dnie, et qui opère; seulement la nature de Tâme est al)sorbée dans la génération de l'Ame, et cette génération est une sorte d'évolution de la sensation.

Locke, suivant sa méthode, qui ne fait point descendre la critique de la connaissance jusqu'au fondement, n'avait pas à mettre en problème la perception externe. Il n'entendait pas dépasser le point de vue de l'expérience, pour laquelle l'objet s'offre comme extérieur : ce serait douter, dit-il,de la vérité des perceptions que Dieu nous fait donner par les corps î et il déclarait ignorer néanmoins ce que c'est que le corps, son étendue, sa cohésion et comment la pensée peut le mouvoir [Essai, II, 1), :>3, 32). Mais Gondillac, partant de la sensation [)ure, unique organe de la genèse mentale, doit mettre en question la réalité propre de l'objet : « D'un coté, nos connaissances viennent des sens; de l'autre, nos sensations ne sont que nos manières d'être; comment donc pouvons-nous voir des objets hors de nous? En efîet, il semble que nous ne devrions voir que notre âme modifiée différemment ». — Mais il semble, au contraire, que c'est /tors de nous seulement que nous pouvons voir! Comment verrions-nous notre ame, et qu'elle est modifiée? Malebranche, ce grand spirituahsle, avouait luimême que nous ne la connaissons pas.

« Je ne connais point de philosophe (jui ait résolu ce problème », ajoute Gondillac, — le problème de la percep-

tion externe. — « Aucun n'en a fait la tentative. M. d'Alembert est le premier qui l'ait proposé. » Gondillac écrit ces mots plus (le quarante ans après la publication des Duilof/ffes dUt/las r/ de Philono'ùs^ cinq ans après qu'en a été donnée une traduction française, dix-huit ans après la publication du Traité de la nature huntaine delJume! Et il croit pouvoir sans peine résoudre le problème qui embarrasse d'Alembert^ Toutes les sensations réunies, sans le toucher, ne lui paraissent pas, il est vrai, forcer l'homme i\ sortir de lui-inrnie, mais la sensation de solidité, suite du mouvement et du toucher, produit ce phénomène : « Forcés par le sentiment de solidité à rapporter nos sensations au dehors, nous produisons le phénomène de l'espace et des corps. »

Les termes singulièrement idéahstcs de cette affirmation n'empêchent j)as que l'intention évidente de Gondillac ne soit de fournir la preuve de l'étendue réelle et de la solidité de l'objet du toucher. Mais en développant sa thèse, dans le Traité des sensations, en prétendant tirer de l'analyse des jugements liés à l'expérience des contacts d u corps de la statue par ce corps lui-même, et de ce corps par d'autres corps, les perceptions de résistance, de dureté et de grandeui", et obtenir ainsi la distinction qui, pour la première fois, fait dire à la statue : Cest moi, Gondillac ne prévoit pas une diiïiculté : c'est que les sensations formellement attachées à ces contacts n'ont aucune ressemblance avec les j)ro|)riétés qu'on a coutume de définir comme extérieurement perçues. Un philosophe, partisan lui-même de l'existence du sujet en soi de ces propriétés, mais qui avait été disciple de Berkeley, Thomas Reid devait bientôt faire cette importante remarque, et réduire le rôle des sensations proprement dites à servir de signes pour la connaissance réelle qui est en question.

