CHAPITRE V
LES PESSIMISTES ALLEMANDS, LES SUCCESSEURS DE SCHOPENHAUER, HARTMANN, ETC.
Bahnsen, Frauenstadt et Taubert. — Edouard de Hartmann. — Sa vie. — Sa philosophie de 1' « Inconscient ». — L'Inconscient dans les organismes vivants. — Instinct et clairvoyance. — L'Inconscient dans les sentiments humains. — L'histoire, œuvre de l'Inconscient. — La matière considérée comme une volition inconsciente. — L'Inconscient et l'évolution organique. — La genèse de la conscience. — Unité de l'Inconscient. — L'origine du cosmos. — L'erreur de la vie. — Triple illusion concernant le bonheur. — Preuve de la prépondérance de la souffrance dan3 la vie telle qu'elle est. — Illusion du progrès. — Réconciliation du pessimisme et de l'optimisme. — L'intelligence est la rédemptrice de la volonté. — Eschatologie de Hartmann. — Les adversaires du pessimisme.
La philosophie de Schopenhauer demeura pour quelque temps sans effet bien visible sur les esprits de ses compatriotes ; l'influence qu'exerçait Hegel était encore trop forte. Dans ces dernières années cependant, les écrits de Schopenhauer ont excité, en compensation, un grand intérêt, et le pessimisme semble maintenant avoir formé en quelque sorte comme une école en Allemagne.
Parmi les disciples de cette école, un bien petit nombre (peut-être aucun) se contentent d'accepter le système du maître dans la forme où il l'a laissé. Ils s'écartent tous plus ou moins de Schopenhauer quant aux points principaux. Dans certains cas, cette divergence touche au caractère du pessimisme que Schopenhauer déduit de ses premiers principes ; d'autres fois, cet élément est conservé dans son intégrité.
Julius Banhsen est le plus en évidence * . Bien plus, on peu affirmer que cet écrivain rivalise avec son maître dans sa des cription de la misère de la vie.
Il est vrai qu'il se sépare de Schopenhauer dans certain détails de son système. Ainsi il rejette l'idéalisme de Kan admis par son maître ; il conçoit la volonté substantielle, bas du monde, comme une pluralité, non comme une unité Jfl d'autres termes, il incline plus vers le pluralisme d'HeW que vers le monisme de Spinoza et d'Hegel. Cependant celte différence n'infirme point la déduction pratique que Schopenhauer tire de sa conception de la volonté. Pour Bahnseo comme pour Schopenhauer, le monde est un tourment qtf l'absolu s'impose à lui-même.
Bien plus, Bahnsen exagère certains principes de Schopenhauer et leur donne plus de vigueur que leur auteur, et, * niant constamment la coopération de la raison dans le monde. il rejette la seule espèce de plaisir pur conservé par Schope^* hauer, celui de la contemplation intellectuelle. Puisque, suivant Bahnsen, l'ordre intellectuel et le plan harmonieux son totalement absents de l'univers *, l'observation scientifi^"" monde et sa représentation dans les créations de l'art, bien loin d'être une source de joie paisible, ne peuvent que can* de l'angoisse à l'esprit logique et philosophique. MêmeW 1 d'une annihilation finale de l'existence qui, comme nous verrons tout à l'heure, est proposé par Hartmann, est po Bahnsen une illusion. Comme il n'y a point de facteur intell tuel dans l'univers, et rien qu'une volonté se déchirant eu même en un éternel morcellement (Selbst-Entzweiung) P un tourment sans fin, la méchanceté de ce monde est défin 1 et irrémédiable, c Aussi loin que nos sens, écrit-il, notre p° suite, nos recherches, notre pensée, notre défrichement ap
intit$
i. Les vues de Bahnsen se trouvent dans un petit ouvrage i» , Zur Philosophie der Geschichte. Il est principalement dirigé con^ réhabilitation tentée par Hartmann du facteur de l'intellectuel dan* 1 du monde tel que Ta conçu Hegel. ^
2. Bahnsen exprime cela en disant que l'ordre des événements ne feste aucun lien logique, mais est simplement une real dialeeUc^
culatif (Grûbeln) s'étendent, nous ne découvrons dans le monde que gémissement et nulle perspective de délivrance. » Dans Bahnsen, dit Huber, l'idéalisme de la philosophie allemande, l'affirmation de la raison comme le principe de l'univers est complètement étouffée, de sorte que nous pouvons être sûr de trouver ici le développement définitif du pessimisme.
Bahnsen, cependant, est presque seul à soutenir l'extrême pessimisme de Schopenhauer. Parmi ceux qui ont cherché à adoucir la rudesse de ses traits, on doit comprendre le disciple qui a le plus fait pour exposer et renforcer la doctrine de Schopenhauer, je veux dire Fraûenstadt. En exposant et en défendant les vues de Schopenhauer dans ses lettres bien connues (Briefe), il cherche à modifier la forme, sinon le fond du système de son maître dans plusieurs détails. Ainsi, il essaye de rejeter à l'arrière-plan l'idéalisme subjectif de Schopenhauer, qu'il considère comme le résultat d'études précoces faites sous l'influence de Kant. Fraûenstadt dépasse encore Schopenhauer, en érigeant une représentation .intellectuelle inconsciente en élément concomitant de la volonté comme se manifestant plus particulièrement dans le monde organique. Encore une fois, en rejetant l'idéalisme subjectif de Schopenhauer, il peut donner une plus grande réalité à l'ordre historique des événements, et il affirme clairement que « l'histoire nous présente un but, un plan déterminé et régulier sous la forme de développement historique. » En dernier lieu, il cherche à adoucir les rudes contours du pessimisme de Schopenhauer et même nie que le mot de pessimiste soit applicable à un écrivain dont le système cosmique admet la possibilité de la négation de la volonté et de ses tourments.
Cette tendance à admettre le fait de l'inséparable misère du monde et cependant à trouver dans les limites d'an pessimisme conséquent des sources de consolation se manifeste nettement dans deux écrivains : Hartmann, dont nous parlerons tout à l'heure, et Taubert f . Le dernier accepte la doctrine de
i. Les vues de Taubert sont [contenues clans un petit ouvrage intitulé: Der Pessimismus und seine Gegner.
Schopenhauer, qu'avec le progrès vient une reconnaissance croissante de la non-réalité du bonheur et des souffrances àz l'existence, mais il appuie avec une grande force sur la possibilité d'un triomphe supportant cette misère par les effort combinés du genre humain. De la sorte, on peut atteindre L paix absolue, ou au moins le fléau du vouloir vivre peut être considérablement atténué. Cette combinaison de forces aurai: pour un de ses résultats la subordination des penchants égoïstes, au moyen desquels une grande quantité de souffrance serait d'un coup éliminée.
