CHAPITRE PREMIER
ils n'en ont montré que le mal relatif, en contradiction apparente avec la Providence. — C'est dans l'Inde que le Pessimisme a trouvé ses vrais aïeux ; lui-même le reconnaît et s'en glorifie. La parenté des idées de Schopenhauer avec le bouddhisme a été souvent mise en lumière. Nous y reviendrons ; nous rappellerons seulement ici que le pessimisme a été fondé dans la nuit solennelle où, sous le figuier de Gaja, méditant sur le malheur de l'homme et cherchant les moyens de se délivrer de ces existences successives qui n'étaient qu'un changement sans fin de misères, le jeune prince Çakya s'écriait : « Ilien n'est stable sur la terre. La vie . est comme l'étincelle produite par le frottement du bois. Elle s'allume et elle s'éteint, nous ne savons ni d'où elle est venue, ni où elle va... Il doit y avoir quelque science suprême où nous pourrions trouver le repos. Si je l'atteignais, je pourrais apporter aux hommes la lumière. Si j'étais libre moi-même, je pourrais délivrer le monde... Ah! malheur à la jeunesse que la vieillesse doit détruire ; ah ! malheur à la santé que détruisent tant de
2 'a LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
maladies; ah! malheur à la vie où l'homme reste si peu de jours!. .. S'il n'y avait ni vieillesse, ni maladie, ni mort! Si la vieillesse, la maladie, la mort, étaient pour toujours enchaînées ! » Et la méditation continue, étrange, sublime, désolée. « Tout phénomène est vide; toute substance est vide; en dehors il n'y a que le vide.... Le mal, c'est l'existence ; ce qui produit l'existence, c'est le désir; le désir naît de la perception des formes illusoires de l'être. Tout cela, autant d'effets de l'ignorance. Donc, c'est l'ignorance qui est en réalité la cause première de tout ce qui semble exister. Connaître cette ignorance, c'est en même temps en détruire les effets1. »
Voilà le premier et le dernier mot du pessimisme. C'est là l'étrange pensée dans laquelle s'absorbe en ce moment quelque pieux Hindou, recherchant la trace des pas de Çakya-Mouni sur le marbre d'un temple de Bénarès. C'est le problème sur lequel méditent vaguement à cette heure des milliers de