1. Ej'Irail raisonne du Lva'dé des sensations (ApiJCMidice du Traité des animaux', 17ù5).

KTL'DE SUR LA IM-RCKPTION KT LA FOUCIC

Outre la drmonstration de lexistence du sujet matériel, Gondillne orovait trouver, dans le développemeul de celles des idées qui sontorig'inaires du toucher, le commencement de la rr/lr.rin/f chez la slnhi(\ tandis (jue Texercicc des autres sens iiain*ail pu, selon lui, la conduire {dus loin que la simple (iNrtt/i<ut. Mais la rrflr.rton ne |)eut pas naître de la seule pp'^^ence de rohiet sur Icqind il \ a p()-;sil)ilité de réflécliir, non j)lus, d'ailleurs que ne le [)eul Viil Icnlum , du fait qu'il v a quelque cliose à quoi la pensée pourrait se tenir ap[)h»iuée, s'il n'existe pas, corrélativement, une puissance doimée de réaliser les |)hénoménes que ces mots désio;nent. Nous pouvons, àc:^ le déljut, coup(u* court à ranalvse des sensations de la stafHc : c'est au moment OÙ, après la i)remière sensation, suit une odeur, naît la mémoii-e. « L'odeur quelle sent Ja sfaluc ne lui échappe pas entièrement aussilùt que le corps odorileranl cesse d'auir sur son oru'ane. L'attention qu'elle lui n donnée la l'etient encore, et il en reste une impression plus ou moins Forte, suivant que l'attention a été plus ou moins vive. Voilà la nH''ttii)irr. Lorscpie noirr slalKc rs/ mir itnnvclli' ()<h'fn\ elle a (loin* encore pnVsente rrllc (nfvilr n vlr le moment précédent. Sa capacité de sentir se partai»(; entre la mémoire et l'odorat, et la j^remière de ces facultés est attentive à la sensation passée, tandis cpie la seconde est attentive à la sensation présente. )> (^ondillac ne [ai/ /tas altcutioti que l'attention suppose la nn'moii'e el ne saurait servir à l'expliquer.

La conscience elle-même, à vrai dir(\ est déj:i mtc /nnnntre enfermant la suite des pensées et de leui's rapports représentés sous la loi du temps ; car que serait-(4le, réduite à l'instant |)résent d une représentation invariable? C'est à quoi ne son^-ent pas assez les auteurs de liiéories de la mémoire. Aristote, le jiiemier de tous, paraît ne s'en être pas rendu compte. Aussi, l'intérêt du système de Condillac ressort-il surtout de son par*ti [)ris de tenir la

LA PI:RC1:PTI0N CIIKZ LOCKI- et condillac 23:i

roN^cicNCC hors d'emploi dans la suite des transformations de In ^on^ation, aux(iuell(vs il donne pour fin de constituer /« nmsru'jirr. Un cercle vicieux continuel lui est imposé par cette méthode, la même au fond que t(jutes les écoles empiristes uni été obligées de suivre, en diiîérentes manières, pour composer des synthèses d'idées, — Técole associationiste, par exemple, — parce qu'il n'y a que l'intellioence qui puisse explicpier l'intelligence, ce qui fait qu'elle ne s'explicpic pas réellement. Condillac achève la description de sa statue [)ourvue de tous ses dons, en ces termes : (c O^ moi qui prend de la couleur à mes yeux, de la soliditr sous mes mains, se connaît-il mieux pour regarder aujourd'hui conmic h lui toutes les parties de ce corps auxquelles il s'inléress(^ et dans lesquelles il croit exister. Je sais qu'elles sont à moi, sans pouvoir le comprendre : je me vois, je me touche, en un mot, je me sens, mais je ne sens pas ce que je suis, (^t si j'ai cru être son, saveur, couleur, od(^ur, actuellement je ne sais plus ce que je dois

me croire. »

La statue n'est pas plus assurée de ce que sont les oi)jets qui se sont découverts, croit-elle, à sa perception externe, mais elle s'en contente et se dit satisfaite : « Vn corps (iu'elle touche n'est à son égard qifr les percrptiom de (jrandrur, de dmr/r, de soUdilr. tiurlle jtKje rêniiies ; c'est là tout ce que le tact lui découvre, et elle n'a pas besoin pour former \m pareil jugement de donner à ces qualités un sujet, un soutien, ou, comme parlent les philosophes, un substrat um. // //// suf/U dr les sen/ir ensemble. » Et ailleui-s : « Lorsque elle a le sentiment du loucher, qu'aj)ercoit-elle, si ce n'est encore ses propres modifications : Le toucher n'est donc pas plus croyable que les autres sens; et puiscpie on reconnaît que les sons, les saveurs, les odeurs et les couleurs n'existent pas dans les objets, il se pourrait que l'étendue n'y existât pas davantage... La dépendance où elle est des objets auxquels elle