€ La suppression du plaisir dont on accuse le pessimisme écrit-il, se transforme par un examen plus approfondi, en m. des plus grandes consolations qui soient offertes à l'humanité, car non seulement il transporte l'individu au delà de toutes les souffrances auxquelles il est destiné, mais il accroît aussi le plaisirs qui existent et double notre jouissance. Il est vrai qu: nous montre le caractère illusoire de toute joie ; maïs il & touche pas par là au plaisir même, mais seulement renferme dans un cadre noir qui fait ressortir la peinture à son pta grand avantage. »
Taubert donne un plus grand poids à la valeur des \ow\ssances intellectuelles, telles que les reconnaît le pessimisme: c il les met, comme les images des dieux toujours lumineuse et exemptes de regret, au sombre arrière-plan des souffrance de la vie et des joies qui se terminent constamment e: peines. »
Taubert ressemble beaucoup dans son interprétation à u optimiste qui fait un faux pas en trébuchant dans un systèm de philosophie pessimiste et qui s'efforce vainement de s dégager de la fondrière dangereuse.
Il y a un autre successeur de Schopenhauer qui cherche j échapper à son pessimisme radical : c'est Edward de Hartmann. Cet écrivain fait beaucoup pour donner une nouvel! forme à toute la philosophie de Schopenhauer, et il a résolu t problème ontologique en une forme si complète et si systéma tique qu'il importe d'examiner ses vues assez longuement.
C'est, en fait, une question de savoir jusqu'à quel point on doit regarder Hartmann comme un disciple de Schopenhauer. Selon sa propre opinion, son système ne se rattache que vaguement à celui de son prédécesseur *. Cependant, bien que l'on loive accorder que Hartmann a beaucoup modifié et a donné m nouvel aspect à certaines parties du système de Schopenlauer, il est difficile de nommer son système une doctrine ndépendante. C'est, à proprement parler, un développement les idées principales de Schopenhauer, avec leur rajustement lans de nouveaux rapports de proportion, avec l'addition de juelques éléments tirés d'autres philosophes, comme Scheling et Hegel. En aucun cas il n'accepte la vue de Schopenhauer, quant à la misère de la vie, et il recommande le enoncement du vouloir vivre comme le dernier mot de l'huaanité. Il est vrai qu'il donne une nouvelle forme à ce renonement de la volonté ; cependant, dans le système de Hartaann comme dans celui de Schopenhauer, l'abandon de la vie st l'unique, la dernière ressource pour les hommes' qui raisonent *.
Avant d'entrer dans les détails du système de Hartmann, il 3t bon, comme dans le cas de Schopenhauer, de présenter au jeteur une légère esquisse de la vie de l'écrivain. D'après une courte autobiographie récemment publiée par artmann, sous le titre : Histoire de mes idées {Mein Enttvitelungsgang) 3 , nous pouvons recueillir les faits suivants conîrnant sa vie et son éducation :
1. Pour un exposé récent de son rapport avec Schopenhauer, voir une vue des Nouvelles Lettres (Neue Briefe) de Frauenstadt, dans la Revue ilosophique de juin et juillet 1 876.
2. Zeller remarque que « c'est seulement un point subordonné de la férence entre le système de Hartmann et de Schopenhauer, que la vue ssimiste de la vie (commune aux deux) ressort moins énergiquement us Hartmann que dans son prédécesseur.
*. Cet article parut pour la première fois dans le Gegenwart, 1875, et a ! depuis réimprimé parles Gesammelte Studien und Aufsatze gemeinversxdlichen Inhalts. L'auteur d'un article très intéressant sur la « philosoie du pessimisme » dans la Revue de Westminster de janvier 1876, cite un deux « on dit » concernant la vie de Hartmann que cette autobiograe contredit tout à fait.
Car) Robert Edouard von Hartmann (les deux premiers pri noms ne sont pas employés par l'écrivain) naquit à Berlin 6 l'année 1842. Son père était capitaine d'artillerie prussiens Edward fut enfant unique et, étant d'une nature précoce, acqui promptement une grande maturité de pensée et d'expression Il fit les études excellentes des gymnases prussiens, tout* fois sans beaucoup de plaisir. La précocité du jeune hommi est bien marquée par le fait qu'il était capable de voir, même à cet âge, la partialité et l'étroitesse de bien des cboses dut renseignement de son école. Il sentait que l'école était ? « fardeau oppressif » et se révoltait « contre un système d'iotraction qui, sous beaucoup de rapports, était un évidente pillage de temps. > L'heure où il quitta l'école fut « prêtre la plus heureuse de sa vie ». Une raison de cette acte oppressive de l'école était évidemment le manque de relations agréables. Hartmann parle de ses camarades comme regardant sous l'aspect d'un fou imprudent, à cause de se absence de tout sentiment de respect envers l'autorité, i n'avait pas grand amour pour les études classiques. Homèrt pense-t-il, ne charme que les enfants, tant le savant avec s culture moderne, paraît élevé au-dessus de cette naïve poésie Les mathématiques et les sciences naturelles (jusqu'à qufl point il étudia ces dernières, il ne le dit pas) étaient ses oca pations favorites. Les seules sources de plaisir réel dans cetf existence en apparence si peu joyeuse étaient des romans ad glais et, plus tard, l'étude de la musique et de la peinture; dai chacun de ces arts, il fit des progrès considérables.
En quittant l'école, Hartmann se trouvait dans une tri grande incertitude quant au choix d'une profession. Il reculi devant la perspective de la carrière universitaire, à cause de grossièreté et de la vulgarité de la vie d'étudiant (on voudii savoir combien de gymnasiastes allemands sont troublés i pareils scrupules). Il n'était pas suffisamment sûr <Tun suce de premier ordre, pour prendre comme profession ou l'un ses arts favoris, ou les sciences naturelles. Il se décida po l'armée, croyant qu'en devenant soldat il en deviendrait pi
vraiment un homme ». De plus, ses études mathématiques et îysiques l'attiraient plus spécialement vers l'artillerie. Sa nouvelle vie paraît avoir été plus en rapport avec son sprit que ses expériences de la vie d'écolier, bien qu'il soit 'ident qu'il rencontra peu de sympathie dans ses vues spéales, à cause de la légèreté de ses camarades. Il s'assura ;aucoup de temps pour ses lectures qui embrassaient des uvres de philosophie, de sciences naturelles, de sujets esthètes. Les lectures philosophiques qui dès lors absorbèrent ) plus en plus ses loisirs furent d'abord conduites à bâtons mpus, puis après d'une façon plus systématique. Pour la upart du temps, nous dit-il, il était guidé par un certain insict naturel pour trouver ce qu'il y avait de bon dans la littéture philosophique ; cependant il avait aussi la direction de lelques amis médecins pour la lecture d'oeuvres sur les iences psychologiques et naturelles.
Plus remarquable encore que son goût précoce pour la littéture philosophique, fut sa tendance à résoudre des problèmes étaphysiques pour lui-môme. Il nous dit que, dans sa treiîme année, il avait commencé à prendre note de pensées, de lestions, de doutes et d'aphorismes et que, à la fin de son urs de gymnase (à sa dix-septième année), il composa « son emier ouvrage suivi », sous le titre de Réflexions sur l'esprit,
il discutait, inter alia, le problème de la vie future, du libre bitre, etc. Durant les premières années de sa carrière milire (1858-1863), ses devoirs professionnels lui laissèrent trop u de temps pour des productions philosophiques. En 1863, ious dit qu'il a posé quelques-uns des piliers fondamentaux
son système philosophique, comprenant la réconciliation du
3simisme et de l'optimisme et la justification de la méthode
îologique.
