CHAPITRE IV
Vie de Schopenhauer. — Ses goûts et son caractère. — Le monde comme volonté et comme représentation. — La volonté est l'essence de toutes choses. — Relation delà volonté avec le monde phénoménal. — Degrés de la volonté en tant qu'elle s'objective. — Origine des êtres doués de conscience. — La volonté considérée comme la base de la vie humaine.
— L'amour est la manifestation de la volonté de l'espèce. — Vouloir vivre.
— Source de la misère de la vie. — Le plaisir est une négation. — Le mal du monde est incurable. — Délivrance momentanée par l'art. — Affirmation du vouloir vivre. — Renoncement de la volonté. — Ascétisme et suicide. — Le pire des mondes possibles.
Dans les différentes théories de la vie que nous avons passées en revue dans le dernier chapitre, nous avons rencontré diverses idées philosophiques et théologiques qui nous conduisent à une conception désespérante de la présente existence finie, mais aucune qui nécessite la condamnation de l'existence en soi. Au contraire, la tendance générale des différents systèmes de la pensée a été de fournir une solution satisfaisante et heureuse du problème de la vie et du monde. Jusqu'ici même , le pessimisme raisonné a été restreint et tempéré par la présence de réflexions consolantes, sinon réjouissantes. Dans un seul système, le bouddhisme métaphysique, noua rencontrons un type de doctrine qui condamne l'existence in toto comme nécessairement misérable.
Les pessimistes allemands modernes dépassent de beaucoup leurs prédécesseurs, en cherchant à montrer que toute l'existence, comme telle, est nécessairement pénible, douloureuse et
7a LE PESSIMISME
déplorable, reliant ainsi le mal de la vie humaine à une concep tion fondamentale de la nature des choses.
Le fondateur du pessimisme moderne est Arthur Schope», hauer. D'autres, comme nous le verrons, ont bâti sur les bas* qu'il a posées, altérant, ajoutant quant aux détails, mais netofr chant pas au plan général. Étudions donc cet écrivain, et M de mieux comprendre ses écrits, considérons quelques instants l'homme lui-même.
Le caractère et la vie d'Arthur Schopenhauer ont été récec ment présentés aux lecteurs anglais par miss Zimmern dan une esquisse très intéresante qui emprunte ses matériaux a: articles biographiques de Gwinner, Lindner et Frauenstâd Il est donc peu nécessaire de traiter ici ce sujet in extenso;^ peut rappeler quelques faits essentiels, afin de fournir au lecte I un portrait moral de l'homme.
Schopenhauer est né à Dantzig en 1 788. Sa famille mérite d'être mentionnée : plusieurs de ses membres, qui étaient d'extradé hollandaise, semblent s'être distingués comme commerçants* citoyens. Son père aussi bien que sa mère étaient des pei^ nages remarquables. Le père, riche marchand, était un homm* de quelque culture intellectuelle, avait des opinions nettes a décidées sur les questions politiques et un esprit si indépendas que Frédéric le Grand chercha en vain à le gagner cofltf sujet. La mère, de son côté, était une femme d'un esprit vif : goûts raffinés, qui trouva son plaisir principal, après la n» de son mari, dans le cercle de la société intellectuelle Weimar.
D'un autre côté, il semble qu'il y ait eu des traces distinct de maladies mentales dans sa famille. La grand'mère d'Aï* qui donna à son mari un fils idiot, devint elle-même imW* en avançant en âge. Son père même était d'un tempéra^ 1 sombre et morose et sujet à de violents accès de colère. * e la fin de sa vie, il manifesta de si vives inquiétudes sur se* faires, que l'on supposa qu'il souffrait d'un dérangement de prit, et sa mort, occasionnée par une chute dans un canal, fo tl tribuée par la rumeur au suicide. Gomme nous allons le vo
quelques-uns de ces traits caractéristiques morbides furent partagés par le pessimiste.
