‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 99 sur 211 · Jd., ibkl, p. 128-13J · texte numérisé non relu

Jd., ibkl, p. 128-13J

LA PKRCEPTION CIIKZ MAINH DE BIRAN

pour lui, le fail, qu'il substitue à la cause, ainsi qu'il le dit naïvement, le fait de la réaction du ce /tire, quoiqu'il ne puisse éviter de parler de cette faculté comme étant proprement la cause, en même tem[)s que le siège de la force est dans l'organe.

La perception de l'étendue est nettement rattachée par Maine de Biran à celle de la résistance, ou du tact, par l'entremise du sentiment de la succession. Il s'opère une extension de la faculté perceptive, qui devient imaginative, une tranformation du successif en simultané. Comment Taveugle-né pourrait-il comprendre un théorème de géométrie « si, pendant qu'il touche successivement les faces d'un solide il n'en embrassait pas simultanément l'ordre, ou si les parties ne se développaient pas, ne s'arrangeaient pas, dans son cerveau, sous une sorte de perspective tangible. C'est l'organe intérieur et central qui, recueillant à mesure les produits successifs de l'action externe, peut seul les fixer, les conserver, et réunir, pour ainsi dire, dans un seul et même cadre les impressions qui frappent actuellement le sens et celles qui viennent de lui échapper dans sa course ^ ».

Le procédé décrit pour rendre compte de l'intelligence géométrique de l'aveugle-né conviendrait bien comme explication de la nature des images, danx un esprit qui posséderait, sansort/ane visuel, ri/nagination des rapports de coexi>itence et de pasititui, indépendamment de la couleur, l^our le réalisme matérialiste, c'est une pétition de principe. Quant au fond, cette théorie de la réduction de l'intuition s[)atiale à la notion de succession est celle que nous avons notée chez Destutt de Tracy et que nous retrouverons chez les [)rincipaux représentants de l'école anglaise empiriste.

L'idée capitale des Nouvelles considérations sur les

i. Maine de Biran, Influence de V habitude sur la faculté de jyenser, \). 136-139.

246 KTCDi: SUR LA PKRCLPTION I:T LA VOWŒ

rajj/nh/s f/if jj/(/jsi(ji(e cl du moi al, — uiivmo-e de Maine de liiraii qui était pi'et à paraiti*e, avec une préface oroueilleuse au Ibiid, Faniu^e où son auteur mourut, — cette idée qui, si elle était juste, eut ajouté à la réforme de la méthode philosophiciue opérée par Descartes une réforme de la pensée de Descartes lui-même, et par là mis le sceau à la métaphysique, consiste à poser en fondement de la connaissance, au lieu de la jH'nsrr, la volonir. Ce ne serait plus la volonté dans la pensée, qu'il faudrait considérer, mais la volonlé cause immt'diate du mouvement, et démontrant, en conlreparlie, Fexistenee de la matière, objet extérieur et opposé. Cette malencontreuse imagination élait le renversement delà métiiode que Biran croyait améliorer et confirmer, j)uisqu'elle l'enversait la thèse essenlielle du carlésiaiusme et le principe de tout idéalisme, la légitimité logique d^une doctrine immalérialiste, et par suite, la recherche spéculative de la véritable natuir. de la rn'lb' matièic du monde exierne. Au lieu (hi système des monades et de Tharmonie pi'éétablie, c'est le banal spiritualisme qui était restauré, et, comme il fallait à la volonté une âme pour la poitei*, Tancien élève des idéologues se voyait rejeté dans la vieille question de la substance. 11 ne parvint jamais à s'y retrouver. La déllnilion de Tâme lui échappait.

Biran commettait un véritable contresens en voulant rattacher son idée à la doctiine de Leiljniz, dont il retranchait seulement un point, qu'il s'avouait incapable de comprendre, et qui n'était rien de moins que le leibnilianisme lui-même. 11 aimait à invoquer certain passage remarquable de Tun des écrits du grand méla[)hysicic^n, où s'annonça pour la première fois la doctrine des monarics. et où Ton peut adniirer justement, et formulée en termes d'une sullisante clarté, une thèse sur l'essence de la force et de la matière, qui est le propre renversement de la sienne. Il n'était pas possible de plus mal rencontrer :

