‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 105 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

chose en elle-même réduite à un tel néant, l'autre sur la personne aimée. Maintenant que la possession assurée lui rend sa clairvoyance, l'amant ne voit plus, dans l'objet idéal que son désir a créé, qu'un pauvre être humain, a ec ses vices, ses faiblesses, ses laideurs même. Il s'aperçoit que son rêve a été celui d'un sot ; mais l'amour-propre va le rendre hypocrite.il ne veut pas s'être si lourdement trompé; nonseulement il cherche à cacher sa déception au monde, il voudrait la cacher à la personne aimée, devant laquelle il rougit des flatteries insensées qu'il lui adressait hier ; il essaie même de se tromper, ce qui aggrave son chagrin. Il sent qu'il se ment à lui-même et il souffre à la fois d'avoir aimé, de ne plus aimer et de ne pas oser l'avouer ni à lui ni aux autres.

Après que cette douloureuse épreuve est faite, malheur à lui s'il recommence, il est averti. Voilà pourquoi le premier amour seul est un véritable amour ; le second et le suivant sont contrariés par le souvenir d'une première expérience. Aussi Goethe dit-il à

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propos de Werther, dans Vérité et poésie : « Rien ne contribue plus à ce dégoût de la vie qu'un second amour. Le caractère d'éternité, d'infinité, qui porte et élève l'amour au-dessus de tout le reste s'est évanoui ; l'amour paraît éphémère comme tout ce qui recommence ». Et malgré toutes les raisons que lui donne la raison, l'instinct, qui est un recommenceur, ne se laisse pas détruire; ses réclamations sont si énergiques qu'on n'a plus le choix qu'entre deux maux. Comme disait Anacréon : « Xa^Ê^ov to pi ipOtffaat, ya- }.e7cov &è xal (pi^cat ; il est difficile de ne pas aimer ; il est également difficile d'aimer. » Reste un troisième parti1, le parti d'Origène, que Ton peut prendre, non pas comme Origène au nom d'un bien supérieur auquel il voulait se dévouer sans réserve, mais en homme convaincu qu'au point de vue de l'égoïsme mieux vaut déraciner en soi physiquement le besoin que de souffrir par lui de deux manières, en y cédant ou en y résistant. — Digne

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