‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 98 sur 211 · LA PERCEPTION CHEZ MAINE DE BIRAN · texte numérisé non relu

LA PERCEPTION CHEZ MAINE DE BIRAN

d'éleiuliie quil occupe? « Le néant est étendu «, dit-il quelque |)art : formule hardie^

En résunn' la théorie idéologique de la perception externe consiste à expliquer la connaissance de Tétendue par Texpérience du mouvement volonlaiiv, à ramener la relation de juxtaposition et Vovdvc spiilial à la relation de succession, enfin l'inluilion de Tespace au sentiment et à Tidéc de la durée, u (jui n^est elle-même autre chose (pi'une succession d^impressions », et [mur laquelle <( noire seuU^ existence^ sulTil ». Cette théorie, née en France d^me tentative pour donner à la niétliode de V « oi'ij^ine des idées » un fondement mieux ({«Hermine que chez Locke, et moins imao-inaire que chez Condillac, devait bientôt se rencontrer avec une théorie semblabU', en se rattacliant à d'auli'es suites d'analvses, dans le lieu (forij^ine de cette méthode. (Test ce que nous verrons j)lus tard; suivons maintenant en France la marclie de l'idéologie.

CllAlMTUF IV

LA PEIICE1>T10N EXTERNE ( IIEZ MALNE DE BIRAN

Maine de Biran. en son premier ouvrage : Influence de l'Iiahifudr sur la facullv de penser, se rattaclie à la thèse de Destutt de Tracy : il achnet que la faculté locomotrice est le point de départ d'où, par Texercice et par Fexpérience, le moi |)rend connaissance de lui-mèFue. Et d'abord, toutes les facultés intellectuelles dérivent, dit-il, de celle de sentir, ou recevoir des inijjressions, et il ne se propose que de les analyser, c'est-à-dire d'analyser des effets^ la nature des forces nous étant inconnue. La faculté

1. Dostutt de Tracy, Elcmenls (ridcolofjie chcip. vn-ix, et Principes l){j'niiicsou recueil de faits {>ur Vinleliiyeiicelnunaine, cliap. vi.

de recevoir des impressions est donc la première de toutes (•eUes qui se manifestent dans Fètre organisé vivant, et elles ont pour causes les objets quelconques exerçant une action sur une partie animée. Les impressions sont actires ou passlres, selon qu'on a le sentiment de pouvoir soi-même les produire ou les modifier, ou qu'elles sont des modifications produites en moi sans moi. Toute l'activité dépend immédiatement du mouvement. X^effort naît du mouvenKMît, quand quelque cliose le contraint. S'il n'y avait pas vouloir, et résistance à ce vouloir, Findividu ne connaîti'ait rien, n'aurait aucune idée de l'existence; i)as même de la sienne. Ces propositions sont formelles.

Maine de Hiran note lui-même un cercle vicieux, dans la théorie (Faprès laquelle il ne pourrait y avoir ni effort ni volonté, sil n'y avait pas résistance, alors que cependant (( lîi résistance suppose le mouvement volontaire ». Il pense pouvoir levier cette difliculté en considérant que les premiers mouvements du sujet sont instinctifs et, par consé- (juent, in(l(''pendants de toute connaissance acquise et de la volonté proprement dite. Quand ils deviennent vraiment volontaires, c'est (juc Findividu, averti par « l'impression j)ar*liculière que nous nommons effort », sent, en l'éprouvant, qu'il peut la reproduire, et « c'est delà conscience ou du soutenir de ce pouvoir que naît la volonté ».

Les nuls souliu'ués par Fauteur dans cette dernière j)hrase pi'éludent au sens idéaliste qu'il doit donner plus tard à la volonté, en même temps qu'il suppose, dans le cor[)S, et comme sa propriété, ainsi qu'il le fera plus tard également, la résistance, qui n'est pourtant qu'une idée : l'idée contraire de celle que, en pareil cas, a le moi luimême, avec le désir de la production du mouvement. Il confond d'ailleurs, sous le nom iX effort, suivant une erreur très connnune, le sens mental de Feffort de volonté, et le sens physicjue des sensations provoquées dans l'organe moteur, ou mû en correspondance avec le maintien mental

2li KTUD1-: SUR LA PKRCKPTION KT LA FOUGK

du vouloir. Somme toute Técart est peut-cHre moindre qu'on ne Ta estimé généralement, entre le premier et le dernier point de vue de Maine de Biran sur ce sujets

La méthode des idéologues est, au contraire, celle qui lui dicte des passages comme celui-ci, dans lequel la volonté n'est pas séparée de sa cause, dans l'organisme, siège de toutes les impressions qui nous viennent des objets :

(( La volonté (ou, pour substituer le fait à la cause) la réaction du centre s'applique d'abord et immédiatement aux organes mobiles, comme ceux-ci s'appliquent secondairement aux objets. L'organe résiste d'abord à la volonté; l'objet résiste à l'organe... Les mouvements de l'organe tactile devenant extrêmement faciles en se répétant, retïbrt musculaire disparaît, ou n'est plus senti que dans son produit, la rrsisfance extérivure. C'est donc elle qui attirera désormais toute l'attention... Bientôt l'individu, méconnaissant sa force propre, la ti'ans|)ortera tout entière à l'objet, ou /crnip rrsislan/, lui attribuera les qualités absolues d'inertie, de solidité, de pesanteur. Il sera d'autant plus porti' à considéivr la résistance connne subsistante hors de lui, par elle-même, qu'il la retrouve toujours invariable au sein de toutes les autres modifications fugitives qu'il lui attribue ou dont il se sent le sujet- ». Ce langage est en apparence celui d'un psychologue qui soutiendrait que la résistance est une simple idée du sujet de la sensation, et nullement une propriété de l'objet senti ; tandis que la thèse de Biran est précisément le contraire : effet singulier de la fausse position créée au philosophe par une méthode qui, attachée au réalisme matérialiste en principe, l'oblige cependant à n'accepter pour faits de perception, dite ealerne, que des sensations qui sont chose interne. La volonté suscitée par une sensation est au fond

1. Maint' de Biran Influence de V habitude sur la faculté de penaer p. 9-28 (édit. urig.).

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