‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 134 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

pense et le privilège des sages, de ceux-là seuls qui ont embrassé la morale des dix commandements et le système des quatre vérités. Schopenhauer a l'ambition d'étendre l'influence magique de ses opérations au delà de l'individu, jusqu'à l'humanité elle-même, au delà de l'humanité, jusqu'à l'univers. C'est dans l'homme que s'élève le plus haut la Volonté qui, prise en elle-même, est un désir aveugle et inconscient de vivre et qui a traversé tous les degrés de la nature inorganique, le règne végétal et le règne animal, avant d'arriver, dans le cerveau humain, à la conscience d'elle-même. Là est le dernier terme connu de la science de la Volonté : c'est à ce degré seulement que se pose l'alternative d'où dépendra son sort, son malheur éternel ou son repos définitif : l'affirmation ou la négation du désir. Il n'est pas naturel de supposer que la Volonté aille plus haut, et d'ailleurs à quoi bon, puisqu'à ce degré l'alternative se pose avec une parfaite clarté ? C'est donc de la décision de l'homme que dépendra non-seulement son avenir, mais celui de l'univers. C'est vraiment l'homme qui

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242 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

est le libérateur de la nature ; c'est de lui qu'elle attend sa rédemption ; il est à la fois le prêtre et la victime.

Quant aux procédés de la libération, ils ressemblent beaucoup à ceux que nous avons déjà vus à l'œuvre dans les opérations psychologiques et physiologiques de Çakya-Mouni, le dépouillement graduel de toutes les formes et de tous les phénomènes de l'individualité, le renoncement méthodique à soi, l'exercice de l'immolation et du sacrifice. — Si la Volonté, dans la redoutable alternative qui lui est posée, a choisi de se nier elle-même, «nous entrons, comme disent les mystiques, dans le règne de la grâce : c'est le monde vraiment moral où la vertu commence par la pitié et la charité, s'achève par l'ascétisme et aboutit à la libération parfaite ».

La base de la morale qui conduit "à la délivrance, c'est la sympathie, c'est la pitié, c'est la charité. On croirait entendre un disciple du Bouddha : « Celui qui a reconnu une fois l'identité de tous les êtres ne distingue plus entre lui-même et les autres ; il jouit de leurs

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