CHAPITRE III
L'École pessimiste en Allemagne et en France. — Le principe du mal selon la philosophie de l'Inconscient.
Il semble que le monde des idées soit soumis, dans tous les ordres de problèmes, au jeu alternatif de deux doctrines extrêmes et contraires. Dans tout le cours du siècle dernier et dans la première moitié du nôtre, c'est incontestablement l'optimisme qui avait prévalu en Allemagne, sous des formes et à travers des écoles variées. Aujourd'hui il n'est guère douteux que ce ne soit le pessimisme qui tende à triompher, au moins momentané-
78 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
ment1. Le pauvre esprit humain ressemblera toujours au paysan ivre de Luther, qui tombe tantôt à droite, tantôt à gauche, incapable qu'il est de se maintenir en équilibre sur sa monture.
L'Allemagne du xvme siècle, dans la grande majorité des intelligences qui représentent sa vie morale, reste fidèlement attachée à la doctrine que lui avait enseignée Leibniz, que Wolf avait maintenue et qui du reste se trouvait facilement d'accord soit avec les dogmes de la théologie officielle, soit avec le déisme sentimental de Pope, de Rousseau et de Paley, fort en faveur dans cette population de pasteurs et de philosophes d'université, pendant le long interrègne philosophique qui va de Leibniz à Kant. A peine si dans cette quiétude d'esprit et de doctrine pénètrent quelques échos des sarcasmes de Voltaire, répétés par
1. Consulter sur ce point l'ouvrage curieux et trèsbien informé que M. James Sully vient de publier sous ce titre : Pessimism, a history and a criticism, 1877. Nous emprunterons à ce livre quelques renseignements qui nous ont paru intéressants sur l'histoire du pessimisme en Allemagne.