‹ Le pessimisme: (histoire et critique)Chapitre 13 sur 33 · Philosophie der Geschichte, Werke, vol. IX. p · texte numérisé non relu

Philosophie der Geschichte, Werke, vol. IX. p

Dans Schelling et dans Hegel, nous trouvons un optimisme qui revêt la forme d'une heureuse conception de l'évolution historique. L'influence inspiratrice d'un Weltanschauung optimiste doit se réaliser en concevant non les arrangements coexistants du monde ou son aspect statique, mais ses développements successifs et ses tendances dynamiques. L'univers considéré comme un système présent coexistant est un spectacle peu satisfaisant et qui cause de l'abattement, mais ce sentiment se résout en un sentiment de satisfaction exaltée par la conception du monde comme une progression tendant à une fin rationnelle.

Cette impulsion à résoudre la difficulté du pessimisme par l'affirmation d'une tendance dans le mouvement des événements à quelque résultat ayant une valeur est un trait caractéristique de la pensée moderne dans son ensemble, et va bien au delà des limites de la spéculation métaphysique. Elle s'est manifestée sous une forme quasi-scientifique à la fin du siècle dernier, et depuis elle a maintenu son terrain, comme la principale doctrine de l'histoire.

Durant la première partie du siècle dernier, l'idée du progrès humain semble avoir eu peu de vitalité. Dans les controverses théologiques de cette période, comme M. Leslie Stéphen l'a signalé, la supposition d'un perfectionnement moral passé de la vie humaine a été pluôt écartée par les déistes rationalistes, qui maintenaient contre les partisans d'une religion révélée l'unité essentielle de la nature humaine en tout temps. Puis, dans Rousseau, nous voyons un retour à la conception païenne de l'histoire dans l'hypothèse d'un âge primitif, ou quelque chose d'approchant l'âge d'or primitif de l'humanité et d'une dégénérescence subséquente de cette existence primitive, causée par un excès de curiosité intellectuelle. Gomme le dit M. Marley, la chance était de marcher pour un instant dans le chemin des sociétés anciennes. Pour employer les expressions du même critique, Rousseau a substitué « une aspiration rétrograde ».

Néanmoins, Rousseau a préparé la voie à une doctrine plus riante du progrès. En affirmant que la législation est

capable sur-le-champ, et dans toutes les circonstances nationales concevables, de remodeler les institutions sociales, de manière à assurer la liberté et l'égalité que l'histoire passée de l'humanité a servi à détruire, il a donné le signal d'une heureuse activité à un grand nombre de réformateurs moraux ei politiques qui ont surgi à la fin du siècle. Si la conception que Rousseau s'est formée de l'histoire passée de la race était mai calculée pour exciter l'espérance, sa naïve confiance dans la puissance de la législation a tendu, d'un autre côté, à donner un aspect riant aux espérances humaines. La doctrine du développement humain, en tant qu'un progrès ascendant, a étr pour la première fois émise sous une forme scientifique par h penseurs qui ont précédé et qui, en un certain sens, ont dirige la Révolution française. Elle parut sous le nom de perfectibilité de la race humaine. Comme exposé le mieux raisonné de cette théorie, nous pouvons prendre les écrits de Condorcet. Dan; son tableau des progrès de l'esprit humain, il esquisse le dév* loppement passé de l'esprit humain, et, d'après cette revue, i ouvre une voie illimitée au progrès humain dans l'avenir. Ce progrès comprend trois facteurs principaux : 1° la disparitioi des inégalités individuelles; 2° la disparition des inégalité parmi les nations, et 3° le progrès ou perfectionnement réel de l'humanité.

Gomme on peut s'y attendre, les partisans enthousiastes de cette idée n'ont pas toujours eu soin de rester dans les borne? strictement scientifiques, et nous trouvons des expressions de cette foi qui, bien que revêtant l'apparence de conclusions raisonnées, sont à peine moins insensées et moins puériles qu'un grand nombre des théories de l'optimisme théologique du siècle dernier. Dans notre propre littérature, nous rencontrons un exemple de ces anticipations extravagantes, dans les écrits de Priestley (auquel Condorcet reconnaît qu'il est redevable, comme à un des plus illustres apôtres de sa doctrine), comme, par exemple, dans la déclaration que l'existence du monde deviendra glorieuse et paradisiaque, au delà de ce que l'imagination peul maintenant concevoir. Plus grande encore est la confiance naïve

de Godwin, dans l'avenir de l'humanité, bien que cette foi revête l'aspect d'une conclusion fortement élaborée. Partant de quelques principes abstraits et ignorant les leçons de l'histoire, Godwin soutient que tout vice est une erreur et que tout ce qui est nécessaire pour réformer les hommes et pour se débarrasser des maux de ce monde, c'est le progrès de la raison. La véritable source de la misère est donc, non pas la corruption innée, comme les théologiens l'affirment, mais l'ignorance humaine fortement soutenue par l'imposture des prêtres, etc Si les hommes rejettent seulement leurs chaînes et affirment leur parfaite liberté de pensée et d'action, il leur est réservé un avenir éblouissant où il n'y aura ni guerre, ni crimes, ni gouvernement, ni maladies, ni angoisse, ni mélancolie, ni ressentiment. La vie humaine se prolongera indéfiniment par la domination croissante de l'esprit sur la matière, et la reproduction aussi bien que la mort cesseront à la fois '.

La disposition à chercher un idéal individuel et social dans un avenir éloigné a continué à s'affirmer fermement en dépit de l'insuccès pratique de ses premiers défenseurs. Dans le positivisme, la doctrine du progrès historique a reçu une nouvelle expression, mais l'idéal social, regardé comme le but de l'effort futur, différait essentiellement de celui de Rousseau et ie ses adeptes. Une fois encore, à travers la nouvelle doctrine l'évolution, telle que l'a exposée M. Darwin et spécialement M. Herbert Spencer, l'esprit moderne s'est habitué à espérer un progrès illimité des facultés humaines à l'avenir. Enfin, les mouvements sociaux et politiques de notre époque ont trait à la croyance généralement répandue d'un nouveau type ie structure sociale dans laquelle un grand nombre de maux matériels de l'ordre existant disparaîtront. Quelle que soit la valeur scientifique des nombreux ouvrages qui plaident en fa-

1 . En connexion avec les principes de Godwin, le lecteur doit étudier les orines récentes poétiques dans la Révolte de l'Islam de Shelley, etc. L'idée les nobles destinées qui attendent la race humaine, quand elle sera délivrée de l'oppression et de la superstition, font briller dans ses écrits une uni i ère devant laquelle les sombres éléments de protestation et de conlamnation dont nous avons déjà parlé se voilent et s'atténuent.

veur d'une nouvelle organisation des relations industrielles dla société, on ne peut contester que des hommes d'une hautpuissance intellectuelle et d'une vaste connaissance pratiqu ne soient d'accord, quant aux heureuses possibilités d'un telle transformation. En vérité, cette aspiration sociale, on peu le dire, fournit le seul type vital d'optimisme dans notre siècle. Nous avons maintenant à le confronter avec une théorie de h vie qui nie non seulement la réalité du bonheur dans le paset le présent, mais aussi la possibilité de l'atteindre dai> l'avenir.

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