Dans l'hiver de 1861-62, ses études militaires furent interrom-
es par une affection du genou qui, ayant empiré, nécessita
longues absences aux eaux et le força enfin à abandonner carrière. Il quitta l'école d'artillerie en 1862 et abandonna tt à fait la profession en 1864. La maladie dont il souffrait
était restée locale, ne compromettant en rien sa santé génér et s'était même considérablement atténuée.
Après avoir plusieurs fois pensé à prendre l'art de la pi ture ou de la composition musicale pour profession, Hartmj décida de se consacrer à la philosophie *, et, vers la un l'année 1864, il avait déjà commencé sa Philosophie de Fi conscient. Dans cette production comme dans les producfo antérieures, il se mit au travail, dit-il, uniquement formé pa le désir de satisfaire sa propre soif intellectuelle de la vér et sans aucune considération des conséquences. Il atu ! beaucoup d'importance à ce fait que ses productions n'éta. i régies par aucun but externe, ou personnel, ou matériel;. 5 ce point de vue, il ajoute : « La Philosophie de Vlnconsciec spécifiquement distinguée de la plupart des productions lir raires de la philosophie moderne, qui servent de manuel f un examen projeté devant l'université, ou comme moyen d tenir une chaire de professeur, ou comme une confirma: de réputation professorale, ou enfin comme un capital L: raire. »
Il se félicite aussi, en termes qui peut-être semblent à pe convenables, au moins pour le goût anglais, de ce que s œuvre a été entreprise dans un isolement profond des cer professionnels et ce qu'il nomme la philosophie du corps métier * (Zunftphilosophie). La parfaite originalité et l'i: pendance de ses spéculations sont garanties, pense-t-il, pa: fait que, parmi ses amis, il n'y en avait aucun avec qui il tenir une conversation d'une « tournure philosophique q conque ».
Vers Tannée 1867, l'œuvre fut complétée, bien qu'elle . i
1. On admire presque la franche vanité de Hartmann, quand ù dit qu'à cette époque il savait que dans ses vingt-deux années V il avait fait plus d'expériences, s'était débarrassé de plus de préjugé* • vu clair à travers plus d'illusions que bien des hommes cultivés d • chance de le faire dans leur vie tout entière.
2. Hartmann est fréquemment nommé docteur, et Erdmann (Gn der Geschichte der Philosophie) dit qu'il passa son doctorat à lTui* ' de Berlin en 1867. Mais Hartmann n'en fait pas mention et de plus ?-n'avoir jamais pris ce titre.
as été publiée avant 1869 *. L'auteur termine son autobiograhie en nous disant la raison pour laquelle il n'a pas changé n substance le premier plan de son système dans les éditions ostérieures;il réfute d'avance l'accusation de tendances pessimistes dues à une triste expérience personnelle; car il nous fait ne agréable peinture de sa vie intérieure égayée par la pré- 3nce d'une femme aimable, d'un beau et charmant garçon ommençant à mettre en pratique l'accord des verbes et des oms, et de quelques amis sympathiques.
Avec cette connaissance du caractère et de la biographie de auteur, jetons maintenant nos regards sur son important •aité de la Philosophie de l'Inconscient, afin d'étudier plus en étail ses traits principaux et ses idées fondamentales 3 .
Dans l'introduction, M. Yon Hartmann nous donne une idée ssez nette de la portée de son ouvrage. Partant d'une citation e Kant, sur l'existence de la représentation mentale ou des lées (Vorstellungen) dont nous n'avons pas la conscience, l'au- 3ur cherche à définir sa conception fondamentale comme prinipe mental inconscient qu'il présente lui-même tantôt comme olition (comme dans l'instinct), tantôt comme une représenition mentale ou idée (comme dans plusieurs formes de la lémoire). Il ajoute que la conception métaphysique de Fin- )nscient, qui doit renfermer et la volonté inconsciente et l'idée iconsciente, est positive aussi bien que négative, en vertu des eux attributs, la volition et la représentation.
L'auteur discute plus loin la véritable méthode de la spécuition. Il se plaint que la science soit restée trop restreinte et *op bornée, par manque d'interprétation métaphysique de ses onclusions; tandis que la philosophie, en employant seule-
1. Il peut être intéressant de comparer l'âge d'Hartmann avec ceux des eux autres jeunes métaphysiciens à l'époque où ils publièrent leur prener grand ouvrage. Berkeley avait vingt-cinq ans quand parut sa Nouvelle ïéorie de la vision, et le Traité de la nature humaine fut publié quand Hume vait vingt-six ans.
2. Pour ce précis du système de Hartmann, on renvoie à la sixième édion de son ouvrage en un volume ; depuis que ces pages ont été écrites, ne nouvelle édition en deux volumes a paru; elle ne diffère des précéentes que par l'addition de quelques suppléments scientifiques à la fin.
ment la méthode déductive, est restée maigre et sans * stance, et incapable de s'unir aux fruits de la recherche en rique. La méthode convenable est de les combiner toutes i en cherchant à relier, suivant la méthode inductive,lesp cipes spéculatifs (auxquels on est d'abord arrivé paruneesf de c saut en l'air dune nature mystique ») avec les résul plus élevés atteints par la science inductive.
Après une revue de ceux qu'il nomme ses prédécesseur philosophie et en science, par rapport à la notion de 11»" scient, et une très curieuse section sur la manière dont » acceptons l'existence des buts et des fins dans la nature, i> vain aborde la première des trois divisions principales de î ouvrage, à savoir celle qui discute les manifestations de .1 conscient dans les corps organiques et principalement dait animaux. Cette partie, aussi bien que celle qui suit, pn* être une investigation rigoureusement scientifique des i* sert à former la base empirique de la théorie métaphy# l'Inconscient. La conclusion de cette investigation est q»? tout dans les procédés de la vie organique l'action de la t* inconsciente et de l'intelligence est facilement recoin^ Il est prouvé qu'elle a son siège dans la région des fot^ de la colonne dorsale et des ganglions sympathiques, ^ mouvements volontaires et réflexes, dans l'instinct, dan* procédés réparateurs de l'organisme, et enfin dans la tot0 et la croissance des corps organisés. Sous ces titres, 1 ecn recueille d'un grand nombre de sources différentes une 9 tité de faits intéressants et curieux qui, dans son idée, ne \ vent être rapportés qu'aux opérations de la volonté incon^ et de l'idée inconsciente, comme à leur seule cause ^ Sans essayer de le suivre dans les détails, bornons-nous a J un coup d'oeil sur un ou deux exemples de son mode d prétation raisonnée de ces phénomènes biologiques.
