‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 51 sur 167 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sophie et Religion, c'est à la doctrine chrétienne de la chute et de la rédemption qu'il emprunte le symbole de sa métaphysique; il y retrouve l'histoire transcendante du déchirement de l'unité primitive, la certitude du retour final à l'unité, il y associe l'univers luimême, racheté et spiritualisé avec l'homme, après être tombé avec lui dans le péché et dans la matière. Ainsi, après qu'il a placé sous nos yeux les plus tristes peintures de la nature désolée par le mal, Schelling nous amène à une solution finale, qui est incontestablement une sorte d'optimisme théologique. C'est aussi là, sous d'autres formes, la dernière conclusion de Hegel sur la valeur du monde et de la vie. L'idée, d'abord divisée, errante hors de soi, lend à revenir à soi par la conscience du monde. Ce devenir A& l'esprit, ce processus du monde qui se continue sans cesse à travers le drame changeant des faits, voilà la vraie théo « dicée, la justification de Dieu dans l'histoire. Assurément c'est encore là de l'optimisme, celui de l'évolution universelle et du progrès nécessaire : dans toutes ces doctrines, il y a un

but certain assigné au mouvement de l'univers; une raison divine enveloppe comme dans un tissu merveilleux tous les phénomènes, même les plus insignifiants ou les plus étranges de la nature et de l'histoire, et, les attirant dans les séries déterminées, les empêche d'extravaguer au hasard ou de se perdre dans l'inutile ; c'est un ordre, providentiel à sa manière, qui s'accomplit à chaque moment et dont le penseur, parvenu au vrai point de vue. devient l'intelligent témoin. Ces idées ont dominé l'esprit allemand dans la première partie de ce siècle. Leibniz, Kant, Hegel, avaient été successivement ses maîtres, mais tous le conduisaient et le maintenaient dans des voies parallèles au bout desquelles la raison aperçoit un but digne d'elle, digne qu'on franchisse pour atteindre les obstacles et les périls de la route, digne que l'homme porte sans se plaindre le poids des longs jours, des lourds fardeaux, des misères et des afflictions sans nombre.

C'est maintenant dans une direction toute contraire qu'une grande partie de l'Allemagne

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