KTL'DK SUR LA Pi:ilCi:i»TION KT LA FOKCi:

est obligve de rapporter les qualitrs sensibles ne lui permet pas de douter qu'il existe des elres hors d'elle. Mais quelle est la nature de ces êtres ? Elle rignore, et nous rignorons nous-mêmes. Tout ce que nous savons, c'est que nous les appelons c(>/yv.N. »

Le dernier mot de Condilhic est que « nous n'a[)ercevons rétendue que dans nos j)ropres modifications », mais (juc « n'y eût-il j)oint d'étendue » tout ce (ju'on pourrait et devrait en conclure, c'est que « les corps sont dc^^ êtres qui occasionnent en nous des sensations et qui ont des propriétés sur lesquelles nous ne saurions rien assurer » '.

Cette conclusion est, a[)rrs tout, Fondamentalement réaliste et bien faite pour ôter toute valeur à des traits de ce philosophe, souvent cités comme idéalistes, et d'apparence paradoxale. Beaucoup de matérialistes l'accepteraient, n'était le doute, mais ce n'est qu'un doute, exj)rimé sur la réalité d'un sujet de l'étendue en soi, et du mouvement, par conséquent. L'impuissance de Gondillac, d'un côté, à définir ce (|u'il faut entendre |)ar cette àme dont il ne cesse de ])arler; son échec, de l'autre, en l'entreprise de faire passer une évolution de la sensation pour l'équivalent de ce qui s'appelle une substance dans les écoles, n'ont pas permis à sa [)sychologie d'atteindre le caractère sérieux d'un empirisme idéaliste, que devait revêtir l'associalionisme des disciples de Hume. Les condillaciens h/ro/or/ifcs durent verser dans la physiologie, et demander à cette science un sujet d'inhérence des phénomènes (jue leur refusait un scnsalionisme dépourvu d uspril scientifique.

i. Traifé des sensations. i>o partir, cliap. mi: l-^ i>:irli(\ rUu\). v .«f cha|). viii ; note tlii cliap. \.

LA PERGLPTION GIIKZ DLSTUÏT DE TRACY

CIIAIMTIIK 111

LA PLKCLPTION IvXTEl^NL Clli:/ DESTUTT DE TliAGV

Destutt de Tracy ne sortit pas cependant du terrain de la psvchologie pour essayer de démontrer l'existence de ce monde externe, étranger à l'intelligence, que la physiologie doime pour sujet à la pensée; et sa tentative est très digne de considération, parce que la méthode en est demenn'e le fond de toutes les démonstrations prétendues du sujet en soi de l'étendue et du mouvement, et aussi parce que cette méthode présuppose l'existence du pouvoir de la volonté, appelée à s'exercer pour la prise de connaissance de cet autre sujet, la matière, qui lui est opposé. Mais le rôle de la volonté a son importance diminuée, dans ces démonstrations, leurs auteurs, Maine de Biran excepté (en sa seconde manière), étant déterministes.

Après avoir déduit les raisons que des penseurs, de grands hommes, dit-il, ont pu avoir de mettre en doute l'existence des corps, Destutt de Tracy déclare que, suivant lui, c'est seulement à Faidr de la facullc de vouloir que nous pouvons nous rendre compte de cette existence.

Nous devons ici relever, pour n'avoir pas à y revenir, une équivoque qui règne presque toujours dans les débats sur ce qu'on appelle l'existence des corps. Il s'agit du corps briif, l'éalisation, comme sujet en soi, du sujet abstrait de la géométrie et de la mécanique ; et il ne faut pas en confondre la question avec celle des corps, nos réels objets dans un monde extérieur, en un sens où Berkelev les a également niés, il est vrai, mais qu'accepte toute doctrine nionadiste dans laquelle on n'admet pas l'existence sans la conscience.

