‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 111 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de considérations. Il règne dans toute l'analyse de M. de Hartmann une erreur fondamentale sur la signification et le sens de la vie. Si l'objet de l'existence est la plus grande somme de jouissances, il est possible, vraisemblable même, que l'existence soit un malheur. Mais si c'est Kant qui a raison, si le monde tout entier n'a qu'une explication et qu'un but, faire de la moralité, si la vie est une école d'expérience et de travail où l'homme a sa tâche à remplir en dehors des plaisirs qu'il peut prendre, si cette tâche est la création de la personnalité par l'effort, ce qui est la plus haute conception qu'on puisse se former de l'existence, le point de vue change entièrement, puisque le malheur même est un moyen et qu'il a son utilité, ses conséquences ordonnées et prévues dans l'ordre universel. Dès lors le système de la vie, tel que le développe Hartmann, est radicalement faux. S'il y a réellement un excédant de souffrance dans la moyenne de l'existence humaine, il ne faut pas s'empresser d'en conclure que le pessimisme a raison, que le mal de l'être est absolu,

qu'il est urgent et nécessaire de convaincie l'humanité de la déraison du vouloir-vivre et de la précipiter le plus tôt possible dans le néant. Cet excédant de souffrances, s'il existe, est un titre pour l'homme. La vie, même malheureuse, vaut la peine d'être vécue, et la souffrance vaut mieux que le néant : elle crée la moralité et garantit un droit.

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