LA PERCLPTION CHLZ MALXK DL BIRAN

rSr-

« La force active contient en elle un certain acte eu entéléchie [actunt (jacmdaat sirr ivTiXîyiiav ronfinrf) et tient le milieu entre la faculté d'agir et l'action elle-même. Elle impli(iue relîort {coiialuni lnvolrit) et se porte d'ellemême à o[)érer sans avoir besoin d'aide, si seulement IVm' pêchement est otéV Et je dis que cette action virtuelle [af/vmli virfalvni rs/ inhi- renie à laalc s/fljsfa/tcc, et qu'il en naît toujours (juelque action, en sorte que la substance des corps elle-même, pas j)lus que la spirituelle, ne cesse Ja/nais d (u/ir. C'est ce que ne paraissent jias avoir assez compris ceux qui (mU mis l'essence corporelle dans l'étendu(ï seule, ou encoie dans l'impénétrabihté, et ont cru pouvoir considérer le corps comme tout à fait en rej^os. Ce sera un résultat de nos méditations, de montrer que la substance créée ne reçoit j/as d nneaairc sahsiance créée la /nnss(fnce d\i(/fr na-tne^ mais bien les limitations et les déterminations de son propre effort préexistant, ou de sa propre action virtuelle; — pour ne rien dire des autres facilités (pii en ressoi'tiront, pour la solution du problème dillieile de l'opération mutuelle des substances- ».

La correction que Leibniz apportait à la philosophie première, et qui a été si peu comprise, consistait donc à envisager toutes les substances sous un même jour et comme essentiellement actives, la force comme inhérente au corps (parce qu'il est esprit dans son ultime essence, ou monade), le corps comme toujours mouvant, en acte ou en |)uissance, et toutes les forces comme spontanées, mutuellement limitées. Cette doctrine est la mieux adaptable (jui ait jamais été proposée à l'état actuel de nos connaissances physiques. Elle exclut formellement la thèse du

1. Loibiii/ rapporte, à cet ondroil, des exemples de forces polenlielles, ou énergies la lentes, qui se déploient par le seul fait d" un obstacle levé et d'une rupture dïuiuiiihre : arc bandé, poids suspendu, etc. (^e sont les formes eniniayuainces de la j)hysique et de la chimie mécanique njoderne.

t. Ue priinœ ph'dosoplùœ emendalione et de notione subslanliœ [ad, evud. Lips. 10'J4).

ETlDi: SLR LA PKRCEl'TION KT LA FORCK

carps cssontiollement résistant, et de la volonté force transitive, physirjurment réalisée pour imprimer le mouvement aux organes. Et c est sur une telle théorie (|ue Biran jetait son dévolu pour renouer la sienne à la tradition philosophique du xvii'' siècle, dont le premier principe lui rrslail incompréhensible j)ar rciïet de ses anciennes habitu(hs d'esprit /V/Vo/oy/y//rs ! A ce contresens il en joignait un autre aussi grave : il voulait trouver sa doctrine du libre arbitre, rattachée à celle de la volont*'* locomotric(% telle qu'il Tentendait, dans la théorie de la/0/77' artive de Leibniz, hupielle n'est certainement que la doctrine de l'uni ver'sclle spontanéité ' .

La doctrine des monades exige, et il est d'ailleurs conforme à toute \ uc ()hysiologique sérieuse, cpic l'orgrunsme soit considéré comme e.rfernc pour la conscience, encore bi(Mi (pie ses modifications soient int<'rmé'diaires enti'e celles des corps inorganiques du commun milieu, et celles du moi. Xotre volonté n'est ni en tout, ni en par'lie, l'agent de ce cpie nous sentons quand, par une consécpience de notre état mental volontaire, et en vertu d'une loi naturelle, audessous de laquelle nous ne saurions pénétrer, des mouvements se produisent dans nos organes et se connu uniquent au milieu inorganifiue. C'est, au contraire, dans ces mouvements (pi'est la sour*ce de ce que nous sentons et qui est scnsiblemejit sirmdl;ui('' avec notre effort C(>nsid(Té psychologiquement. Quand nous cuiiloiis im c<'rtain mouvement, c'est-à-dire (piand nous nous le représentonscomme en acte, sans (ju'aucun mi>tif d'inhibition de notre part, se montre à l'horizon de notre pensée, tandis (pi'un désir de

1. Cousin, (jui avait Inmvr bon de classer liiran parmi ses maîh'es, afin (le ivnfortHM- son (M-U'ctisine. un \w\\ fail)lc en inrtaphysiciuc. par rinlusion de ce leibniliarnsme lalsidé. (piil disait avoir été aussi, en son femj)s, le produit duiu' (/i/rr/ion ecleclit/ue de Leihni/.. rrpaïK/uc ilitns loiis ses ouvrages, Cousin, cilafit le passât,^', en onu'ttail rexpiicali(»n essentielle, relative à la force active propre et indépendante, inhérente (Ml son fond à toute substance créée. Pouvait-il n'en pas comprendre le sens? (Cousin. Préface de son édition (183i) des SoHvclles considérations de Maine de Diran, p. xix-xxv).

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