‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 112 sur 167 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le but de l'évolution du monde : le néant, dernier terme du progrès.

Il nous reste à rechercher comment les apôtres de cette religion nouvelle du pessimisme qui a déjà ses fanatiques et ses martyrs, prétendent combattre ce mal radical de l'existence, par quels procédés ils espèrent même le détruire. En même temps se révélera à nous le principe d'action que l'on nous propose comme seul digne de l'humanité nouvelle. C'est ici en effet que s'opère le passage des théories pures du pessimisme a la philosophie pratique. Après qu'il a fait table rase dans la

raison et dans la conscience de l'homme, après qu'il nous a dépossédés de toutes les fins illusoires autour desquelles s'agitait notre incurable misère, il nous doit bien de les remplacer et de nous assigner un motif raisonnable de vivre, un but vers lequel nous puissions diriger utilement notre vie errante dans le vide, dispersée dans l'inutile, sacrifiée à des chimères. C'est de la considération du processus universel et de la fin où il tend que se déduira le principe positif qui doit désormais régler 1 ' action humaine. La logique exige que l'homme ne sépare plus sa cause de celle de l'univers et qu'il fasse, comme dit Hartmann, « des fins de l'Inconscient les fins de la conscience. » Sous deux aspects, c'est le même problème : renoncer à l'être pour soi-même, amener le Tout à s'anéantir.

Tel est dans sa vague et abstraite généralité l'important « concept de la délivrance, » qui occupe une si grande place dans la philosophie de la Volonté et dans celle de l'Inconscient. Il ne s'agit de rien moins que de racheter les souffrances de ce Prométhée cos-

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