‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 131 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

même. Les règles de son enseignement moral, résumées dans les dix commandements destinés à ses disciples, sont d'une rigueur exemplaire; les observances imposées aux religieux et aux religieuses sont d'une austérité effroyable. Il leur était prescrit de se vêtir seulement de haillons ramassés dans les cimetières; ils ne pouvaient rien posséder, ils devaient vivre des restes recueillis dans leurs vases de bois, ils devaient résider dans les forêts, sans autre abri que le feuillage des arbres; ils pouvaient étendre leur tapis au pied de l'arbre choisi comme refuge, et s'y asseoir, mais il ne leur était pas permis de se coucher, même pour dormir. De temps en temps, ils étaient tenus à passer une nuit dans les cimetières pour y méditer sur la vanité de toutes choses1. — Lui-même, le Bouddha égalait et surpassait ce genre de vie qu'il imposait à ses disciples. — Il ne faut pas voir là quelque chose comme l'initiation à la vie

1. Max Mûller, ouvrage cité, chapitre sur Les Pèlenns bouddhistes.

éternelle et un moyen de gagner le ciel : c'est l'initiation à la suppression graduelle de tout désir, l'apprentissage du néant.

C'est dans les quatre vérités que le Bouddha complète son enseignement en nous livrant les dernières formules de la délivrance et les opérations psychologiques qui l'accomplissent. Nous pouvons les résumer ainsi d'après l'exemple du Bouddha lui-même, recueilli par ses disciples et qui nous montre en acte la théorie qu'il avait enseignée. Le sage franchit le premier degré de la contemplation, lorsqu'il est arrivé à connaître la nature de toutes choses et qu'il n'a plus d'autre désir que celui du nirvana ; mais là encore subsistent un sentiment du plaisir, le jugement et le raisonnement. Au second degré, le jugement et le raisonnement cessent; au troisième degré disparaît même le sentiment vague de satisfaction provenant de la perfection intellectuelle ; au quatrième degré s'évanouit la conscience confuse de l'être : ici s'ouvrent les portes du nirvana. Maintenant ce sont d'autres sphères, où la parole et la pensée ne peuvent qu'à peine

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