Par exemple, Hartmann cite un grand nombre de M 8 connus qui tendent à démontrer qu'il y a certains nw> uve que les centres inférieurs de l'épine dorsale et de la allongée exécutent sans aucune intervention du cerveau-
une poule dont Flourens avait enlevé la cervelle tout entière plaça sa tête sous son aile pour dormir et, en s'éveillant, se secoua et arrangea ses plumes avec son bec (on a peine à croire que 1 écrivain ait voulu dire que l'épine dorsale et la moelle seules fussent intéressées dans ces actions). Il infère de jes faits, comme M. Lewes et d'autres l'ont fait, que les aninaux ont, en plus d'une conscience cérébrale, qui est l'animal ui-même, une conscience à part qui a son siège dans les cenres inférieurs. En d'autres termes, il existe dans notre sysème physique des volontés distinctes qui, au point de vue de a conscience supérieure du moi, sont inconscientes.
Bien plus, on peut non seulement prouver que les centres nférieurs de conscience existent dans l'organisme animal, tous pouvons découvrir la présence d'éléments mentaux disincts qui n'entrent pas comme facteurs soit dans la conscience cérébrale supérieure, soit dans la conscience inférieure du sysème ganglionnaire. C'est ce qui se voit dans l'exécution des nouvements volontaires. Lorsque je désire lever mon petit ioigt, dit Hartmann, les vibrations moléculaires qui corresponlent à cet état mental (Hartmann l'appelle représentation) sont iituées dans le cerveau et ne peuvent, par conséquent, agir lirectement sur les extrémités des nerfs moteurs qui aboutis* ent aux muscles du doigt, puisque ceux-ci sont situés dans la noelle ou dans le cervelet. Et il n'est pas possible non plus L'expliquer par un procédé mécanique la transmission de ces vibrations cérébrales aux nerfs moteurs. D'où il résulte qu'il loit exister un procédé psychique intermédiaire qui évidemnent est inconscient. En conséquence de l'intention consciente le lever le doigt se produit une intention inconsciente d'exciter e point P où aboutissent les nerfs moteurs. De plus, cette inention implique clairement la présence d'une représentation nentale inconsciente, à savoir celle du point P; en conséjuence, « chaque mouvement volontaire présuppose la représentation inconsciente delà position des terminaisons nerveuses îorrespondantes dans le cerveau » (p.67).
Dans les phénomènes de l'instinct, Hartmann trouve un
il2 LE PKSSïttîSMK
champ beaucoup plus vaste pour cette action de l'esprit inconscient. Les actions instinctives ne peuvent pas, pense-U s'expliquer comme processus conscients, exécutés par une in tention consciente. La rapidité et la sûreté avec lesquelles a les exécute les distinguent franchement des actions nettemed conscientes des mêmes intelligences limitées, ces actions étail toujours lentes, hésitantes et embarrassées. On ne peut p& non plus les expliquer par une théorie mécanique de la struc ture et de l'action nerveuses, comme processus purement matériels. Elles impliquent clairement des processus mentaux, ? puisque ceux-ci ne sont pas conscients, pas même les élémei d'une conscience inférieure isolée qui est présumable dans . centreganglionnaire moins complexe, on peut supposer qu'eiir doivent résulter d'une volonté et d'une conception intellige qui sont inconscientes dans tous les sens.
Cette volonté intelligente inconsciente, bien qu'elle n'ait pune base matérielle définie ou un siège dans l'organiser comme la volonté consciente du cerveau et les volontés décentres inférieurs, n'en doit pas moins être regardée conut appartenant à l'individu. Elle surgit « de la nature et du cara tère intimes de l'individu. Le but de chacun de ces Vnslmcfc personne n'y pense comme à une intelligence en dehors d l'individu, comme à une providence. . . mais elle est voulue dai tous les cas par l'individu seulement d'une manière ino sciente » (p. 97). Sous le nom d'instinct, on peut ajouter q. l'auteur met en évidence tous les cas où l'animal prévoit, *> qu'on puisse découvrir la source d'où il tire ses informât] ^ Ainsi la migration des oiseaux ne peut s'expliquer comme eU le résultat d'une sensation au moment précis, mais elle irc; que une prévision des changements atmosphériques futurs. pressentiment, Hartmann l'appelle clairvoyance (Hellsehen I il considère les faits connus de la clairvoyance humaine conri participant de la même nature.
Dans son explication des forces réparatrices de l'organisa et du processus de développement organique, l'auteur chercJ à tracer dans une région plus vaste encore Faction de la vole j
inconsciente et de l'intelligence dans l'organisme. La maladie est un trouble de l'organisme causé par une force extérieure, et le rétablissement est le résultat d'un acte volontaire, d'une providence individuelle qui atteint sûrement son but. De même, la croissance peut s'expliquer comme le simple résultat ie lois mécaniques, mais elle implique certainement l'action l'une volonté.
Le résultat de cette première partie semble être que, dans es processus de la vie animale, il se manifeste, en addition à la -olonté dont l'individu est conscient, d'autres volontés quasi onscientes en corrélation avec les centres nerveux inférieurs, t de plus une volonté tout à fait inconsciente, qui ne peut se éfînir que comme une sorte d'esprit ou de providence tutédre de l'individu et qui semble capable de remédier à nombre e lacunes de la volonté et de l'intelligence conscientes et de roduire un grand nombre d'actions et de changements dans Drganisme, n'étant limitée que par certaines conditions maîrielles qui ne sont pas clairement établies.
Dans la seconde partie, Hartmann cherche à mettre en évisnce les révélations de l'Inconscient dans l'esprit humain imme la seconde grande région où l'on doit rechercher les sultats empiriques de ce principe. Sans mettre beaucoup :>rdre dans son sujet, l'auteur passe ici en revue ce qui lui mble être les éléments inconscients dans l'amour sexuel, ns la faculté de sentir en général, dans le caractère et la >ralité, dans le jugement esthétique et dans la création artisue, dans le mysticisme, dans l'histoire, etc. Dans toutes ces çions. l'auteur pense qu'il découvre l'action de l'intelligence ^rière l'intelligence, de l'intention inconsciente derrière l'in- L tion consciente, abolument comme dans la première partie
reconnu la présence d'une volonté, autre que celle de la iscience, derrière les développements matériels de l'orgafxi e animal.
)ans son explication de l'amour, Hartmann suit de très près l0 penhauer, et dans la manière de concevoir le sujet, et s le style et la manière de le présenter. Les hommes recher-
StJTaLY. — Pessimisme. 8
chent les plaisirs sexuels, poussés par cette illusion qu'ils « tiennent ainsi un degré de plaisir auquel ils ne peuvent arri autrement. Ce qui s'explique en admettant que ce qu'ils v lent n'est pas le plaisir, mais l'acte de la génération ; et c ce dessein inconscient, cette impulsion instinctive et aveugle donne de la réalité et de la force au plaisir que trouvent amants à se rechercher, parce qu'ils trouvent une nature fait contraste avec la leur ou qui la complète.
