CHAPITRE III
temps que cela est arrivé,# et puis ce n'est peut-être pas vrai. »
Je soupçonne que, si ce sermon a été jamais prononcé, ce dut être à Meudon, du temps que Rabelais officiait, à moins que ce ne soit à Ferney, dans ce fameux jour où « le bon curé » Voltaire s'avisa de prêcher en pleine église.
Quoi qu'il en soit, ,il suffit que la figure de Voltaire apparaisse dans la préface des Dialogues pour que la sombre vision du livre devienne inoffensive et n'inquiète plus lelecteur que comme une fantaisie d'artiste. Le sourire de l'auteur a tué le monstre ; le pessimisme n'est plus qu'un « mauvais rêve. » C'est ainsi que les choses se passent d'ordinaire en France, où la philosophie et la littérature des cauchemars n'ont jamais réussi. Les Contes fantastiques d'Hoffmann n'ont pu s'acclimater sous notre ciel et dans notre langue ; Schopenhauer et Hartmann n'y seront guère que des objets de curiosité.
Revenons au pessimisme allemand; examinons-le dans sa vraie patrie d'adoption, là où
112 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
il a refleuri de nos jours, comme s'il y rencontrait un climat propice et une culture appropriée.
Nous avons vu que Leopardi résume avec une sagacité rare presque tous les argumens d'expérience proprement dits, dont sa théorie de Y in félicita est le programme anticipé. Ce poète malade portait en lui et décrivait sur le vif cette maladie étrange qui devait s'emparer d'une partie du xixe siècle à son déclin. Le pessimisme est à l'état d'expérience dans Leopardi ; il est à l'état de raisonnement chez Schopenhauer et Hartmann. Quelles sont les preuves d'analyse ou de théorie apportées par l'un et par l'autre dans la démonstration de l'universelle douleur? Nous nous réduirons autant que possible aux thèses qui méritent d'être examinées avec quelque attention, négligeant à dessein la métaphysique dont on veut qu'elles dépendent, parce qu'au fond elle n'est qu'un ensemble de constructions tout arbitraires et toutes personnelles. J'ajoute qu'il n'y a réellement aucun lien logique entre les théories spéculatives et