De bonne heure dans la vie, Arthur accompagna ses parents dans leurs voyages assez étendus, qui comprirent l'Angleterre dans leurs parcours. Ce fut pendant ce voyage qu'il acquit une certaine connaissance de la vie anglaise sociale et politique, aussi bien que les commencements de son goût durable pour la littérature anglaise. Ce fut alors aussi qu'il se prit d'un profond dégoût pour un grand nombre d'aspects sociaux et politiques de la vie anglaise. Comme un autre pessimiste, Heinrich Heine, Schopenhauer conçut une vive aversion pour Tétroitesse et la bigoterie de l'esprit anglais. Il nous donne suffisamment la preuve de ce sentiment dans ses écrits. Il dit en un endroit : « Il est temps d'envoyer en Angleterre, pour opposer aux Révérends, un missionnaire de la raison avec les écrits de Strauss dans une main et la Critique de Kant dans l'autre. »
Semblable encore k Heine dans un autre détail, Schopenhauer débuta dans la vie en apprenant le commerce dans une maison de Hambourg, mais avec un grand dégoût et une grande répulsion. Son mécontentement devint si importun que sa mère, devenue veuve, et qui avait désormais fixé sa résidence à Weimar, consentit à ce qu'il commençât la carrière d'étudiant qu'il demandait, en suppliant avec ardeur. Ses études et au gymnase et à l'université (Gôttingue et Berlin) embrassèrent un shamp vaste et bien varié, comprenant plusieurs branches des sciences physiques aussi bien que la philosophie, la jurisprudence et l'histoire. A Berlin, il entendit Fichte et Schleiermaher. Ses aptitudes à apprendre les langues étaient très marquées, et ses études privées comprenaient de nombreux mvrages de littérature étrangère, plus spécialement l'anglais et e français. Parmi ses auteurs favoris, on peut mentionner Locke, Hume, Voltaire, Helvétius, La Rochefoucauld et Chambrt.
Durant son séjour à Weimar, il semble s'être accordé assez nal avec sa mère, dont le caractère enjoué et l'amour de la tociété étaient éminemment désagréables à un jeune homme
trahissant déjà un fort penchant à la solitude et à la mélancolie. Weimar, toutefois, lui donna occasion de connaître et d'admirer le ministre Gœthe, bien qu'un seul des deux semble avoii pris grand intérêt à l'autre. Vers cette époque, il publia sol premier ouvrage, un traité sur le principe de la raison suffisante, pour lequel l'université de Iéna lui conféra le grade de docteur en philosophie. Cette publication n'attira pas, en apparence, beaucoup détention, bien qu'elle eût excité l'intérêt de Gœthe. Il essaya aussi une théorie des couleurs qui repose en grande partie sur les conceptions de Gœthe. A Dresde, cité où il se retira après avoir complété ses études universitaires, il eut d: nombreuses occasions de perfectionner son goût pour l'art. E dépit de la vie attayante de cette charmante cité, sa nature d*. vint de plus en plus décidément chagrine, soupçonneuse, misan thropique. A un âge où la plupart des hommes font de la femmr leur idole, Schopenhauer apprit à la placer au premier rang parmi les objets de son aversion et de son mépris.
En 1819, c'est-à-dire quand il eut atteint sa trente e 1 unième année, il publia son principal ouvrage : Die Welt ai WiUe und Vorstellung. Cet ouvrage, à cette époque, eut u: insuccès complet, et le désappointement occasionné par là aggrava la dépression mentale du pessimiste. Les ténèbres s'épaississant ne furent que faiblement éclairées par un long séjour e: Italie, où il semble avoir donné un plus grand développemei.' à ses études sur l'art. Les choses furent encore pires après un tentative avortée, l'année suivante, pour attirer autour de lui comme privat-docent, un auditoire à l'université de Berlin. L «* fluence d'Hegel, à cette époque, était prédominante, et ScV penhauer conçut une aversion profonde pour ce philosophe
1. L'opinion de Schopenhauer sur Hegel mérite peut-être d'être cfr comme un exemple choisi d'aménité littéraire : « L'histoire entière de la i térature, ancienne et moderne, ne peut fournir un exemple de fausse ce' ■ brité comparable à celle de la philosophie hégélienne. Jamais et nulle pale complètement mauvais, le faux palpable et l'absurde, que dis-je' manifestement idiot et, ajouté à cela ce qu'il y a de plus répugnant et plus dégoûtant en diction, n'ont été loués avec une aussi révoltante iœ|dence, avec un front d'airain, comme la plus haute sagesse, la chose plus glorieuse que le monde ait jamais vue, que cette pseudo-philosop!
et pour les philosophes d'université, en général : ce dernier sentiment, on peut l'observer, fut partagé par son successeur, Edouard de Hartmann. Schopenhauer avait une troisième bête noire, outre les femmes et les professeurs de philosophie : les luifs. Ces derniers, il semble les avoir considérés comme la personnification d'un grossier optimisme matériel.