La manière dont Hartmann explique les manifestations < l'Inconscient dans le plaisir et dans la peine en générai t extrêmement curieuse. Les plaisirs et les peines sont des ^ parfaitement homogènes, qui ne diffèrent que par la quant Quelle est donc l'unique cause de ces phénomènes '? C'est i. erreur de prendre le sentiment comme cause première ei regarder le désir (Begehren) comme la simple représentai d'un plaisir futur. La vraie manière d'envisager le sujet, c de considérer la volonté comme cause première et de résoùle plaisir en une satisfaction de la volonté. Ceci se prouve deux manières : d'abord, la volonté, en tant qu'instinct, e.\: : comme chose certaine, avant toute représentation du plai^ en second lieu, il n'est pas possible de résoudre toute voloi dans une représentation du plaisir, tandis qu'il est possible ' résoudre tout plaisir dans une satisfaction de la volonté, i 1 aboutit à ce résultat, bien entendu, à l'aide de l'hypothèse! la volonté et de la représentation inconscientes.
Hartmann complète son explication de plaisir et de la tirée de la vie mentale consciente, par les deux proposi suivantes, tirées de la Psychologie de l Inconscient ; d'à t quand nous ne sommes pas conscients d'une volition d satisfaction (ou la non-satisfaction) de laquelle un plaisir prâl ou une peine présente pouvaient consister, la volition en q|| tion est une volition inconsciente ; et, en second lieu, l'élî obscur, inexprimable, dans notre manière de sentir, se t dans l'inconscience des représentations qui les accompagn
Gomme exemple de la première proposition, le plai résulte de la stimulation nerveuse se trouve relié, sii
Lotze (et on peut ajouter suivant M. Bain), à un accroissement des fonctions organiques, la peine à un trouble de ces fonctions. C'est là manifestement la satisfaction de la volonté inconsciente qui maintient l'organisme individuel.
L'action des représentations inconscientes dans nos plaisirs se voit dans le changement d'humeur dont nous ne pouvons clairement rendre compte. Les joies soudaines et les tristesses des enfants se rapportent aux représentations inconscientes . qui correspondent aux centres ganglionnaires inférieurs. Cette action de la représentation inconsciente, bien qu'elle se manifeste plus distinctement dans les sensations des animaux inférieurs, se présente d'une manière frappante dans les phénomènes del'hystérie, les sensations qui résultent des changements amenés par la puberté, etc.
Au sujet de l'Inconscient dans les autres régions de la vie mentale, on ne peut faire qu'une simple allusion. Hartmann, bien qu'il affirme l'existence réelle du monde externe et de l'espace, accepte les théories empiriques de la genèse de nos notions de l'espace par une synthèse de sensations musculaires et d'autres sensations, et, s'appuyant sur la théorie de Helmoltz des inférences inconscientes (Schlûsse), il cherche à montrer que cette synthèse gît en dehors de la conscience. Le langage, d'un autre côté, démontre le même principe, car la parole humaine est trop vaste et trop compliquée dans son développement pour être le produit d'une seule intelligence, tandis qu'elle a beaucoup trop d'unité organique pour être due aux actions conscientes d'une multitude d'intelligences. Encore une fois, le mysticisme (sous ce nom, on doit comprendre non seulement la vision et l'extase des religieux, mais aussi la clairvoyance et l'intuition métaphysique) démontre l'existence de /Inconscient. L'objet ou le contenu de la pensée mystique ne peut s'atteindre par l'expérience, mais c'est une révélation de a sphère de l'Inconscient. Enfin, dans l'histoire, que Hartmann ;onçoit, après Hegel, comme une évolution de l'idée et la réaisation d'un plan intelligible, on peut observer la même chose. Lprès avoir passé en revue les divers facteurs du dévelop-
pement social et historique, y compris le développement de la société, la formation de l'État et de l'Église, les opérations de l'industrie, etc., il conclut comme il suit : c Si nous ne pouvons méconnaître, dans l'évolution totale, une unité de plan. une fin évidente voulue, à laquelle tend tout le développement à chaque pas; si, d'un autre côté, nous devons accorder que les actions séparées qui ont préparé ou occasionné ces phases n'ont été d'aucune manière causées par la conscience de ces fins, mais que les hommes presque toujours se sont efforcés de réaliser et ont réalisé quelque chose d'autre, nous devons aussi reconnaître que quelque chose d'autre que l'intention consciente des individus, que la combinaison accidentelle d'action isolées, opère, sans se révéler, dans l'histoire. Ce c quelque' chose d'autre », c'est ce que Schiller appelle « le vaste regar qui découvre de loin en quoi les fins des efforts individutaboutissent inconsciemment à l'accomplissement du tout. >» ]
Vers la fin de la seconde partie, Hartmann prétend av;. établi que la présence de la volonté inconsciente, mais intelligente, peut nettement se distinguer et dans la région ds processus matériels et dans celle de l'activité consciente. Il se contente de cette base d'induction et s'attache, dans \& troisième partie, sous le titre de Métaphysique de Vlnconscienl à définir et à déduire les conséquences du principe de l'Inconscient comme la réalité ontologique qui se répand p^ tout. Nous n'avons pas besoin de nous arrêter aux subtiles dr eussions métaphysiques de cette section assez mélangée ôi son ouvrage. Il sera suffisant peut-être de signaler quelqueuns des traits les plus saillants et les plus intéressants.
La grande tâche qu'entreprend Hartmann dans une met physique de la volonté inconsciente, c'est de montrer le r«v port de son principe à la matière comme existence réelle ! de déduire les processus métaphysiques par lesquels la matit atteint lentement les formes de la vie organique, et enfin d'uii vie capable de conscience.
La matière , dit Hartmann , consiste , suivant la derniïhypothèse physique, exclusivement en forces atomiques inno:J
brables groupées ensemble de certaines manières. Ces forces, ou points de force, sont positives, négatives, attractives ou répulsives. Chaque atome de force est un effort. Qu'est-ce à dire ? Qu'est-ce que l'effort de la force atomique en dehors de la volonté, cet effort dont le contenu ou l'objet est formé par la représentation inconsciente du but de son effort (p. 478)? Les activités des forces atomiques sont simplement des actes de volition individuelle. Ainsi la matière a été résolue aisément en volonté et en idée, et la différence radicale que Ton supposait exister entre la matière et l'esprit s'efface. Leur identité n'est plus désormais un postulat inconcevable, ou le produit d'une conception mystique, mais s'élève jusqu'à une définition scientifique.