« Lorsque je me meus, dit Destutt de Tracy, et que je

ÉTUD1<: SLR LA PKRCF.PTION KT LA FORCE

perçois une sensation en me mouvant, et que j'éprouve en même temps le désir de percevoir encore cette sensation, si mon mouvement s'arrête, mon désir subsistant toujours, je ne puis méconnaître cpie ce n'est pas là un efTet de ma seule vertu sentante; cela impliquerait... Quand j aurai fréquemment épi'ouvé que très souvent cette sensation se piolonge autant que je veux, et que, dans d'autres cas, elle cesse subitement, en tout ou en partie, malgré moi, il est impossible (jue je ne vienne pas à souj)çonner (jftp cr (lernirr f'ffCt a xf'f causi\ et fi faire dr rrllr i tiusp tm rtrr tjiti n'i'si pas moi. » Je peux bien ne pas distinguer, dans rignorance où je me suppose, si mon mouvement est arrêté [)ar la faute de mes organes, ou par 1 opposition d'un corps étranger ; « mais, dans les deux cas, je porte un jugement également juste en sentant (jue la cessation de ma sensation est TelVet d'un être diiïér'ent de ma volonté ».

Le moi possède donc la notion de cause, rien ne saurait s'accorder mieux avec la supposition de la volonté, et nous sonnnes avec Tracv, on le voit, dans les termes du Cofjilu cartésien, à cela [)rès que le désir locomoteur remplace le désir qu'a la Pensée chez Descartes, de s'assurer de sa propre existence, dont elle a l'idée; mais quelle idée positive l'agent volontaire, selon Trncy, peutil [)ren(lre du })liénomène externe qui s'oppose à son phénomène interne ? Ce philosophe avait soutenu, (huis un premier écrit, « que notre volonté ne peut naître tant que nous ne connaissons pas l'existence des corps ». ReviMiant de cette première opinion, il admit qu' « il n'v a |)as sentiment de résistance proprement dite, quand il n'y a pas auparavant sentiment de volonté », mais que « le sentiment de quelque chose qui résiste à une action que nous voulons nous prouve invinciblement la réalité d'une autre existence que celle de notre vertu sentante; que nous savons donc avec ceititude qu'il y a des corps, et que la première

LA PLRCLPTION ClILZ DKSTUTT DE TRAGY

proj)riété que nous leur connaissons est la force à^incrlir ». Et plus loin : « Quand un être organisé de manière à vouloir et à agir sent en lui une volonté et une action, et en môme temi)s une ri- sis faner à cette action voulue et sentie, il est assuré de son existence et de celle de quelque chose qui n'est [)as lui. »

Xe nous arrêtons pas à Tallusion faite ici à V organisation du sujet de la volonté; elle est illogique, [)uisque l'existence du corps organisé est nécessairement en question, avec celle du corps en général; mais reprenons plus sévèrement l'aniilyse des faits donnés pour preuve de cette dernière. Il v a trois points de vue à examiner :

1'' Le point vue de l'agent volontaire, en lui-même, dans sa condilion la plus stricte, sans aucun rapport à autrui : il sait positivement, cet agent, que quelque ehose fait empêchement à la réalisation de son désir. C'est un fait limitatif en ce qui concerne sa volonté;

2" Le point de vue de la clios(% telle que l'état le plus avancé de ses connaissances en insti'uira l'agent volontaire : c'est que, en corrélation avec son désir de produire un certain mouvement, ses sensations l'informent d'une rencontre entre ce (ju'on appelle des corps, les uns qui sont |)lus ou moins les instruments de son intention, les autres non, mais étrangères à son moi et à l'essence de sa volonté, et entre lesqui'ls s'établit un échange de modifications soumis à de constantes lois naturelles. Ce conflit ne se prête à des représentations que nous nous donnons sous les noms de force, inertie, résistance que pour les besoins de la science, à laquelle il faut des notions abstraites; ce sont de pures idées de mécanique rationnelle, en dépit de la grande habitude qu'on a prise d'en user pour représenter les phénomènes, mais qui n'expriment pas (Destutt de Tracy lui-même le sait et le dit) la vraie nature des rapports physiques des corps;

3'' Enfin le point de vue de la relation entre l'acte

240 KTUDH SLR LA PKRCi: l»TION KT LA FORCI*:

mental de l'agent volontaire et Texercice entier, partiel ou nul de sa volonté, pour la production du mouvement qu'il se représente et (ju'il désire. Qualifier de résisfance du mobile le fait de Tobstacle, quel qu'il soit, et de force d inertie la raison de cette résistance, par la simple raison que son état ne se modifie pas sans cause suffisante, c'est ce qui ne se justifierait (|ue si le raj)port de la volonté à l'opération voulue était celui de la volonté à une volonté opposée qui, dans ce cas seulement, serait correctement nommée une résistance.