A Francfort , où Schopenhauer se détermina finalement à vivre, il devint un solitaire parfait, conservant en général, excepté quand un ou deux disciples, ses admirateurs, l'approchaient, une taciturnité qui témoignait au moins d'une force considérable d'empire sur soi-même. En 4839, il fut assez for- .uné pour gagner un prix accordé par une université norwéjienne pour un essai sur la question controversée de la liberté le la volonté. Il a écrit aussi deux essais sur des problèmes noraux avec un objet semblable, bien que ces derniers n'aient >as remporté le prix ambitionné. Bientôt après, il publia le second volume de son grand ouvrage. Cependant cette activité ittéraire persistante ne lui procura pas à cette époque une grande célébrité. Probablement, les commotions politiques de 'époque firent qu'il fut impossible de diriger sérieusement son ttention sur les nouvelles productions philosophiques . Schopenhauer, comme Gœthe, ne s'intéressait pas beaucoup à la olitique, regardant le patriotisme comme la « passion des ots » et se souciant seulement de cette stabilité politique ui était la condition d'une étude individuelle sans interruption. L ussi il n'a aucune sympathie pour les mouvements révoluionnaires de 1848; mais, au contraire, il approuva la répresion quelque peu sanguinaire des soulèvements dans sa propre ité. En 1851, il publia ses Parerga und Paralipomena dont 3 style populaire contribua sans aucun doute à la diffusion de a propre renommée littéraire. Les témoignages de la presse nglaise et allemande lui causèrent beaucoup de plaisir, et sa ieillesse semble l'avoir rendu moins chagrin et moins mécontent ar la joie que sa célébrité tardive lui causa. Il mourut en 1860.
empiétement sans valeur. » (Parerga und Paralipomena; « Ueber Urtheil ritik Beifall und Ruhm ». Werke, VI, 501.)
Le caractère de cet homme extraordinaire mérite quelque remarques. La première chose qui frappe, peut-être, est l'att tude méprisante qu'il conserva habituellement à l'égard de se semblables. C'était un misanthrope dont la misanthropie pri la forme d'un mépris plutôt intellectuel que moral *.
Gomme Jonatham Swift, il prenait la plupart des homme* pour des fous et avait toujours souci de s'assurer une pto dans la minorité. Schopenhauer s'enorgueillissait de sa propre estime intellectuelle, en face du mépris général de ses contemporains. En fait, il se mit consciencieusement à l'oeuvre pou: cultiver cette misanthropie intellectuelle, c Étudiez 9 écrit-. parmi ses maximes, pour acquérir une vue exacte et bien sui vie de la nature entièrement méprisable de l'humanité. » Mailtenant, d'autres, outre Schopenhauer, ont professé le mépris des opinions de la multitude ; mais c'est qu'alors ils avaient èi soigneux de confirmer leur estime de leurs propres faculté par un appel à une minorité reconnue comme compétente. L confiance de Schopenhauer en lui-même était assez grand: pour le dispenser même de cette épreuve.
Bien entendu, personne n'est d'une manière constante indifférent à l'opinion des autres, et Schopenhauer cachait luimême, sous toutes ses manifestations de mépris, une viv sensibilité pour les douceurs de la renommée et des applaudissements. On voit, en fait, que cette misanthropie éta. grandement entretenue par ses échecs successifs pour gagm cette renommée, et comme professeur et comme écrivain. So avide curiosité de voir ce que les journaux disaient de lui quand Us rompirent enfin leur long, leur éternel silence, montr clairement que le pessimiste avait moins de mépris du jugemei des autres qu'il n'en affectait. Qu'il possédât un large fond
1. 11 n'y a pas de doute qu'au fond ce ne fût un mépris identique i mépris moral, puisque chacun semble se relier à une insociabilité fond* mentale et à une hostilité de caractère ishmaélitigue. A la vérité, Schopti hauer, en dépit de sa doctrine favorite de la pitié, semble avoir été sintf lièrement misanthrope dans le sens le plus large du mot; seuleuiei l'expression intellectuelle de son insociabilité en est l'aspect le pli remarquable.
d'indépendance naturelle, je ne veux pas dire de vanité intellectuelle, c'est certain; seulement, il n'avait pas la parfaite stabilité de conviction que fournit la calme dignité d'une supériorité consciente. La vague conscience de manquer de choses qu'il était en même temps à demi enclin à mépriser fournit un élément de dissonance morale chez cet homme.
