CHAPITRE III
la doctrine morale qui s'y trouve annexée. On pourrait ôter toute la morale du pessimisme de ces deux ouvrages, le Monde comme volonté et représentation ou la Philosophie de l'Inconscient, sans diminuer d'un atome leur valeur spéculative. Ce sont des conceptions a priori, plus ou moins bien liées, sur le principe du monde, sur Y Un-Tout et sur l'ordre des évolutions selon lequel il se manifeste ; mais il est fort difficile de voir pourquoi la conséquence de ces évolutions est nécessairement le mal absolu de l'existence, pourquoi le vouloir-vivre est à la fois l'attrait irrésistible du premier principe et la plus insigne déraison. C'est ce qui n'a jamais été expliqué : c'est l'éternel postulat du pessimisme.
Un seul exemple sur ce sujet pour n'y plus revenir. Sur quoi reposent les conclusions pessimistes de la Philosophie de Vlnconscient ? Dans quelle mesure dépendent-elles des spéculations métaphysiques qui remplissent la plus grande partie de l'ouvrage? Quel lien même peut-on concevoir entre cette philosophie du néant et cette profonde théorie de la fin a-
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lité universelle, qui fait le sérieux intérêt et le durable attrait du grand ouvrage de Hartmann ? En d'autres termes quel est le principe métaphysique du mal d'après cette philosophie nouvelle ? Ce n'est que par une suite pénible et par une singulière complication d'efforts que M. de Hartman arrive à cette conception de la naissance de l'univers sous le coup d'une fatalité tragique et de son évolution lente vers la connaissance du mal auquel il a été condamné en naissant. On peut se rendre compte, dans cette question limitée et spéciale, de la bizarre fertilité de ces imaginations qui prétendent s'imposer à nous au nom d'une fantaisie trop complaisante pour elle-même, ingénieuse à jouer avec les choses, les idées et les mots, inventant des principes et des êtres à sa convenance et créant pour son usage une sorte de mythologie.
M. de Hartmann a bien senti que la théorie du Monisme était logiquement incompatible avec l'existence du mal absolu. Le mal en soi est une contradiction dans la doctrine de l'unité, et pour qu'une contradic-