‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 66 sur 167 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tion de ce genre se produise, il faut deux principes en présence. C'est dans ce sens que M. de Hartmann a corrigé le monisme de son maître Schopenhauer, et bien qu'il prétende rester fidèle à la théorie de l'unité, nous allons voir avec quelle résolution et à quel prix il introduit le dualisme le mieux caractérisé au sein de Y Un-Tout. Sa philosophie se résout en une sorte de manichéisme qui nous montre l'opposition fondamentale entre la Volonté de Schopenhauer et l'Idée de Hegel, réunies sinon réconciliées. Rien de plus romanesque que le jeu alternatif de ces deux principes antagonistes et contemporains dans le sein du même Principe qui les a portés et qui les contient. Toute cette métaphysique est une vraie boîte à surprises, grâce au double compartiment qu'elle renferme : dans l'un, c'est la Volonté qu'on y loge, la Volonté qui explique l'être, le désir du bonheur, l'instinct de vivre ; dans l'autre, c'est l'Idée, qui explique non pas le fait de l'existence, mais le concept du monde, son essence, s'attachant à l'organiser de la manière la plus sage et la meil-

lcure possible, quoique le fait seul de son existence l'ait condamné à être absolument malheureux. C'est ainsi que se concilie, si les mots suffisent à concilier les choses , l'optimisme le plus inattendu avec le pessimisme le plus désespéré. L'Idée représentant la raison souverainement sage, s'efforce de tirer le meilleur parti possible de la folie de l'existence que lui a imposée, sans la consulter, le principe aveugle, la Volonté. De là une lutte titanesque, qui ne finira qu'avec le monde, entre les deux principes : dans le domaine de l'Idée domine la logique, la raison; la Volonté, de son côté, est aussi étrangère à la raison que celle-ci l'est au désir aveugle et irrationnel de l'être, au vouloir-vivre. Aussi doit-on s'attendre à ce que l'Idée, aussitôt qu'elle aura conquis le degré nécessaire d'indépendance, condamne le principe irrationnel qu'elle découvrira dans la Volonté et s'efforce de l'anéantir.

Mais l'Idée inconsciente n'a par elle même aucun pouvoir sur la Volonté; elle ne peut

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