‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 19 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ftange ne s'arrête pas aux bords de la Sprée. L'Allemagne tout entière est devenue attentive à ce mouvementd'idées. L'Italie, avec un grand poète, avait devancé le courant; la France, comme nous le verrons, l'a suivi dans une certaine mesure; elle aussi, à l'heure où nous sommes, elle a ses pessimistes. La race slave n'a pas échappé à cette étrange et sinistre influence. Voyez cette propagande effrénée du nihilisme dont s'effraie, non sans raison, l'autorité spirituelle et temporelle du tsar et qui répand à travers la Russie un esprit de négation effrontée et de froide immoralité. Voyez surtout cette monstrueuse secte des skopsy, des mutilés, dont on nous a décrit les ravages1, et qui, « faisant un système moral et religieux d'une dégradante pratique des harems d'Orient, matérialisant l'ascétisme et le réduisant à une opération de chirurgie, » proclament par ce honteux et sanglant sacrifice que la vie est mauvaise et qu'il est bon d'en tarir la source. C'est

1. L'Empire des tzars et les Russes, par M. Anatole Leroy-Beaulieu,

28 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

la forme la plus dégradée du pessimisme, soit; mais c'en est aussi l'expression laplus logique. C'est du pessimisme à l'usage de natures grossières et forcenées qui vont tout de suite au bout du système, sans s'arrêter aux inutiles élégies, aux élégantes bagatelles des beaux esprits qui se plaignent toujours et ne concluent jamais.

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