Un semblable élément de conflit se rencontre quand nous nous tournons vers un second trait essentiel du caractère de Schopenhauer , sa disposition à la mélancolie. L'homme que sa timidité faisait tressaillir à la pensée d'un malheur possible chaque fois que le facteur lui apportait une lettre, qui 3mportait une coupe en cuir sur lui afin d'éviter la contagion 3n se servant des verres d'hôtel, et qui, même alors qu'il voyageait dans cette Italie ensoleillée, décrit ses sensations comme celles d'un homme qui aurait été soudainement plongé dans le l'eau froide, doit, on le suppose, avoir eu un tempérament issez triste. Par l'inclination naturelle de son esprit, il était lisposé à jeter un sombre voile sur le monde et à percevoir le nal plutôt que le bien de la vie. Cependant, même ici, la îature n'avait pas formé son rejeton systématiquement. Avec oute sa tendance aux sombres craintes et aux soupçons, il avait m certain goût pour les plaisirs de la vie, qui se manifestait, omrae par quelque ironie du sort, à l'égard de l'objet qu'il ffectait le plus de mépriser, le beau sexe. L'ascétisme de Schopenhauer n'eut pas un plein succès par rapport aux charmes es femmes. Une autre manifestation de sa faiblesse pour les puissances mondaines se trouve dans son amour pour la lusique de Rossini, un fait, par parenthèse, qui est particulièement curieux, d'autant plus que Schopenhauer est regardé omme le prédécesseur philosophiqne de Wagner, alors que s wagnérisme est opposé, avant toutes choses, à la mélodie, ui « chatouille si agréablement l'oreille », de Rossini et de on école.
Le second élément de conflit dans la composition morale et itellectuelle de Schopenhauer doit, on se l'imagine, avoir prouit des eflets singulièrement discordants. Ne croire qu'aux
7g LE PESSIMISME
misères de la vie et, à l'occasion, se sentir vivement ému pa l'éclat des plaisirs, est assurément un état déplorable pour u pessimiste. La plupart de nous, probablement, ont des théorie sur la vie qui se fondent sur des convictions prédominantes^ nous saisissons fréquemment de légères différences entre i croyance momentanée et le credo permanent. Mais lorsque, comme il arrive le plus souvent, la conviction ferme est plus* lutaire et offre plus de stimulant que la conviction temporaires désaccord ne nous trouble pas beaucoup. Nous reconnais que la conviction durable est meilleure que le soupçon fugir et nous sommes prêts à sacrifier le doute. Si toutefois, coïïil c'est le cas de Schopenbauer, la croyance temporaire est ht reuse, tandis que la foi permanente est décourageante, l'esp: ajoute, à l'abattement qui résulte de sa conviction dominan: l'aiguillon pénible du soupçon qu'après tout la concept décourageante des choses peut être insensée et un éléme pernicieux d'affliction. Il me semble qu'un vif sentiment' cette contradiction entre la théorie et l'impulsion aida gras dément à rendre plus intense l'instabilité naturelle de Set penhauer, et on peut ajouter ses sentiments hostiles et misa
thropiques.
Tels sont les traits qui arrêtent naturellement l'attentiquand on considère le tempérament moral de Schopenhaut Il faut ajouter qu'il y a un autre moyen d'approcher du caractè étrange de cet homme. On a déjà fait allusion à certaines te dances morbides chez des aïeux de Schopenbauer, et la que tion se pose naturellement de savoir si, en dépit de ses grand capacités intellectuelles, le pessimiste n'avait pas « quelqJ vice du sang » qui ait imprimé sur sa conscience habituelle < caractère de tristesse et de désaccord. Nul doute que, pour J médecins, Schopenhauer devait souffrir de quelque malai héréditaire, probablement d'une maladie cérébrale. En fait, i certain docteur allemand a pris la peine de nous donner i aperçu de Schopenhauer, au point de vue médical ; dans diagnostic, il cherche à définir la nature de la maladie el retracer ses symptômes variés et chez le pessimiste lui-mèi
et chez les autres membres de sa famille ! . Nous ne pouvons examiner ici la nature exacte de CQtte maladie. Qu'il suffise d'avoir remarqué le fait que la tonalité d'esprit généralement pessimiste de Schopenhauer se peut concevoir comme n'étant que la contre-partie d'un défaut physique.