Passons maintenant à l'évolution de la vie organique. Il conçoit le progrès du développement organique comme distinctement voulu et projeté par l'Inconscient, l'objet auquel il vise étant un degré de vie de plus en plus élevé. Mais comment devons-nous concevoir cet inconscient organisateur? Est-ce simplement la somme des actes individuels de la volonté suppléés par les forces des atomes de la matière? En d'autres termes, est-ce que l'évolution organique est un procédé mécanique s'expliquant par les lois connues des procédés matériels? Hartmann est très clair sur ce point. L'Inconscient dans l'évolution organique est tout à fait à part des forces matérielles ou volitions impliquées dans les changements corporels. C'est une volonté éclairée par une intelligence qui y préside, qui de temps en temps interfère avec leur action en introduisant un nouvel élément. En même temps, il fait grand usage de ces forces mécaniques. Il s'empare, pour ainsi dire, de toutes les formes de combinaisons mécaniques qui se trouvent avoir été développées par des efforts précédents de l'Inconscient, afin de s'épargner un travail inutile et de réduire les résultats de son interférence au minimum d'effets matériels (sic). Par exemple, Hartmann conçoit que l'Inconscient fait usage de certaines « dispositions » ou tendances, dans deux genres de matériaux qui se combinent dans l'acte de la reproduction; « ces
tendances rendent ces matériaux capables de se développer plus facilement dans la direction prescrite par les organismes du père et de la mère, que dans toute autre direction. » S : l'Inconscient voyait une raison de s'interposer ici, comme d contrecarrer cette tendance mécanique, il le ferait; mais, puisqu'il n'y a aucune raison de ce genre, en tant qu'il s'agit <fe la préservation du type, nous trouvons qu'il ne s'interpo>e pas, mais que « l'engendré ressemble aux engendreurs »
Cette conception d'une volonté inconsciente (en outre et audessus des simples volitions des atomes corporels), dont Faction ne peut se réduire aune opération mécanique, est misée évidence d'une manière très remarquable par l'auteur de discussion du darwinisme ! . Hartmann admet l'action de I variation individuelle, de la sélection naturelle et de l'hérédité mais, faisant appel aux objections soulevées par M. Wallace le professeur Xageli, il pense que ces explications sont tout fait insuffisantes pour rendre compte du progrès de la vie animale. La sélection naturelle explique, pense-t-il, seulement ! développement et la transformation des organes existants en quelque nouvel c arrangement physiologique > exigé par les circonstances du temps; il est impuissant à expliquer un changement morphologique proprement dit. La principale partie d développement des plantes et des animaux est due à Tactic directe de l'Inconscient organisateur. Ce que le principe ô Darwin représente est simplement l'action de certains arrai gements mécaniques que trouve Tlnconscient tout prépaiv pour lui, pour ainsi dire, et dont il fait usage. Hartmann expo nombre de principes qui, pense-t-il, expliquent complètent: les progrès de l'évolution organique. Parmi eux, le suiva: entre autres, mettra bien en lumière la conception de PauU sur ce sujet : « L'Inconscient se sert des déviations individuel: qui se produisent accidentellement dans chaque processus '
1. Hartmann a consacré un bien plus grand espace à l'hypothèse «: Darwin dans un volume qui a pour titre Wahrhcit und Irrthum im V. winismus.
la génération en tant que ceux-ci se présentent dans des directions qui répondent à son but. »
Voyons maintenant ce que Hartmann fait de la genèse de la conscience dans ce système. Les oppositions entre la conscience et l'Inconscient sont, dit-on, celles-ci : La conscience est capable de maladie ou d'épuisement, tandis que l'Inconscient n'est point sujet à ces accidents. L'une a une durée et implique la mémoire, tandis que l'autre n'a pas de durée. La première est sujette à Terreur ; le second, infaillible. Puis la conscience est nécessairement soumise à la condition de la présence d'une matière cérébrale et de ganglions nerveux. Sur ce point, Hartmann, comme Schopenhauer, est tout à fait d'accord avec les matérialistes. Le point final, la dernière différence entre la conscience et l'Inconscient, c'est que, tandis que dans la première la volonté et la représentation intellectuelle sont inséparables, dans le second l'idée peut arriver à se détacher de la volonté. La conscience permet donc à l'intellectuel de s'émanciper du volitionnel. Voici le procédé à l'aide duquel se manifeste la conscience émancipée de la représentation intellectuelle.
« La représentation n'a aucun intérêt à sa propre existence, aucun effort pour l'atteindre ; conséquemment, aussi longtemps qu'il n'y a point de conscience, elle est seulement évoquée par la volonté, et l'esprit inconscient peut seul avoir une représentation qui, étant appelée à l'existence par la volonté, forme le contenu de la volonté. Ici, la matière organisée vient rompre la paix de l'Inconscient et fait pénétrer de force dans l'esprit individuel étonné, durant la réaction nécessaire de la sensation, une représentation qui tombe sur lui comme du ciel, car il ne trouve en lui-même aucune volonté de cette représentation... La grande révolution s'est accomplie, le premier pas pour la rédemption du monde est fait, l'idée est arrachée à la volonté, afin de s'opposer à elle à l'avenir comme une puissance indépendante, afin de soumettre cette puissance dont elle a été l'esclave » (p. 394).
En d'autres termes, a la représentation est imprégnée des
œuvres extérieures comme un motif de volonté et appelle m acte négatif de la part de cette même volonté. * Le choc ci tressaillement (Stutzen) est le moment de l'origine de cetvolonté négative, l'arrivée soudaine et momentanée de l'opp sition de la volonté. Mais, puisque la volonté qui fait oppo?. tion est trop faible pour accomplir parfaitement cette négatioi. il reste une faible volonté dépourvue de satisfaction et chargée de peines, qui est ainsi un accompagnement inséparable de toute genèse de la conscience.
Si Ton demande comment la matière peut ainsi effectuer ur. irruption dans l'esprit individuel inconscient, la réponse » trouve dans la vérité que la nature elle-même n'est qu'ui. forme de la volonté (atomique). La sensation et la consciene naissent donc d'une collision ou d'un conflit de volontés, to comme la matière elle-même naît de l'intersection et de To; position de deux ou de plusieurs volontés atomiques. CTef seulement lorsque la c volonté rayonnante » trouve une résir. tance causée par quelque homogénéité, à savoir une autr volonté, en collision avec laquelle elle recule ou se brise qu'elle est capable de produire « le phénomène objectif dt l'existence et le phénomène subjectif de la conscience ».
Les volontés inconscientes des organismes individuels, le* volontés atomiques dans la nature inorganique, ces conceptions semblent tendre à une solution finale du problème <: l'existence par une forme de pluralisme assez semblable à . théorie des mondes de Leibnitz et à la doctrine des être simples d'Herbart. Mais les vues de Hartmann ressembler plutôt à celles de Spinoza et des philosophes plus récents qt admettent une substance compréhensive et dernière. A cet:: théorie convient très bien le nom de Monisme, puisqu'elle nreconnaît qu'une seule substance ou réalité dernière. Toutces variétés de la volonté, nous dit-il, ne sont que les différente? fonctions d'une seule et même substance. Tout d'abord, il e? évident que les esprits inconscients du même individu ne fou qu'un ; autrement il ne pourrait exister « cette merveilleux harmonie de l'organisme ». De plus, on doit supposer que le*
esprits inconscients de plusieurs individus sont les mêmes, et que la ferme croyance en sens contraire n'est qu'une illusion de l'instinct pratique qui crie continuellement : « Moi, moi ! » Enfin, les volontés atomiques de la matière inorganique doivent se concevoir comme des manifestations d'une même entité métaphysique.
