CHAPITRE PREMIER
fote leur vie en offrande au destin, et se plongeaient, avec une sorte de voluptueux, vertige, dans cet inconnu qu'ils croyaient être le néant. Pétrone, le poète de l'orgie romaine, joua jusqu'au dernier instant avec le suicide, se faisant ouvrir successivement et refermer les veines, comme pour goûter plus à loisir le sentiment de sa délivrance.
Il y a un épicurisme triste qui procède au contraire non d'un amour exagéré, mais d'un mépris raisonné de la vie. Lucrèce renouvelle avec un tragique éclat la condamnation qu'avaient déjà portée contre elle quelques philosophes grecs. On a eu raison1 de rapprocher cette inspiration répandue dans la poésie de Lucrèce des plaintes qui retentissent avec une douloureuse monotonie, comme un écho, à travers les fragments qui nous restent du vieil Empédocle.
« Dieux ! quelle est votre misère, pitoyable
1. The Roman poets of the Republic, by Sellar, chapter vin. — LucretiuSj p. 218.
8 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
race des mortels ! Au milieu de quelles luttes et de quels soupirs vous êtes nés1 ! »
Rappelons aussi cette énergique peinture de la vie : « Des maux de toutes sortes tombent sur nous, émoussant et détruisant en nous la pensée. Mesurons du regard la courte carrière de cette vie, qui vraiment n'est pas viable ; comme nous mourons vite ! Chaque existence est un flot de fumée qui s'évanouit; chacun de nous peut à peine connaître, dans cette agitation qui nous emporte de tous les côtés, le coin du monde où il a été jeté; mais c'est en vain que l'on se vante d'avoir embrassé par la pensée l'universalité des choses: ni le regard de l'homme ne peut en rien saisir, ni l'oreille en rien entendre, ni l'intelligence en rien percevoir*. »
1. *Q 7:67:01, o) SetXàv Gvrjrwv yévoç, 5 8ua<£voX6ov, Ouov IÇ êp(ôwv IV. ts orova^CJv lyètzaûz !
IIep\ oualwç, vers 30.
2. IloXXà Zï Seîv' è'praia, tcct' dt[j.6Xijvou<jt (jipipaç, Ilaupov $è Ço>7jç a6tou piipoç dOp^aaVTeç 'Qy.ujj.opot, xa7Woîb §iy.7]v»àpOévTeç dtalTrrav, Auto (ao'vov 7ceiaO&mç, otoj Jtpoalxupasv t/aato;
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