‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 145 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ritage de l'effort et du succès à quelque planète invisible ? Tout cela est incertain ; mais ce qui est certain, c'est que, en quelque endroit que le drame s'achève, le but et les éléments du drame seront les mômes que dans le monde actuel. .On peut donc, pour plus de clarté, supposer que c'est l'humanité qui est destinée par ses aptitudes à conduire le processus du monde à son couronnement , l'anéantissement final. M. de Hartmann a tenté de nous donner une idée de cette fin de l'évolution du monde , dans le cas où ce serait l'homme, et non une autre espèce inconnue, qui serait appelée à résoudre le grand problème. Dans les voies étranges que nous ouvre ici la colossale fantaisie du penseur, suivons-le d'aussi près que possible, en fermant notre esprit aux objections, et soyons un instant dociles pour essayer de comprendre. La chose est ardue.

La première condition pour que le terme de l'évolution soit atteint, c'est qu'il arrive un jour où l'humanité concentre dans son sein une telle masse d'intelligence et de volonté

cosmiques, que la somme d'intelligence et de volonté, répartie dans le reste du monde, paraisse insignifiante en comparaison. Cela est loin d'être impossible, nous dit-on, la manifestation de la volonté dans les forces atomiques n'étant que d'une espèce très- inférieure, relativement à celle qui se manifeste dans le végétal, dans l'animal, à plus forte raison dans l'homme. 11 est donc parfaitement légitime de supposer qu'un jour la plus grande partie de la volonté en acte ou des fonctions de l'esprit inconscient se capitalisera dans l'humanité, par suite de l'élévation progressive de la population du globe. Or, ce jour-là, il suffirait à l'humanité de ne plus vouloir vivre pour que le monde entier fût anéanti, puisqu'elle représenterait à elle seule plus de vouloir que tout le reste de la nature. Cette partie de la Volonté se niant elle-même se détruirait et détruirait en même temps la partie de beaucoup la plus faible et la moins grande qui s'exprime dans le monde inorganique. Dans cette balance gigantesque où se pèsent les destinées de l'univers, c'est du côté du vouloir humain que pen-

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