CHAPITRE V
acte; et puisqu'il n'y a presque aucun moment où une volonté n'agisse pas réellement, on peut dire que la contrariété est éternelle et n'est interrompue que par les rapides et fausses joies que nous devons à l'espérance.
5° Enfin, et c'est là un point capital, il n'est pas vrai que le plaisir soit une compensation suffisante de la douleur, et à ce propos M. de Hartmann pose le problème sous cette forme mathématique : quel coefficient ou exposant doit-on fixer à un degré du plaisir pour qu'il soit l'équivalent d'un degré de douleur? A coup sûr ce coefficient n'est pas égal à l'unité. Il est probable qu'il faut bien des unités de plaisir pour faire l'exacte compensation d'une unité de douleur. C'est ce que pensait Pétrarque : Mille placer non vagliono un tormento. Schopenhauer, commentant cette parole mélancolique en tire cette conclusion qu'un monde où la douleur se rencontre d'une manière générale est, dans toutes les conditions et quelle que soit la somme de félicité qu'il présente, un état pire que le néant. — Hartmann à son tour développe avec
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une ingénieuse et subtile complaisance la théorie des coefficients propres à diminuer toujours le plaisir et à laisser au contraire à la douleur toute sa force en l'augmentant même dans de notables proportions. Si j'ai le choix de ne rien entendre ou d'entendre pendant cinq minutes des sons faux et cinq minutes ensuite une belle musique ; si j'ai le choix de ne rien sentir ou de sentir d'abord une odeur infecte et ensuite un parfum; si j'ai le choix de ne rien goûter ou de goûter d'abord un mets répugnant et ensuite un mets savoureux, je préférerai ne rien entendre, ne rien sentir ou goûter, quand bien même les sensations contraires de chaque espèce qui doivent se succéder seraient absolument égales, en apparence au moins, par le degré. — Il est vrai, et M. de Hartmann l'avoue de bonne foi, qu'il est bien difficile de constater cette sorte d'égalité. Mais sans qu'on puisse, au moins dans l'état actuel de la science, la déterminer mathématiquement, on ne peut pas douter que le plaisir ne doive être sensiblement supérieur en vivacité à la douleur de même espèce, pour que les deux