Si toutefois la réalité dernière est essentielle, on peut demander ce que devient la pluralité des volontés dans la matière et dans l'esprit, dont Hartmann ne cesse de nous parler? Cette multiplicité n'est pas une simple apparence due aux formes subjectives de l'espace et du temps, comme chez Schopenhauer, et on doit s'en rendre compte d'une autre manière. 7est ce que tente de faire Hartmann au moyen d'une théorie >articulière de Pindividuation. Il tient ici le milieu entre Kant it Schopenhauer d'un côté, et Herbart de l'autre. La pluralité les formes et l'individualité appartiennent à toute réalité. Jus- [u'ici, Herbart a raison; mais toute réalité, toute existence est phénoménale. D'un autre côté, Kant et Schopenhauer ont tort le dire que cette phénoménalité de l'existence est purement ubjective. La philosophie de l'Inconscient est la véritable réonciJiation du monisme et du pluralisme individualiste, et elle î devient de la manière suivante.
« Les individus se posent objectivement comme phénoîènes, c'est-à-dire comme pensées voulues de l'Inconscient u volitions définies du même; l'Unité de l'être subsiste et. 'est pas altérée par la pluralité des individus qui ne sont que es activités (ou combinaisons de certaines activités) d'un jul être. i> Le temps et l'espace ont donc une réalité (phé- Dménale) objective, étant les formes de cette activité d'un jul être, bien qu'ils ne puissent, bien entendu, s'appliquer à >t être même.
Hartmann donne une conclusion à la métaphysique de sa >ctrine en cherchant une définition précise et logique de n principe dernier. Tout d'abord, il met en évidence le pport de sa théorie avec celles des métaphysiciens qui l'ont écédé, plus spécialement Hegel et Schopenhauer. Il cherche
ensuite à définir l'essence intime de la volonté. Toute voii i est un acte qui a une puissance ou un pouvoir f , savoir la vi lonté pour fondement. La volonté, en tant que noumène,cci sidérée à part de son activité dans le monde, et se trouvai dehors du temps, est libre, comme Schopenhauer latiii Elle renferme en elle-même les deux possibilités de voui::^ de ne pas vouloir. Il suit de là que toute réalité (ou activa | la volonté , à savoir le progrès cosmique lui-même, e3> :a en arrière, le point de commencement étant « le pointue talion entre le temps et l'éternité intemporelle ». Co: Hartmann se sert de cette même idée pour ouvrir une ; pective de délivrance de la vie. nous le montrerons i Theure.
De cette condition intemporelle de pure puissance, la v^ passe à celle de l'activité dans le temps par unepba* e: médiaire, ceiie de la volition à vide. C'est le moment de tiative, bien qu'il ne puisse pas être conçu comme ufl valle de temps entre le repos de la puissance et l'activ;: l'existence réelle. Cette condition de vouloir à vidée?* 1 * 1 tant que c'est une lutte pour l'actualité et un effort^ * âh lonté pour se réaliser comme forme. C est un éternel ^ vllV: désir v 'Schinaehten pour l'accomplissement, et c'est ain^ malheur absolu, un tourment sans plaisir et mêntf arrêt. »>
Comment donc le progrès cosmique surgit-il de cet état de volonté à vide *? P.-.r la coopération de l'autre fr : l'existence, savoir la représentation inconsciente intelfcou idée. Nous avons donc à penser à cet élément »>■ coexistant avec la volonté en dehors des limites du fc-l Nous ne devons pas imaginer cette condition de fid^ nelle comme existence, puisque l'existence comment TactuaJité dans le temps. De même que l'étemelle co-' de la volonté, eîle est « superexistaute ». Et l'idée ne p plus se concevoir comme un pouvoir une possibilité) &•
1 . Le tenne *. }v,îï<>.ukv * Poteni* a U; même ^î^oification. ■» > ohas* près, tîaais Schoj^Haiiïer et Sclii'llùi*:.
ence, car ce dernier est la prérogative exclusive de la volonté. ]nfm, cette condition intemporelle de l'idée n'est pas une nonxistence. Hartmann admet que le langage est insuffisant pour xprimer cette condition, bien qu'elle puisse être caractérisée 3 mieux possible par l'expression « existence latente ».
L'état des choses étant tel dans l'éternité, qui s'étend au elà du temps et qui l'a précédé, la réalité ou le monde comtence par une curieuse combinaison de la volonté et de l'idée. a volonté, comme forme vide, exige quelque contenu défini, ; celui-ci ne peut être fourni que par la représentation tellectuelle. Il faut concevoir cette action comme la produc- Dn et une prise de possession de la représentation de la part î la volonté, ou comme une cession d'elle-même à la volonté j la part de l'idée ; cette dernière est tout à fait passive et implique aucune activité positive. Ainsi, la volonté et la présentation ont entre elles la même attache que le mâle et
femelle. « De cette étreinte des deux principes super-exisnts, la puissance de l'existence se décidant pour l'existence
le principe purement existant, l'existence est créée. » Il s'ensuit que dans les limites de l'existence, c'est-à-dire iris l'ordre du monde actuel, et la volonté et l'idée ou raison îent un rôle que l'on peut découvrir, et la reconnaissance de 3 fonctions jette une nouvelle lumière sur ce que nous enîdons par uniformité ou aspect logique de l'univers. « L'idée, us dit-il, représente le logique ; la volonté, qui s'efforce sim- 3ment, et d'elle-même ne sait pas comment atteindre son t, représente l'illogique. En même temps, les deux sont comis dans la notion de la causalité. Que la pierre que je laisse nber tombe, cela dépend de la continuité de volition, jus- 'au moment présent ; mais qu'elle tombe avec une certaine esse, cela, c'est dans la nature du logique. » La causalité
ainsi conçue : « une nécessité logique qui reçoit son actuaj par la volonté. » Le but ou la fin est, en conséquence, zôté positif du logique, et nous pouvons adopter la proposii de Leibnitz : Causse efficientes pendent a causis finalibus. nécessité logique est l'universel, et la causalité et la finalité
auxquelles on peut ajouter Tidée des motifs (de la voloc sont seulement différentes c projections » sous lesquelles : universel se présente quand on le considère sous diffère: points de vue. De cette manière, Hartmann pense qu'il rèù le principe téléologique comme nécessairement impliqué d. la vie logique de l'ordre du monde.
Hartmann termine la détermination transcendantale de s. principe par un effort pour démontrer sa conformité avec ' substance unique et les deux attributs de Spinoza.
D est maintenant temps de passer à l'estimation de lava' de la vie, telle qu'on peut la déduire des principes méU : siques d'Hartmann et qu'elle est confirmée par l'induct. l'observation des faits.
Gomme Schopenhauer, Hartmann considère la vie en > nant un point de vue hédoniste, mesurant toute sa valeu: évaluations de plaisir ou de peine.