La reconnaissance de l'étendue ne vient, chez Destult de Tracy, qu'après celle des propriétés ivunies de molilité, d'inertie et d'impulsion. « La propriété des êtres appelée étendue consiste, dit-il, à ce qu'ils peuvent élre parcourus par le mouvement, à ce qu'il faut faire du mouvement pour aller d'une partie à l'autre. » La pétition de principe est manifeste ; car on ne saurait songer à parcourir les parties d'un corps, à moins de se les représenter pour cela comme des étendues |)lacées à la suite les unes des autres, et coexistantes par l'eflet de cette relation : représentation (jui est l'idée môme de r<''lendue, une idée au défaut de laquelle on parcourrait ces parties d'un corps sans que le mouvement tout seul pût rien pour la suggérer.

Destutt de Tracy décrit nos impressions, qui ne démontrent qu'elles-mêmes, lorsqu'il nous dit : « Quand je passe ma main sur la superficie d'un corps, en ayant toujours le sentiment du mouvement de mon bras et de la résistance de ce corps, je découvre en même temps que ce corps est étendu, et que mon mouvement consiste à le parcourir. Ces deux idées sont essentiellement et absolument corrélatives... Nous ((usons ces deux idées en même temps,,. Pour un être sentant (jui n'aurait j)as la faculté d'exécuter ces mouvements, il n'y aurait pas d'étendue. » La résistance j que Fauteur lui-même ne craint pas d'appeler c( la propriété de résister à notre volonté », est, comme

LA PI:RGI:I>TI0N CIIKZ DKSTUTT de tracy 241

nous lavons dit, relative à nos idées, non point à la nature des corps. 11 n'est pas vrai que les corps résistent; ils agissent et réagissent par des mouvements, par des mmlifications du mouvement, et c'est t(Kit. hlmpénétrahilité est à tort regard(''e comme une propriété physique, car elle n'existe pas pour l'expérience : Destutt de Tracy en fait dé'pendre la n'-alilé de la réalité de l'étendue, par celte raison, que, de cela qu'un corps est étendu, ce il faut abs<,hnnent qu'il soit imp('.iétrable, c'est-à-dire qu'mi autre corps ne puisse pas occuper la portion d'espace (pi'il remplit, à moins (pi'il „o la lui cède; car s'ils occupaient tous ^^s deux le même lieu, ils ne seraient plus que comme un; l'un des deux serait anéanti; il n'y aurait pas coexistence ». Il est visible que cet argument s'applique au corps en tant (ju'étendu, puisqu'on ne le définit là que sous ce rapport, et que c'est bien à l'étendue qu'appartient essen tiellement le caractère de se composer de parties qui ne peuvent se superposer, si elles sont égales, sans s'identifier, de sorte qu'elles se réduisent alors à l'unité. Mais l'étendue' séparée du corps, est, selon Destutt, on va le voir, un pur néant; sa démonstration de l'impénétrabilité, portant sur l'étendue, se trouve contradictoire, parce que l'étendue est essentiellement pénétrable. Au fond, il doit avoir en vue (luehjue hypothèse atomistique. La vraie question porte sur la nature de l'espace.

(( L'espace est la propriété d'être étendu, considérée séparément de tout corps à qui elle puisse appartenir : c'est une idée abstraite; c'est h^ néant personnifié par la faculté que nous avons de nous mouvoir quand aucune chose ne nous en empêche, ^/uand le rien nous b permet...,, S'il en est ainsi, on ne voit pas en quoi l'opinion de l'idéologue qui, apparemment, ne nie pas la géométrie, s'éloigne de la définition leibnitienne de l'espace : ordo cnexisîentium ; mais on se demande comment il fait pour concilier le réel de l'étendue du corps avec le néant de la portion

Renouvieh. — Le l'crsoiinalismc. jg

i:TLr)K SUR LA pi:rci:i>tion i:t la forci:

Page 1