Après ce portrait grossièrement ébauché et fort incomplet de la vie de Schopenhauer, passons à son système de philosophie. De ce système, je ne puis donner qu'une simple esquisse, pour laquelle je m'inspirerai uniquement de son Opus magnum, « le monde comme volonté et représentation intellectuelle 2 » (Die Welt als Wille und Vorstellung). Ce traité contient toutes ses idées principales, tandis que ses derniers écrits servent principalement à éclaircir, à mieux définir, et à mener à leur conclusion ces premiers principes.
La philosophie qui conçoit le monde comme volonté et représentation mentale et mène à une condamnation totale de l'existence humaine prend, pour point de départ, l'idéalisme subjectif de Kant. Le monde des phénomènes connu dans la perception sensible existe seulement pour les esprits doués de perception. La nature essentielle est donc la représentation mentale (Vorstellung). La multiplicité des objets individuels que Schopenhauer déduit du principe de l'individuation, principium individuationis, les relations de temps et d'espace, la loi de causalité, sont valables pour notre expérience, en tant que celle-ci est Vorstellung, mais ne peut jamais s'appliquer à quoi que ce soit en dehors de l'expérience. Ce mode d'apparence (Erscheinung) dépend de l'activité mentale et cesse d'exister quand l'esprit cesse de percevoir. Cependant ce monde
1 . Doctor Arthur Schopenhauer, vom medecinischen Standpunkte betrachtet, /on Cari von Seidlitz. Dorpat, 1872.
•2. L'expression Vorstellung, chez Schopenhauer, comme chez quelques i utres métaphysiciens allemands, joue à peu près le même rôle que le mot dea dans les écrits de Berkeley. Il comprend à la fois la perception sensible ït la reproduction imagi native, la présentation aussi bien que la représenation . Il ne peut donc se traduire en anglais par aucun autre terme. J'ai ihoisi le terme qui, dans un sens plus large, communique approximativement Tidée de Schopenhauer, n'aimant pas à suivre un exemple récent en {iiiployant l'expression : « envisagement ».
phénoménal n'est pas le tout de l'existence. Kant a reconnu le Ding an Sich comme un «; reste non exploré », et Schopenhauer tente de découvrir la nature de cet être absolu, de ce noumène.
Des penseurs allemands précédents, plus particulièrement Hegel, avaient conçu cette existence absolue, qui dépasse e: enveloppe tout ce qui est, comme sujet et objet, comme quelque chose de quasi-intellectuel, comme idée ou comme pensée. Schopenhauer, d'un autre côté, lui trouve un nom dansuu autre élément de l'esprit humain. Pour lui, la seule substance universelle est la volonté. Cette volonté, pour se servir impropres expressions de Schopenhauer, est « l'essence la plu intime, le noyau de chaque chose individuelle et égalemei celui de la totalité de l'existence. * Elle apparaît dans chaque force aveugle de la nature ; elle se manifeste aussi dans l'acti* délibérée de l'homme *. Que la volonté soit bien le principe élr mentaire des choses cela peut se prouver jusqu'à un certai: point. Si nous regardons dans notre propre conscience, n<w trouvons que la volonté seule forme sa matière et son objet in: médiat. L'esprit cognitif ne peut pas être connu lui-même dam la conscience personnelle; ce que l'on connaît est exclusivement la Volonté; car c non seulement la volition et la résolution dan? le sens le plus étroit, mais tout effort, désir, aversion, espoir crainte, amour, haine, bref, tout ce qui compose immédiatement notre bonheur ou nos maux individuels, le plaisir et 1 peine, ne sont manifestement qu'une affection de la Volonté *. .
Schopenhauer soutient plus loin que, en pénétrant dans L nature la plus intime des choses matérielles, nous atteignoa* non moins certainement l'élément fondamental, la volonté, dans les prétendues forces du monde inorganique et du monde organique. Au lieu de soumettre la notion de la volonté à cette force, comme des savants modernes ont coutume de le faire, i renverse le procédé. La justification de ce système est que nou?
1. Die Welt ais Wille und Vorstellung, I, p. 131. Mes références* rapportent à l'édition des œuvres de Schopenhauer, par Frauen*ta<it