L'existence est essentiellement incomplète, irrationne c'est une immense méprise. Ceci vient de ce qu'elle est d; une volonté non rationnelle, à l'impulsion aveugle et incoi lable de la volonté, qui, comme nous l'avons vu, est le pren. moment de la production du monde. Le premier facteur < l'existence est donc regardé par Hartmann, non moins que Schopenhauer, comme la plus profonde raison ou source & misère de la vie. Il est d'accord avec son prédéceseur. maintenant qu'il est de la nature de la volonté d'être éte: lement mécontente; et il en conclut que, puisque la se:. de peine doit toujours excéder celle du plaisir, la non-' tence vaut mieux que l'existence, et ainsi que le monde fc résultat d'un acte d'aveugle folie ! .
Ensuite, Hartmann entreprend de fournir une preuve •' teriori beaucoup plus systématique du malheur de la vit
1. Hartmann, bien qu'affirmant que la volonté antérieure à s«*u dans le temps est un éternel désir et un appétit infini, ne compre: cela dans sa conception pessimiste du monde. H nous enseigne clair que le plaisir et la peine se bornent à la conscience, et ce qu'il a-:. misère de la volonté inconsciente doit, on le suppose, être regarde ■ un langage figuré.
elle que Schopenhauer nous a donnée. Sa méthode, rappejns-le, est celle de l'induction, et c'est celle-là qu'il veutappliuer, dans son appréciation de la vie, comme un bien ou comme n mal, comme prouvant le plaisir ou la peine.
L'auteur commence sa recherche en signalant les difficultés ui se rencontrent sur le chemin pour calculer les peines et les laisirs de la vie : en tant que phénomènes subjectifs, ils ne euvent être appréciés directement que par le sujet lui-même, [ai s malheureusement le sujet est enclin à faire des erreurs ans ses calculs. Cela vient, tout d'abord, du défaut de méloire et du défaut de méthode pour le calcul algébrique luilême; et, en second lieu, de l'influence exercée sur le jugeîent par la volonté et le sentiment inconscient. Même si la remière source d'erreur est éliminée en recueillant un nomre suffisant de jugements, la seconde cause reste toujours dans >ute sa force. Nous sommes tous disposés, par la nature même e la volonté comme amour instinctif de la vie, à exagérer sa aleur. Gomme le dit Jean Paul, « nous n'aimons pas la vie arce qu'elle est belle, mais parce que nous devons l'aimer, et e là vient que nous en tirons la conclusion inverse, à savoir : uisque nous aimons la vie, il est prouvé qu'elle est belle. »
Cette erreur fondamentale dans l'appréciation de la vie, due jx penchants du sentiment inconscient, se manifeste sous •ois principales formes ou stades d'illusion concernant l'exismce qui correspondent aux différents degrés de l'intelligence umaine. La première est la naïve confiance de l'enfance et de antiquité : on croit que l'on peut atteindre le bonheur dans la hase présente du développement du monde et qu'il est aussi
la portée de l'individu dans cette vie. Le second stade est 3lui de l'adolescence et du moyen âge et consiste dans la coniction que le bonheur peut s'atteindre par l'individu dans une ie transcendante après la mort. Le troisième mode est celui e la virilité et du monde moderne qui regarde le bonheur 3mme susceptible d'être atteint dans quelque période future a développement du monde.
L'auteur s'attache ensuite à examiner chacune de ces croyan-
ces. Et tout d'abord, en connexion avec le premier stade i lusion, il cherche à prouver l'excès de la peine sur le plmi dans la vie individuelle telle qu'elle est présentement eo stituée.
Il commence son examen par une critique de l'idée adui par Schopenhauer de la nature négative du plaisir. Hartffi i rejette cette idée comme erronée en principe. En ikh temps, sa doctrine que tout plaisir est une satisfaction m tf apaisement de la volonté semble impliquer que quelque eu momentané de besoin et de désir (c'est-à-dire de peine) est J antécédent nécessaire de tout plaisir. Il insiste cependant*] ce que ce moment de désir pénible est en quelque cas.;] exemple pour les plaisirs des sens esthétiques, passager] n'affecte pas la conscience.
Hartmann, néanmoins, pense que la doctrine de Schof- J hauer, bien qu'erronée en théorie, est pratiquement très i prochée de la vérité sur ce sujet. Il considère qu'il y ai sieurs circonstances qui servent à donner une apparent vérité à cette idée de la nature négative du plaisir. D '^ or le plaisir et la peine, quand ils sont prolongés, usent» s stance nerveuse. Cet état de fatigue fait naître nécessatf^ le désir de voir cesser ou s'apaiser cette sensation. E^i désir, quand il s'agit de la peine, augmente l'impulsion p mitive à se débarrasser de la peine et aide ainsi à faire" 61 sensation d'état pénible un double soulagement. D ans [ du plaisir, toutefois, le désir de soulagement s'oppose a ' pulsion primitive pour retenir le plaisir et tend ainsi a de la cessation du plaisir un état d'absence de peine, « neutre. De là, les plaisirs indirects (qui naissent de la c&' de la peine) sont beaucoup plus intenses et plus frapP aDî les peines indirectes.
Cet argument assez ingénieux semble avoir pour ' montrer la prédominance des plaisirs indirects sur 1# F indirectes. Hartmann soutient de plus que les plaisirs 101 ont une grande prépondérance sur les plaisirs directs. ^ que les premiers, par exemple le plaisir qui provient de *
tion d'un mal de dents, sont grandement inférieurs en intensité aux peines qui en étaient les conditions antécédentes. Une fois encore, toute peine, en tant que mécontentement de la volonté, se fait connaître dans la conscience; mais la satisfaction de la volonté ne se fait pas toujours ressentir comme plaisir. Puis, toute satisfaction de la volonté, comme Schopenhauer le maintient, est momentanée et s'évanouit vite, tandis que la douleur peut se prolonger longtemps.
Gomme argument final en faveur de la supériorité naturelle des peines sur les plaisirs, Hartmann insiste sur ce qu'une peine donnée n'est pas compensée par un plaisir de même intensité. Ceci est une concession à Schopenhauer, qui a adopté à sa manière le mot de Pétrarque : Mille placer non vagliono un tormento ».
Hartmann affirme qu'une personne aimerait mieux n'avoir pas de sentiment que d'entendre pendant cinq minutes toutes les dissonnances musicales possibles, et ensuite une magnifique composition musicale pendant le même laps de temps.
Le mode précédent d'établir l'excès de la peine sur le plaisir est appelé par Hartmann la preuve à priori : je l'appellerai l'argument psychologique pour le distinguer de l'argument métaphysique. La preuve empirique consiste à passer en revue plusieurs conditions, plusieurs impulsions et plusieurs activités de la vie humaine actuelle, et à montrer que l'excès de la peine sur le plaisir est évident partout. Je donnerai simplement les résultats de cet examen. Les différents aspects ou directions du sentiment humain et de l'action humaine peuvent se réduire aux huit groupes suivants :
1° Conditions de la vie qui n'ont une valeur que comme écartant le mal et amenant leur sujet au zéro de la sensation (le point neutre entre la peine et le plaisir). Ces conditions comprennent : la santé, la jeunesse, la liberté et le bien-être matériel.
2° Les conditions ou activités qui n'amènent que de la peine, telles que l'envie, la colère, la haine, etc.